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vendredi 26 décembre 2014

Analyse d'un joueur d'échecs

Ce que Poutine ne nous dit pas 
Par Pepe Escobar

Publié le 18 décembre sur le site "RT", le lien : ICI

Lors de sa conférence de presse annuelle et du marathon de questions et réponses qui a suivi, même aux prises avec ce qui, à tous égards, constitue une tempête parfaite, le président Poutine a affiché un comportement extrêmement mesuré.

Cette tempête parfaite évolue sur deux fronts : une guerre économique ouverte (comme un siège mené à coup de sanctions) ainsi qu’une attaque concertée et secrète menée dans l’ombre, au cœur même de l’économie russe. Pour Washington, l’objectif ultime est clair : appauvrir et dégriffer l’adversaire, pour le forcer à s’incliner docilement devant les lubies de l’Empire du chaos [1]. Et s’en vanter à tout bout de champ jusqu’à la victoire [2].

Le problème, c’est qu’il se trouve que Moscou a impeccablement percé le jeu, et ce, même avant que Poutine, lors de la réunion du club Valdaï d’octobre dernier, ne décrive avec perspicacité la doctrine Obama, en disant que nos partenaires occidentaux sont des adeptes de la théorie du chaos contrôlé.

Poutine a donc parfaitement compris en quoi consistait l’attaque monstre de cette semaine, de type chaos contrôlé. L’Empire dispose d’un pouvoir monétaire massif, d’une influence énorme sur le Produit intérieur brut mondial de 85 000 milliards de dollars et du pouvoir bancaire qui sous‑tend tout ça. Rien de plus facile donc que de faire jouer ce pouvoir, par l’entremise des systèmes bancaires privés, qui contrôlent en réalité les banques centrales, pour lancer une attaque sur le rouble. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’Empire du chaos rêve de faire chuter le rouble d’environ 99 % (anéantissant du même coup l’économie russe). N’est‑ce pas là la meilleure façon d’imposer à la Russie la discipline impériale ?


Image : Obama arrivant avec un jeu de dames (checkers) de politique étrangère sous le bras 
à une table où Poutine est devant un jeu d’échecs


L’option nucléaire

La Russie vend son pétrole à l’Occident en dollars US. Lukoil, par exemple, possède un dépôt en dollars US dans une banque américaine pour ses ventes de pétrole. Pour verser des salaires en roubles en Russie, Lukoil devra vendre ses dépôts en dollars US pour acheter en Russie un dépôt en roubles pour son compte bancaire, ce qui aura pour effet de soutenir la valeur du rouble. La question n’est pas de savoir s’ils accumulent des fonds à l’étranger, cela est une donnée.  La seule question est de savoir s’ils ne les font plus revenir en Russie. La réponse est non. Et il en va de même pour d’autres entreprises russes.

La Russie n’est pas en train de perdre ses économies, comme en jubilent les grands médias occidentaux. Elle peut toujours exiger des compagnies étrangères de se délocaliser en Russie. Apple pourrait par exemple y ouvrir une usine de fabrication. Les récents accords commerciaux sino‑russes incluent, entre autres, la construction d’usines en Russie par les Chinois. Vu la dépréciation du rouble, la Russie est en mesure d’exiger des entreprises manufacturières établies dans l’Union européenne de se délocaliser sur son territoire, sous peine de perdre leur accès au marché. Poutine a, en quelque sorte, admis que la Russie avait trop tardé à imposer une telle demande. La chose (positive en soi) est désormais inévitable.

Puis il y a aussi l’option nucléaire (option que Poutine n’a même pas eu à mentionner). Si la Russie devait décider d’imposer un contrôle des mouvements de capitaux ou un congé de remboursement de larges tranches de sa dette venant à échéance au début de 2015, cela équivaudrait au pilonnage du système financier européen (dans le style choc et stupeur). Après tout, une bonne partie du financement des banques et des grandes entreprises russes a été approuvée en Europe.

Pour ce qui est de la Russie elle‑même, l’exposition au risque n’est pas l’enjeu. Ce qui importe, ce sont les liens avec les banques européennes. Un banquier d’affaires me citait l’exemple de Lehman Brothers, qui a provoqué tout autant l’effondrement de l’économie européenne, que celui de la ville de New York (par le jeu des liens d’interconnexion). Et ça, même si Lehman était basée à New York. Ce qui compte, c’est l’effet domino.

Si la Russie devait déployer cette option financière nucléaire, le système financier occidental ne serait pas en mesure d’absorber le choc causé par l’interruption du service de la dette. Et cela prouverait (une fois pour toutes) que les spéculateurs de Wall Street ont érigé un château de cartes tellement fragile et corrompu, que la première vraie tempête aura suffi à le réduire en poussière.

Un seul coup suffirait

Et si la Russie cessait d’assurer le service de sa dette, créant du coup une sainte pagaille, compte tenu de ce que ça représente 600 milliards de dollars ? Ce scénario transparaît dans le fait que les Maîtres de l’univers demandent à Janet Yellen et à Mario Draghi de créer des crédits dans les systèmes bancaires, pour prévenir les dommages indus (comme ceux subis en 2008).

Mais imaginons qu’ensuite la Russie décide de couper l’acheminement du gaz et du pétrole vers l’Ouest (tout en maintenant les pipelines ouverts en direction de l’Est). Les services de renseignements russes pourraient causer des dommages considérables et constants aux postes de pompage, du Maghreb jusqu’au Moyen‑Orient. La Russie pourrait bloquer tout le gaz naturel et le pétrole en provenance des stans d’Asie centrale [3]. Le résultat ? L’effondrement financier le plus gigantesque de toute l’histoire. Et la fin des prétentions à l’exceptionnalisme de l’Empire du chaos.

Il s’agit bien sûr d’un scénario apocalyptique. Mais il ne faut pas provoquer l’Ours, car, ce scénario, il pourrait le réaliser en un éclair.

Lors de sa conférence de presse, Poutine [4] a affiché une attitude vraiment sereine, calme, contenue (et une ardeur à plonger dans les détails), car il sait que Moscou a les moyens d’une autarcie complète. Il va de soi qu’il s’agit d’une guerre asymétrique contre un empire dangereux qui s’écroule. Qu’en pensent les nains intellectuels qui fourmillent au sein de l’administration du canard boiteux Obama ? Qu’ils pourront vendre à l’opinion publique américaine (et mondiale) l’idée selon laquelle Washington (en fait, leurs caniches européens) affrontera une guerre nucléaire sur le théâtre européen au nom de l’État ukrainien en déroute ?

C’est une partie d’échecs. Le raid sur le rouble était censé faire échec et mat. Ça n’a pas marché. Pas quand le coup est porté par de simples amateurs de scrabble. Et n’oubliez pas le partenariat stratégique sino‑russe. La tempête est peut‑être en train de s’apaiser, mais la partie, elle, se poursuit.

Pepe Escobar

Article original : What Putin is not telling us (rt.com, anglais, 18-12-2014)

Traduit par Jacques pour vineyardsaker.fr

NOTES

[1] Empire of Chaos: The Roving Eye Collection [amazon.fr, Kindle Edition]

[2] White House Brags Sanctions Put Russia On ‘Brink of Collapse’: Crippling Russian Economy Could ‘Force’ Putin to Obey US (antiwar.com, anglais, 16-12-2014)

[3] Les stans sont les pays dont le nom comporte ce suffixe : Afghanistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Pakistan, Tadjikistan, Turkménistan

[4] Putin: Russian economy will inevitably bounce back, 2 years in worst case scenario (rt.com, 18-12-2014)

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Sources de l'article
- Site "MONDIALISATION.CA", le lien : ICI

Biographie de Pepe Escobar, le lien : ICI

Poutine vend du pétrole contre de l'or

Poutine vend le pétrole russe contre de l'or 
en attendant le krach et la fin du système du pétrodollar


Publié le lundi 22 décembre 2014 sur le site "Chaos contrôlé"

Poutine est souvent comparé à un joueur d’échecs (qui jouerait contre des joueurs de bilboquet). Mais quelle est la stratégie, au juste ? D’après un article paru sur InvestCafe.ru, la réponse est surprenante : Poutine vend le pétrole russe contre de l’or en attendant la chute du pétrodollar. Voici la traduction française condensée de la traduction anglaise de Gold-Eagle.com de l’article original en russe :

« Très peu de gens comprennent ce que fait Poutine en ce moment. Et ceux qui comprennent ce qu’il va faire à l’avenir sont encore moins nombreux. Aussi bizarre que cela puisse paraître, Poutine vend actuellement le gaz et le pétrole russe contre de l’or.

Évidemment, il ne le crie pas sur tous les toits. Et, bien sûr, il accepte toujours le dollar comme moyen de payement… intermédiaire. Intermédiaire car dès qu’il reçoit ces dollars, il les échange contre de l’or physique.

Pour comprendre ceci, il suffit de regarder la dynamique de la croissance des réserves d’or de la Russie et de comparer ces données avec le produit des ventes à l’étranger du pétrole et du gaz russe sur la même période.

De plus, durant le 3e trimestre 2014, jamais la Russie n’a acheté autant d’or, soit 55 tonnes, une quantité énorme. C’est plus que les achats officiels de toutes les banques centrales du monde réunies ! Au T3 2014, les banques centrales ont acheté 93 tonnes, dont 55 pour la seule Russie.

Récemment, des scientifiques britanniques sont parvenus à la même conclusion qu’une étude américaine d’il y a quelques années affirmant que l’Europe ne pourrait pas survivre sans l’énergie russe. Autrement dit, que le monde ne peut pas se passer de la production de pétrole et de gaz de la Russie.

Donc, le monde occidental, dont l’hégémonie repose sur le pétrodollar, est dans une situation catastrophique. Poutine vend le pétrole et le gaz russe contre de l’or, avec la subtilité que le système fonctionne même si le paiement ne se fait pas directement en or.

Vu que la Russie reçoit constamment des dollars provenant de la vente de son pétrole et de son gaz, elle peut les convertir en or au cours actuel, soit bien en dessous de sa valeur, manipulée à la baisse par l’Occident. (…)La même chose est valable pour l’uranium : 1/6 de l’électricité américaine dépend de l’uranium russe… vendu en dollars, qui sert à quoi ? Vous avez désormais compris.

En ce moment, l’Occident dépense beaucoup d’efforts et de ressources pour faire baisser le cours du pétrole et de l’or. Donc, d’un côté pour altérer la réalité économique actuelle en faveur du dollar, mais aussi pour détruire l’économie russe qui a refusé le rôle de vassal obéissant que l’Occident voulait lui imposer.

Aujourd’hui, des actifs comme l’or et le pétrole ont été affaiblis proportionnellement, et semblent excessivement sous-évalués par rapport au dollar. Il s’agit des conséquences des efforts économiques de l’Occident. (…)

En résumé (commentaire or-argent.eu) : certes, le cours du pétrole est sous-évalué, mais ce facteur est compensé par le fait que la valeur du dollar est, elle, surévaluée. Avec cet actif surévalué, Poutine achète de l’or, qui lui est… sous-évalué. Si la Russie semble perdre à l’instant présent, elle sera gagnante à moyen terme (fin commentaire).

Cette combinaison économique absolument brillante de Poutine met l’Occident, mené par les États-Unis, dans la position d’un serpent qui se mange agressivement la queue.

Cette idée de piège « en or » n’est pas de Poutine, mais probablement de son conseiller économique, le Dr Sergueï Glaziev. Car celui-ci, qui n’est pas un oligarque, fait partie des individus sanctionnés par Washington. L’idée brillante de Glaziev est exécutée de main de maître par Poutine, mais avec le soutien inconditionnel de son collègue chinois, Xi Jinping.

C’est dans ce contexte qu’il faut prendre les déclarations de la présidente de la banque centrale de Russie, qui a déclaré que sa banque pouvait utiliser ses réserves d’or pour payer ses importations en cas de besoin. Il est clair que dans le cadre des sanctions occidentales, cette déclaration est destinée aux BRICS, et plus particulièrement à la Chine. Pour celle-ci, il est très pratique d’être payée en or par les Russes (de l’or occidental, en fait). Voici pourquoi :

La Chine a récemment annoncé qu’elle cessait d’augmenter ses réserves en devises et en or libellées en dollars. Vu le creusement du déficit commercial entre les États-Unis et la Chine en faveur de cette dernière, cette déclaration financière signifie en français clair : « la Chine arrête de vendre ses produits en dollars ». Les médias du monde ont préféré ignorer l’une des nouvelles les plus importantes de l’histoire monétaire récente. Le problème n’est pas que la Chine refuse catégoriquement le dollar comme moyen de payement ; comme pour la Russie, il s’agit d’un moyen de paiement intermédiaire, dont elle se débarrasse immédiatement. Cette déclaration signifie également que la Chine n’achètera plus de Bons du Trésor américain, dans lesquels elle investissait par le passé ses surplus en dollars.

L’alliance de la Chine et de la Russie sera très fructueuse pour ces 2 pays. La Russie achète des biens à la Chine en payant avec de l’or, tandis que la Chine achète son énergie à la Russie également en métal jaune. Dans ce contexte, il n’y a pas de place pour le dollar. (…)

L’Occident peut faire tout ce qui est en son pouvoir pour augmenter artificiellement le pouvoir d’achat du dollar, faire baisser le pétrole et baisser artificiellement le pouvoir d’achat de l’or, il reste un problème insoluble : le stock d’or physique en possession de l’Occident n’est pas illimité. Donc, plus l’Occident dévalue le pétrole et l’or par rapport au dollar, plus il perd rapidement son or physique.

Au rythme où les choses vont, l’Occident n’aura pas le temps de tenter quoi que ce soit contre Poutine, car le monde occidental du pétrodollar se sera écroulé avant. Aux échecs, on dirait que l’Occident est en zeitnot : il ne lui reste plus que quelques minutes pour jouer un grand nombre de coups.

La situation actuelle est inédite : l’URSS avait rapidement vendu son or durant la chute des cours du pétrole, tandis qu’aujourd’hui, la Russie fait le contraire. De ce fait, la Russie pose une menace très concrète au modèle de domination mondiale du pétrodollar américain.

Pour rappel, son principe est de permettre aux pays occidentaux, menés par les États-Unis, de vivre sur le dos des ressources et du travail des autres grâce à la dominance du dollar sur le système monétaire en le rendant obligatoire pour les échanges internationaux. Les BRICS, avec la Chine et la Russie en tête, sont en train de bouleverser le statut et le rôle du dollar dans le système monétaire international. (…) »

En conclusion : lorsque l’Occident n’aura plus d’or à fournir aux Russes et aux Chinois pour qu’ils recyclent leurs dollars, la partie sera terminée. Quand cela aura-t-il lieu, que se passera-t-il exactement ? Échec et mat pour l’Occident et un séisme monétaro-économique dont les conséquences sont difficilement prévisibles, si ce n’est que nous allons en souffrir.
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Sources de l'article
- Site "CHAOS CONTRÔLé",  le lien : ICI

jeudi 4 décembre 2014

Wall Street vient de lancer un boomerang

Le rouble et le krach boursier de l'or 


Attention mes chers amis, nous rentrons dans la dernière ligne droite de la fin de l’année et cela va commencer à secouer fermement. Les raisons sont multiples, mais pour moi la principale c’est la guerre économique menée par l’Occident à l’égard de la Russie de Poutine.

Le rouble, la monnaie russe, a perdue cette semaine 15 %. Depuis le début de l’année, la monnaie russe a perdu près de 40 % de sa valeur. C’est énorme. Déjà en Russie l’inflation augmente très fortement en particulier sur les produits alimentaires.

La Banque centrale russe ne fait rien et ne dit pas grand-chose, ce qui ne veut pas dire que rien ne va se passer… Poutine est en train de préparer le coup de pied de l’âne et il va déstabiliser les marchés, et le point faible c’est le marché de l’or.

La chute du pétrole cache en réalité une terrible bataille géopolitique tellement vaste qu’il est très difficile pour le moment d’en déduire les contours. Néanmoins, la Russie ne va pas rester là à contempler sa ruine.

Poutine pourrait laisser le rouble s’effondrer encore quelques jours, laisser les marchés jouer la vente du rouble à découvert et les laisser s’enférer. Puis, lorsque le rouble arrivera sur une résistance majeure vers le bas… il suffit de déclarer que l’on va rendre le rouble convertible en or… et là, c’est le massacre et une hausse fulgurante prenant tous les opérateurs à revers…

Il va se passer cela ou autre chose, mais il va y avoir une réaction économique russe et elle risque de faire mal à certains.

La question est aussi de savoir si les Chinois pourraient suivre les Russes.

L'article du site "LES ECHOS.fr", le lien ici : Le rouble a vécu sa pire journée depuis 1998

Charles SANNAT
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Les sources de l'article 
- Site "LE CONTRARIEN MATIN", le lien : ICI