mardi 19 mars 2019

De la Commune de Paris aux Gilets Jaunes



Le 18 mars 1871, le peuple de Paris se soulève contre l'aliénation de la marchandise pilotée par la bourgeoisie républicaine auxquelles s'agrègent des partis dont l'opposition politique apparente va se diluer progressivement dans une tentation libérale (économique pour les réactionnaires de droite et sociale pour les progressistes de gauche). 

Pendant 72 jours, les communards firent renaître l'idéal républicain, celui de 1792 ou 1848, instituant l'ébauche d'un gouvernement fondé sur la démocratie et la citoyenneté dont le mouvement ouvrier est, en cette période d'industrialisation débridée, le fer de lance des libertés individuelles mais aussi collectives.

Cette dynamique populaire de la Commune de Paris que beaucoup cherchent aujourd'hui a caricaturer dans la vision bipolaire gauche/droite qui n’apparaîtra qu'au XXème siècle était de fait l'expression insurrectionnelle de cette "common decency" que décrira Orwell, ce sens commun supra-politique d'un peuple naturel à l'encontre d'un pouvoir injuste et liberticide. La preuve la plus flagrante de la dimension révolutionnaire apolitique de cette rébellion prolétarienne est que ceux qui vont décider de massacrer la Commune dans le sang sont autant les libéraux économiques de la droite réactionnaire que les libéraux culturels de la gauche progressiste tels que Thiers ou Favre par exemple, qui lorsque qu'il s'agit de défendre leur Nouvel Ordre Mondial bourgeois naissant et, comme l'a démontré Castoriadis, commun, savent bien s'unir contre le peuple lorsque ce dernier refuse d'être sacrifié dans leurs usines esclavagistes ou leurs champs de bataille génocidaires.

Aujourd'hui, à travers le Monde les peuples continuent, comme des éruptions volcaniques, a se réveiller régulièrement contre l'hégémonie d'une dictature de la marchandise de plus en plus violente et esclavagiste et qui tente d'anesthésier les pays de la Planète (surtout ceux ayant des ressources géo-stratégiques) dans le paradigme d'une fausse démocratie droitdel'hommiste fantasmée via des propagandes médiatiques mensongères et des asservissements culturels exogènes.

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, 
l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, 
le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Article 35 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen


Personnellement je partage pleinement les analyses des Castoriadis, Michéa, De Benoist entre autres, qui démontrent que le clivage Gauche / Droite n'est plus depuis longtemps qu'une poudre aux yeux destinée à détourner l'attention des peuples et les diviser dans des faux débats superficiels permettant à l'hégémonie d'un capitalisme mondialiste et amoral de progresser sous couvert des dogmes universalistes du Progrès, des Droits de l'Homme et de la Démocratie.

Aujourd'hui, le combat majeur qui se décline en de nombreux conflits secondaires est celui qui oppose Capitalisme et anti-capitalisme et dont le principal enjeu ontologique est celui de la survie des peuples naturels et de leurs corps sociaux civilisationnels intermédiaires qui sont gardiens des valeurs et des libertés civilisationnelles.

L'Histoire regorge de fausses et vraies révolutions populaires qui à leur tour provoquent leurs propres contre révolutions, toutes étant infectées de tentatives de détournements et récupérations par des "élites" intéressées et masquées et qui souvent sont celles qui étaient la cible de la colère initiale du peuple.

Mais il reste la réalité de ce "sens commun" qui contre toute attente résiste à la politique d'atomisation des peuples engagée par les progressistes matérialistes universalistes et le rouleau compresseur de leur pensée unique hors sol. Et lorsque les lignes rouges qui le rendent illégitimes sont franchies par un pouvoir aveuglé par des intérêts exogènes, les femmes et les hommes retrouvant les contours intérieurs de leur inconscient collectif se rebellent. Et ces vraies rebellions font resurgir à la surface de l'Histoire en mouvement des peuples en théorie politiquement disparus dans les écrasements historiques des Etats-nations artificiels.
Ainsi ces dernières années peut-observer le retour en force dans le débat politique des peuples non "minoritaires" mais minorisés par l'infamie des princes et des clercs qui depuis des siècles les enferment où les amputent avec des frontières qui ne sont pas les leurs, les étouffent dans des cultures étrangères, les sacrifient dans des guerres coloniales etc...

Et pour reconquérir à la fois leurs libertés anciennes et futures, les peuples à l'exemple de ceux de Crimée et surtout du Donbass dont nous célébrons ces jours ci le cinquième anniversaire de leur "marronnage" moderne, doivent prendre la voie radicale de la rébellion, ce seul chemin qui a des chances de faire triompher leur droit à disposer d'eux mêmes.

A ce titre, j'avoue être agréablement étonné de la résistance du mouvements des "Gilets jaunes" qui, depuis plus de 4 mois, affrontent l'imposture esclavagiste d'un pouvoir affidé à une ploutocratie internationale totalitaire. Mais il reste un long chemin à parcourir jusqu'aux nouvelles bastilles républicaines et probablement lui aussi inondé comme dans le Donbass de larmes et de sang.



Aujourd'hui, le mouvements des gilets jaunes doit se souvenir de la semaine sanglante qui mit fin à la Commune de Paris dans un bain de sang (ainsi que d'autres républiques insurrectionnelles comme celles de Kronstadt (1921) ou Barcelone (1936) par exemple) de et que la stratégie de pourrissement engagée par la bande à Macron cherche a reproduire. Et si "comparaison n'est pas raison", force est de constater que si l'Histoire ne se répète pas, elle a souvent le hoquet jusqu'au bégaiement. 

Avec l'explosion de samedi dernier incitée par la stratégie de pourrissement d'un pouvoir illégitime, lâche et renouant avec l'absolutisme menant vers un totalitarisme criminel, la question de savoir en cet anniversaire de la Commune de Paris jusqu'où un peuple est-il prêt à aller pour défendre ses libertés ? Et aussi où se situe le point de non retour de la révolte au delà duquel les esclaves révoltés ont comme destinée soit une "semaine sanglante" de soumission, soit une rébellion armée de libération ?

C'est pour cela que les Gilets Jaunes doivent aussi et surtout avoir en référence actuelle la rébellion du peuple du Donbass contre l'absolutisme ethno-centré d'un pouvoir putschiste organisé sur le Maïdan par ce même capitalisme mondialiste qui étrangle aujourd'hui leur bonheur économique, leurs droits sociaux et leurs libertés individuelles (et non prendre stupidement le Maidan en référence comme l'ont fait certains ignorants). L'essence même d'une nation n'est pas dans ses hautaines représentations cléricales ou politiques enfermées dans les tours de l'illusion d'un pouvoir jamais assouvi, mais dans les coeurs des paysans, des marins et des ouvriers, des soldats et des mères de famille qui nourrissent de leur sueur et de leur sang les racines civilisationnelles enfouies dans cette glèbe nourricière où reposent leurs ancêtres.

Le temps des palabres artificiels d'une gauche et d'une droite traîtresses est terminé. Ni Mélenchon, ni Le Pen ne sont venus soutenir la révolte des mineurs et des paysans du Donbass, et s'il soutiennent du bout des lèvres celle des Gilets jaunes, ce n'est que par pur calcul électoraliste cherchant à détourner vers eux et "capitaliser" une dynamique populaire qu'ils n'ont les moyens ni le courage d'initier, et demain ils coucheront encore et toujours avec ce pouvoir félon.

Il faut pour le peuple retrouver l'essence même de la Commune et que la revendication du RIC illustre le mieux aujourd'hui, comme arme de reconquête dans le combat de l'Être contre l'Avoir. Revenir à l'essence du "Commun", "Commune", "Communauté", "Communisme" cette dynamique destinée à renverser les dictatures (et non à les instaurer comme ce faux communisme politique post-révolutionnaire dogmatisé et qui enfermera le pouvoir du peuple dans un totalitarisme étatique de parti). Une vraie révolution se doit de trouver un point d'équilibre  entre les anciens et les modernes et porter dans ses métamorphoses triomphantes la Tradition vers l'avenir d'une harmonie. Le pire ennemi de la Révolution est la révolution elle même si elle ne réussit pas à conserver son caractère à la fois populaire, morale et anarchiste.

Chaque nouvelle théorie politique de l'Histoire a été précédée de son objet, nous apprend Alexandre Douguine (le pouvoir de l'argent pour le capitalisme, la luttes des classes pour le socialisme, les conflits ethno-territoriaux pour le fascisme) tandis qu'Alain de Benoist constate que ces systèmes disparaissent par ce qui les a fait naître (la révolution pour le socialisme, la guerre pour le fascisme). Aujourd'hui chacun peut constater que le capitalisme, qui a survécu à la chronologie historique grâce à la métamorphose de sa pensée unique virale, est menacé par le vampirisme de son propre système économique fondé sur une illimitation suicidaire, et que partout à travers le monde ce sont les peuples natifs qui lui résistent le mieux soit au sein des pays non alignés (Russie, Iran, Syrie, Venezuela etc...) soit au sein de résurgence bousculant les hégémonies impérialistes et colonialistes du passé et du présent (Catalogne, Ecosse, Venise, Palestine, Donbass etc...)

Selon moi, les bonnets rouges, les gilets jaunes et autres mouvements d'émancipation à la dictature de la marchandise sont  au delà des revendications du lieu et du moment de leur surgissement, l'expression d'une tectonique universelle de résistance (dont le Donbass est un volcan actif) à l'esclavage du monde moderne. Les gilets jaunes ont mille fois raison de réclamer le Référendum d'Initiative Populaire et il doivent s'y accrocher et surtout limiter leurs revendications à ce droit fondateur républicain. Toutes les autres questions, qui aujourd'hui parasitent avec un risque clivant le mouvement, seront justement réglées par référendum une fois le pouvoir du peuple restauré. Le seul objectif est de sortir les peuples des carcans idéologiques, économiques, culturels historiques que les princes et les clercs leur ont imposé de force.  

Car sans nul doute le Peuple est l'objet de cette 4ème théorie politique attendue et qui succédera au capitalisme mortifère et moribond pour redessiner de nouvelles frontières humaines et mieux ouvrir à l'Humanité de nouveaux horizons de Paix et de Liberté.

Mais comme tout enfantement, cela se fera dans la douleur, le sang et les larmes...


Erwan Castel



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