dimanche 10 juin 2018

Dans le silence des décombres

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Dans l'ombre arrière d'une embrasure ouverte par des bombardements le poste est aménagé autour de l'arme calée vers la fenêtre de tir

La zone industrielle de Promka, au Nord de Donetsk n'est plus qu'un champ de ruines abandonné des dieux mais au milieu duquel des hommes se battent depuis 4 ans.

Dans cet immense mikado de pierres éclatées, de ferrailles tordues et blocs de béton effondrés, les snipers cherchent à se glisser silencieusement vers des embrasures cachées dans l'ombre de ces ruines qui dominent un champ de bataille enterré dans les tranchées et les casemates.


Dimanche 10 juin 2018

J'aime ces missions solitaires

Partir léger et seul pour mieux se glisser discrètement et en silence sous les décombres jusqu'au trou de lumière par lequel peut-être un ennemi sera débusqué.

Ce type de mission, c'est d'abord un éloge à la lenteur, ce qui contraste avec la folie et la brutalité d'un monde moderne où la vitesse est devenue une drogue.

A proximité d'un escalier déchiqueté un trou permet d'accéder en rampant aux restes d'un étage écrasé sous son plafond effondré.

En se faufilant lentement entre les ferrailles et les amas de gravats on accède au pignon en vis a vis de positions ennemies.
Ici chaque geste doit être séquencé par une observation rapide mais précise et un appui progressif du corps au milieu d'un chaos d'où peuvent naître de petites mais très bruyantes avalanches de gravats et débris divers.

Arrivé enfin à proximité d'une embrasure d'observation, et parfois aussi de tir, commence alors la longue période d'observation ou le corps tordu entre un angle de pierre et une ferraille à béton émergente, peut rapidement réclamer aussi son lot d'attentions.

Sur place, pendant des heures dans le silence des décombres, patienter toujours, observer souvent, noter parfois, tirer rarement.
Observation détaillée mais aussi écoute attentive car la proximité des positions (une centaine de mètres parfois) amène jusqu'au solitaire oublié entre les lignes les voix des uns et des autres (qui d'ailleurs ici utilisent quasiment tous le russe).

Sur un carnet les observations sont notées ainsi que les coordonnées et surtout les distances que l'on s'efforce de mémoriser aussitôt, car une fenêtre de tir ne dure souvent qu'un éclat de seconde n'autorisant pas l'hésitation.
Au retour ces éléments seront reportés sur une carte et un plan de feux.

Parfois les sens sont distraits par un rat curieux venant effleurer un pied où le chant d'un oiseau posé sur un bout de ferraille au dessus de la tête. Mais rapidement en face, un bruit, une ombre ou le vent dans un feuillage ramènent les pensées vagabondent dans le réticule de visée.

Souvent, ces missions solitaires se déroulent sans tirer mais le chasseur ici ne rentre jamais bredouille, rapportant toujours des trophées de renseignements et d'émotions et de méditations.

Erwan Castel

Position ukrainienne a 80 mètres marquée par un drapeau ukrainien quelque peu..... fatigué au centre du réticule.

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front


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