dimanche 10 novembre 2019

Un rideau de fumée


Hier, samedi 9 novembre, après plusieurs échecs dus essentiellement à des refus ukrainiens, le retrait de 1 kilomètre des forces armées belligérantes du secteur de Petrovsky (périphérie Ouest de Donetsk) a été réalisé.

Aussitôt le focus médiatique sur cette application réalisée des accords de paix s'est engagé vers un optimisme hystérique que je suis loin de partager et pour plusieurs raisons :
  • Si la restauration d'une zone neutre entre les belligérants est effectivement la condition sine qua non pour l'application d'un vrai cessez le feu sur le front entre les unités d'infanterie, cela cependant ne sert pas à grand chose si le retrait des armes lourdes aux portées de tir dépassant sa largeur n'est pas lui aussi appliqué.
  • Petrovsky et Zolotoy où un retrait est également prévu ne représentent que 1% d'une ligne de front où ailleurs les bombardements ukrainiens, et les combats consécutifs continuent. Il serait donc mensonger de généraliser l'exception des zones pilotes pour décrire la situation véritable du front du Donbass (voir article précédent).
  • Techniquement, Kiev a maintenu des forces de police sur la zone évacuée, et certains veulent même y positionner la garde nationale. Or, les forces de sécurité intérieure ukrainiennes selon leur modèle soviétique disposent d'armements similaires aux forces armées conventionnelles. Il y a donc "retrait" mais non "démilitarisation".
  • Enfin l'expérience de ces 6 dernières années, notamment avec les multiples cessez le feu calendaires (trêves du pain, de l'école, de Noël etc.) montre bien qu'aucune confiance ne peut être accordée aux ukrainiens et que les bonnes résolutions ont toujours été violées par Kiev après des vies éphémères.
Il faut donc aller chercher plus loin que le Donbass et même la Paix pour comprendre ce qui se trame vraiment derrière ce retrait localisé des troupes et que beaucoup veulent ériger en buzz médiatique annonçant le début de la fin d'un conflit meurtrier qui ensanglante l'Europe depuis 6 ans.


Lorsqu'on lit les comptes rendus presse concernant ce retrait des forces sur les zones pilotes de Petrovsky et Zolotoy on y apprend entre les lignes que de sa réussite dépend la nouvelle convocation du "Format Normandie" (Russie/Ukraine/Allemagne/France) promis lors du dernier sommet du G7 à Biarritz.

Là se situe probablement le véritable enjeu de cette opération de retrait microcosmique des forces au milieu d'un front où continuent dans une indifférence générale bombardements et combats meurtriers. Et si d'aucuns disent que ce "format Normandie" est justement au chevet du Donbass, je pense pour ma part que les objectifs occidentaux d'un tel sommet sont plus d'augmenter la pression sur la Russie en transformant les accords de Minsk à l'avantage de l'Ukraine que d'instaurer réellement la paix dans le Donbass.

Et pour ce faire le président Zelensky redevient un comédien qui fait semblant juste ce qu'il faut pour que le dialogue diplomatique international soit maintenu et lui ouvre les portes de Minsk, consacrant au passage sa légitimité présidentielle de plus en plus contestée en Ukraine. Voilà pourquoi Kiev a signé la "formule Stenmeier" (statut spécial, élections locales...) qui tente de réanimer les accords de paix, bien qu'elle soit largement contestée en Ukraine. Voilà pourquoi le retrait des troupes sur quelques centaines de mètres d'un front de 460 kilomètres été finalement consenti par Kiev. Kiev tente ici la tactique du "reculer pour mieux sauter" !

Car ce prochain sommet du "Format Normandie" s'annonce déjà dans un contexte international qui dépasse largement les enjeux et les menaces pesant dans un Donbass qui n'apparaît qu'un prétexte pour redéfinir une stratégie occidentale vis à vis de Moscou. 
Dans cette stratégie le français Macron et l'allemande Merkel qui soutiennent inconditionnellement l'ukrainien Zelensky vont probablement tenter de renouer un dialogue politico-économique avec Moscou, en échange d'un "Minsk 3" dans lequel l'Ukraine n'est pas obligée de modifier sa constitution en vue du statut spécial ou d'appliquer la loi d'amnistie généralisée par exemple qui sont des points très contestés et menaçant la cohésion que le comédien Zelensky  a bâti autour de lui lors des élections il y a 6 mois. Car le plus important pour les occidentaux est "calmer le jeu" entre Moscou et Kiev pour mieux poursuivre l'asservissement de l'Ukraine via son intégration future dans l'Union Européenne et surtout l'OTAN qui fera d'elle un bélier appuyé contre les murailles de la Russie.

Très probablement cette réunion tournera en procès d'intention contre Moscou et les "séparatistes" de Donetsk et Lugansk et sera un nouvel échec sur le terrain diplomatique et sur celui du Donbass et qui engagera un gel meurtrier du conflit pour encore longtemps, car pour l'instant ni les occidentaux ni la Russie ne veulent s'affronter directement sur cette nouvelle fracture européenne Est-Ouest. Et les signatures et promesses de Zelensky, tout comme celles de Porochenko prendront le chemin de la poubelle tandis que ses troupes réinvestiront à nouveau les zones récemment démilitarisées...

Seule une guerre d'usure par procuration est acceptable, pour le plus grand malheur des enfants, des femmes et des hommes du Donbass.

Erwan Castel

vendredi 8 novembre 2019

Zelensky = Porochenko


Voilà maintenant 6 mois que Zelensky est le nouveau président ukrainien, porté au pouvoir par ses promesses de rupture avec la politique catastrophique de son prédécesseur Porochenko et surtout sa volonté prioritaire de stopper la guerre qui fait rage depuis plus de 5 ans dans le Donbass, semant quotidiennement mort blessures et destructions sur plus de 460 kilomètres d'un front tendu à l'extrême.

Or ce que nous observons, et sans surprise pour les populations du Donbass, c'est juste une nouvelle marionnette kiévienne qui assure un "changement dans la continuité" de la guerre.

Car derrière les beaux discours, le théâtre de Minsk 2 et les buzz médiatiques tel que l'échange asymétrique de prisonniers réalisé dernièrement, force est de constater que la situation sur le front reste inchangée et même poursuit lentement mais sûrement son aggravation.

Preuve en est, plus de 30 défenseurs des républiques de Donetsk et Lugansk ont été encore tués sur le front en octobre, sans compter les blessés graves et les destructions au cours desquelles plusieurs civils ont été également blessés. Et pendant ce mois commençant, l'hémorragie continue à l'exemple de cette journée du 8 novembre où 3 défenseurs de la République Populaire de Donetsk ont été tués au cours d'attaques ukrainiennes (ce qui porte pour la première semaine du mois les pertes à 6 soldats tués et plusieurs blessés dont 1 civil).

Républicains connus tombés sur le front en octobre 2019

le 7 novembre en soirée, un des tirs de mortier ukrainien 
arrivant dans le village de Trudovsky, à l'ouest de Donetsk

Plus les mois s’enchaînent dans cette guerre du Donbass plus l'issue au conflit apparaît impossible, car de toute évidence les objectifs définis par le protocole de Minsk sont à l'opposé de ceux poursuivis par les 2 parties : 
  • L'Ukraine en effet refuse de modifier sa constitution, préalable à la définition d'un statut spécial qui ouvrirai la porte à une fédéralisation du pays espérée par d'autres régions identitairement non ukrainiennes (Sub Carpathie, Lvov, Odessa etc.). De plus en plus de responsables politiques à Kiev excluent également une amnistie générale pour des populations de Donetsk et Lugansk...
  • Les Républiques quant à elles maintiennent leur cap vers une intégration future au sein de la Fédération de Russie, et veulent conserver le contrôle de leurs frontière avec elle. Cependant, contrairement à l'Ukraine, les républiques du Donbass "jouent le jeu" des accords de Minsk pour montrer leur ambition d'obtenir la fin effective des hostilités sur le front et prouver que le sabotage du plan de paix est principalement le fait de la partie ukrainienne.
Aujourd'hui ce qui semble le plus illustrer cette enlisement de la situation est certainement l'échec de la démilitarisation de 2 secteurs test du front, à Zolotoy sur le front de Lugansk et Petrovsky sur celui de Donetsk.
Sur ces 2 points du front, contrairement aux républicains, les forces ukrainiennes refusent de reculer d'1 kilomètre comme prévu lors de la dernière réunion du groupe de travail de Minsk. Du coup les belligérants restent sur leurs positions.

Ici le gouvernement Zelensky, dans une lâcheté et une faiblesse assumées montre du doigt les paramilitaires nationalistes qui occupent les positions ukrainiennes en refusant de partir. Une fois de plus Kiev utilise les néo-nazis ukrainiens pour arriver à ses fins sans endosser l'initiative du sabotage. Cette stratégie grossière avait déjà eu cours sous le gouvernement Porochenko quand quelques groupes de nationalistes ukrainiens avaient imposé le blocus économique des républiques en sabotant les voies ferrées et en contrôlant les blok posts traversant la ligne de front. c'est la politique du fait accompli par procuration tacite. 

Et quand bien même ce retrait bilatéral des secteurs de Zolotoy et Petrovsky aboutirait, cela changerait quoi à la situation générale si sur les 99 % restant du front les combats et bombardements meurtriers continuent ? Et quelle garantie que les forces ukrainiennes qui ne cessent de "grignoter" impunément les zones neutres depuis 3 ans, ne vont pas revenir investir ces secteurs démilitarisés et même jusqu'aux positions républicaines abandonnées ?

Sur le front, la situation est loin de confirmer une quelconque volonté ukrainienne d'amorcer ce processus de paix enlisé depuis sa signature. Du Sud au Nord, les ukrainiens continuent leur guerre d'attrition, cherchant à épuiser les forces républicaines et le moral de la population qui subit toujours des bombardements quotidiens, comme ici à Kominternovo au début de ce mois de novembre.

Bombardement ukrainien du village de Kominternovo dans le Sud de la RPD
(vidéo du drone d'observation et de correction utilisé par les artilleurs)

Ces attaques ukrainiennes obligent parfois les forces républicaines à riposter lorsque les avancées ennemies menacent trop leur ligne de défense, comme ici par exemple où un nouveau poste avancé ukrainien organisé dans la zone neutre a été détruit par une unité de reconnaissance républicaine.

Un groupe antichar d'une unité de reconnaissance républicaine 
détruit une nouvelle position ukrainienne dans la zone neutre

Et pour compliquer cette situation déjà inextricable des voix s'élèvent à Kiev surenchérissant sur la voie de la guerre :
  • William Taylor, le chargé d'affaires américain en Ukraine a déclaré au sujet du retrait des forces prévu qu’après avoir quitté la zone désignée l’armée ukrainienne pourrait-être remplacée par la police  et la Garde nationale ukrainienne. Proposition inacceptable et contraire au principe de démilitarisation de zone, et immédiatement rejetée par les républiques.
  • Sergey Krivonos, du Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine a proposé de préparer la population à une guerre de guérilla avec la Fédération de Russie en appelant à la création d'une défense territoriale.
  • Arsen Avakov, le Ministre ukrainien de l'Intérieur a déclaré : "J'espère que la paix sera définitive dans tout le pays et que lors du prochain déploiement des troupes, Donetsk nous sera libéré et que le retrait s'achèvera à la frontière entre l'Ukraine et la Fédération de Russie" (il a le droit de rêver !)...

En résumé, l'intégration en retour au sein de l'Ukraine après bientôt 6 années de guerre et environ 20 000 morts est inconcevable pour les républiques du Donbass qui savent les répressions qui les attendent quel que soit leur statut  L'option paix n'est pas réalisable pour Kiev qui sait que cela amplifierait les tensions avec les nationalistes et ouvrirait la porte à une balkanisation de l'Ukraine. L'option guerre ouverte n'est pas souhaitée, ni par Moscou ni par les occidentaux qui contrôlent à distance les belligérants, car cela déstabiliserait la région et l'Europe.

Il semble aujourd'hui plus que jamais que l'option "guerre gelée" soit la carte jouée par Kiev, qui espère un épuisement des forces vives, militaires et politiques, des républiques populaires du Donbass qui de leur côté continuent le processus long car prudent de leur intégration en Russie (normalisation, passeports etc).

Le bras de fer risque donc malheureusement de continuer sur fond de larmes et de sang !

Erwan Castel



lundi 4 novembre 2019

Une histoire toujours vivante

E. Lissner "L'expulsion des Polonais du Kremlin"

Ce 4 novembre, les peuples de Russie ont célébré le "jour de l'Unité Nationale". Cette date correspond à l'anniversaire de la victoire russe en 1612 sur les envahisseurs polonais et leurs alliés, qui contrôlaient à cette époque une grande partie de la Russie fragilisée par des troubles et des divisions internes.

A cette époque les puissances étrangères veulent prendre le contrôle de la Russie, directement par des guerres mais aussi indirectement en semant le désordre et la corruption parmi son élite dirigeante. Et pourtant l'Etat russe sera sauvé par un sursaut militaire qui va renverser en quelques mois la situation.

Mais ce qui est intéressant dans cet épisode historique c'est que la Russie a été sauvée des envahisseurs par son peuple car de facto les troupes qui vont reconquérir sa souveraineté territoriale sous le commandement de Kuzma Minin et Dmitry Pozharsky sont des milices populaires nées 1 an auparavant et qui ont afflué pour défendre leur empire et libérer Moscou.

4 siècles plus tard, cette page de l'histoire impériale russe trouve une résonance dans la situation actuelle de la Fédération de Russie. Tout d'abord la stratégie de déstabilisation et de contrôle de la Russie par les puissances occidentales qui, même si les méthodes ont un peu changé, reste la continuité d'une volonté de soumettre l' "empire du milieu" via des guerres modernes économiques, culturelles, politiques et médiatiques.

Mais ce qui est positif en revanche est que cette "unité nationale" initiée par les peuples de Russie est toujours vivante et qu'elle continue à honorer les notions de défense du bien commun et de sacrifice, notamment via la levée spontanée et volontaire de milices populaires qui incarnent, au delà des communautarismes et des systèmes politiques la permanence de cette "notion d'empire" dans le coeurs des femmes et des hommes du "monde russe".

Au printemps 2014, dans les villes et les villages du Donbass, des milliers d'hommes et de femmes s'organisent en "milices d'autodéfense" pour résister contre l'agression de l'armée ukrainienne
Aujourd'hui ce sont sans conteste les forces armées des Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk qui illustrent le plus la permanence de l'Histoire et incarnent cet esprit d'une milice populaire spontanée qui résiste à la fois à un envahisseur extérieur et à la faillite des forces régaliennes intérieures et par delà ses diversités ethniques, religieuses, sociales.

Depuis le "printemps russe" en 2014 ce sont des dizaines de milliers de volontaires qui se sont portés sur les barricades puis dans les tranchées du Donbass pour faire barrage à l'agression à caractère génocidaire menée par Kiev contre les populations du Sud Est de l'Ukraine qui refusaient l'ostracisation de leur identité russe.

Et depuis bientôt 6 ans, malgré des bombardements meurtriers incessants, un marasme économique dû au blocus mené contre les républiques auto proclamées, une campagne médiatique de dénigrement et de haine à leur encontre etc. les populations de Donetsk et Lugansk n'ont pas faibli un seul instant. 

Et le coeur de leur résistance est cette milice populaire, aujourd'hui modernisée et entraînée à l'égal d'une armée professionnelle, qui tient jour et nuit sous la mitraille depuis plus de 5 ans 460 kilomètres d'une ligne de front active. Depuis 2014, ce sont des volontaires locaux mais aussi russes et étrangers qui alimentent par un roulement permanent cette force de plus de 20 000 combattants soutenus par une population et des organisations de vétérans qui se sont organisé en force de réserve, prête à reprendre les armes si la situation militaire s'empire. 

Et chaque jour des volontaires tombent sur cet avant poste de la Russie !

Là encore le monde russe en général et le Donbass en particulier, dont la grande majorité des citoyens n'a pas sombré dans un individualisme consumériste, peuvent servir de références et d'exemples aux autres peuples désireux de reconquérir leurs souverainetés et leurs traditions. A condition que les citoyens épris de liberté sachent subordonner leurs intérêts personnels à l'intérêt collectif de leur nation ! Car le plus grand cancer du libéralisme, qu'il soit économique ou social, est de vouloir placer l'individu et le matérialisme au dessus des corps sociaux intermédiaires (famille, village/quartier, pays, corporation etc.) qui pourtant le définissent via l'environnement, l'histoire et les passions humaines.

La plus grande richesse pour un individu est de préserver ce bien commun que sont ses traditions et sa liberté car elles sont fondation du vrai bonheur lorsque les autres richesses n'apportent souvent que des plaisirs artificiels et éphémères comme ceux dont se repaissent de nos jours les esclaves de la marchandise.

Erwan Castel



dimanche 3 novembre 2019

Solidarité

Au chevet de Pavel en août dernier. Aujourd'hui, c'est lui qui vient à force béquilles me visiter dans ma chambre d'hôpital

En août 2019 Pavel, un camarade tchèque, a sauté sur une mine sur le front Sud, perdant une partie de sa jambe droite. Il est sorti il y a quelques jours d'une série de 5 opérations destinées à stabiliser son amputation, et entame désormais le travail de consolidation des tissus qui lui permettra de recevoir dans 5 à 8 mois une prothèse adaptée à sa morphologie d'athlète de haut niveau. 

A l'époque je m'étais engagé à l'aider financièrement pour ses frais annexes et aussi pour l'achat de cette prothèse qui coûte entre 2000 et 3000 euros environ. Puis ce fut à mon tour d'être fauché par une mine sur ce même front Sud le 23 septembre dernier. Malgré ce coup du sort je compte honorer toujours ma promesse auprès de mon camarade, et c'est ainsi qu'une nouvelle aide de 8000 roubles lui est parvenue, via des personnes me soutenant financièrement.

Désormais les sommes recueillies sur le compte leetchi seront partagées en 2, entre Pavel pour sa prothèse adaptée et moi-même qui doit préparer mon séjour en Russie où je dois normalement subir une grosse intervention micro-chirurgicale dans quelques semaines.

Ici, à l'hôpital de Donetsk nous sommes nombreux a claudiquer d'opérations en opérations au milieu d'amis et de camarades qui quotidiennement viennent nous soutenir à force sourires et corbeilles de fruits. Cette solidarité humaine qui est exceptionnelle et exemplaire malheureusement ne couvre pas tous les frais, surtout que chaque semaine arrivent de nouveaux blessés, civils ou militaires, dans les hôpitaux de la République Populaire de Donetsk.

Aussi je me permets de rappeler ici les coordonnées de ma cagnotte leetchi pour celles et ceux qui voudraient me soutenir dans mes dépenses ou mes actions solidaires. La moindre petite somme est la bienvenue (avec 10 euros par exemple, on achète ici 2 boites d'antibiotiques forts).

Merci d'avance pour vos soutiens 

Erwan Castel

Cagnotte Leetchi : Pour soutenir Erwan Castel

Une nouvelle aide de 8000 roubles transmise à Pavel via son ami Yuri ce 25 octobre 2019

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In memoriam

Tandis que les politiciens jouent sur le grand échiquier géostratégique et surtout financier, à l'ombre de leurs terrils ancestraux, des femmes et des hommes meurent sur le front du Donbass en défendant leur traditions et libertés. 

Ainsi en octobre 2019 plus de 30 défenseurs ont rejoint le régiment des immortels. Voici quelques uns de leurs visages ... 

Qu'ils reposent en paix !



Erwan Castel 


jeudi 31 octobre 2019

La vie et le combat continuent !

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Pas à pas, ma santé se restaure sous les soins attentifs du personnel médical, et il n'y aura bientôt plus que le bras à soigner au cours d'un cycle d'opérations mineures et d'une opération majeure probablement réalisée en Russie.


Jeudi 31 octobre 2019

Cette blessure subie sur le front du Donbass m'a offert une expérience humaine incroyable dont je ne pouvais imaginer l'ampleur. En France, mais aussi en Russie un réseau fraternel s'est spontanément organisé pour me soutenir dans l'épreuve, et je ne saurais jamais trop remercier toutes ces personnes qui hier encore étaient pour la plupart des inconnus.

Et ici à Donetsk, ce sont plusieurs visites quotidiennes qui viennent me saluer et prendre de mes nouvelles et me donner du réconfort: les camarades actuels du régiment mais aussi ceux de mes précédentes unités, y compris celles qui m'ont accueilli en février 2015 après mon arrivée dans le Donbass, ou des civils, voisins d'Oktyabrsky ou familles que j'ai aidé au cours des 4 années précédentes. 
L'Amitié, la Solidarité et la Fidélité ne sont pas de vains mots dans le monde russe, mais bien la réalité d'une fraternité patriotique supra communautaire.

Aujourd'hui, tout en restant profondément attaché à mes racines bretonnes, je sais où est désormais ma patrie de coeur.

Par la fenêtre virtuelle de mon ordinateur je recommence à regarder le monde extérieur: 
  • Le Donbass bien sûr en équilibre entre souffrance et espérance mais qui continue à avancer vers la Fédération de Russie. Et sur le front continuent de tomber les défenseurs des républiques libres du Donbass.
  • L'Ukraine, fidèle à sa vassalité occidentale qu'incarne une marionnette présidentielle incapable de gérer son pays et les factions néo-nazies qui chaque jour se renforcent et menacent le pouvoir de Kiev pour mieux continuer le chaos et la guerre.
  • Des démocraties occidentales, plus démophobes que jamais, qui après avoir vendu ou trahi leurs souverainetés politiques, économiques, militaires et culturelles, ont désormais pris pour cible leurs propres identités et leurs peuples natifs constituants.
Mais au milieu de ce chaos organisé autour de la destruction des derniers corps sociaux identitaires pour que s'y développent les dictatures d'états policiers asservis à des intérêts exogènes, il y a cependant des résistances et des réveils populaires chargés d'espérances. Vénézuéla, Chili, France etc..

Les peuples en ont marre de ce monde moderne construit autour de la dictature de la marchandise et du culte de l'illimitation capitaliste dont les profits sont réservés à une élite financière très souvent étrangère pour laquelle les populations ne sont que de la chair à supermarché ou à canon. Et les peuples de vouloir conserver leurs limites fondatrices territoriales, culturelles, historiques etc.

Les peuples en ont marre de cette imposture de l' "égalité des Hommes" qui sacrifie sur l'autel de gesticulations égalitaristes sociétales superficielles, individualistes et sans conséquences la seule égalité des individus qui alimente réellement la marche de la Cité : l'égalité politique des citoyens. Et les peuples de réclamer la reconquête de leur souveraineté via le droit au référendum.


Et je reste persuadé que l'autodétermination des populations de Donetsk et Lugansk en républiques populaires éponymes est l'expression la plus radicale de cette reconquête légitime par les peuples de leurs souverainetés identitaires, en réaction à l'asservissement d'une Ukraine - déjà malade - aux dictatures de la marchandise et de la pensée unique occidentales.

Les jeunes républiques du Donbass, malgré la guerre, les difficultés économiques, les contraintes d'une géopolitique internationale subie, continuent à avancer sur le chemin de leur intégration au sein de la Fédération de Russie, tout en défendant leur propre identité qui peut justement s'épanouir dans ce système fédéral respectueux de la diversité de ses communautés et peuples constituants.

En cela les autres peuples qui aspirent à reprendre le contrôle de leurs destinées et protéger leurs traditions devraient s'intéresser à ces jeunes républiques populaires entre Occident et Eurasie, car elles sont le laboratoire où peut germer le devenir d'une Europe des peuples illibérale.

Erwan Castel

jeudi 24 octobre 2019

"Non, rien de rien, je ne regrette rien !"

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Avec mes Frères d'armes de la Brigade Piatnashka

Je suis enfin sorti de réanimation où j'ai dû rester 1 mois en isolement sanitaire et social complet après avoir été fauché par une mine ukrainienne le 23 septembre dernier, sur le front Sud de la République Populaire de Donetsk.

Dans la vie il y a des moments où la destinée choisie croise le destin subi.


Jeudi 24 octobre 2019

Lorsque nous sommes arrivés sur notre nouvelle position ce 23 septembre, j'ai commencé dès les premiers déplacements à reconnaître ses tranchées de combat, d'observation, ses postes de tir, casemates et logis. Et c'est dans l'extrémité d'une tranchée d'observation que je me suis fait piéger par une mine ennemie installée lors d'une opération d'infiltration nocturne comme il s'en produit régulièrement sur ce front où les belligérants ne sont qu'à quelques centaines de mètres les uns des autres.

En une seconde ma vie a basculé: "clic", bond en arrière, explosion dans une boule de lumière et de chaleur qui m'a projeté en avant. Dès mes premiers cris de douleur et d'appel, mes camarades qui étaient dans la casemate voisine se sont précipités pour me porter secours.

Dès lors, une chaîne de solidarité humaine s'est organisée autour de moi depuis la tranchée jusqu'à Donetsk, avec une vivacité et une efficacité exceptionnelles qui dépassent largement le professionnalisme des hommes et des femmes qui m'ont sauvé la vie pour atteindre un élan de fraternité humaine servi par un courage inouï que jamais je n'oublierai.

  • Je n'oublierai jamais les visages haletants de mes camarades qui, après m'avoir administré les premiers soins, m'ont évacué au pas de charge à travers le labyrinthe des tranchées souvent en dépassant leurs propres forces physiques, tout en m'apportant continuellement un soin attentif. Ce qu'ils ont fait relève de l’héroïsme.
  • Je n'oublierai jamais les visages des mes officiers, "Znak", mon commandant de compagnie, lui même grièvement blessé au bras au début du conflit, "Svarog", le chef du bataillon, "Barz" son adjoint... venus en urgence pour suivre mon sauvetage jusqu'à participer eux mêmes au brancardage vers l'ambulance qui me rapatria vers Donetsk.
  • Je n'oublierai jamais le personnel du service des urgences de l'hôpital de Novoazovsk, première étape de mon évacuation sur Donetsk. Je me souviens de toutes ses poches de sang suspendues au dessus de la table d'opération, dons d'inconnus qui participèrent à mon sauvetage. Désormais du sang russe coule dans mes veines de breton. 
  • Je n'oublierai jamais les camarades qui, depuis Donetsk, dès réception de la nouvelle concernant ma blessure ont immédiatement alerté les ministères concernés pour qu'une équipe médicale capable de réussir l'impossible soit mobilisée pour me réceptionner dès mon arrivée à Donetsk, car pour sauver mon bras chaque minute devenait vitale.
  • Je n'oublierai jamais l'équipe de microchirurgie de l'hôpital de Donetsk, son immense professionnalisme qui a évité l'amputation, mais aussi son humanisme exemplaire, sa patience, sa ténacité et sa douceur. Ici, travaillant sans relâche jour et nuit, comme dans les autres hôpitaux, les aides soignantes, infirmières et docteurs font honneur à leur profession et à la République de Donetsk.
Celles et ceux qui m'ont sauvé la vie puis le bras, depuis mes camarades de Piatnashka jusqu'au chef du service de microchirurgie de Donetsk sont du Donbass, mais aussi de Russie, d'Ukraine, du Caucase, de l'Azerbaïdjan; ils sont orthodoxes, musulmans, juifs ou athées... Mais tous ont un point commun: ils œuvrent naturellement de coeur sous l'égide de ce sentiment d'appartenance à une entité humaine supra communautaire née de l'Histoire de toutes les Russies.

Ce sentiment supra communautaire, que j'appelle la "notion d'empire" et qui a été forgée au cours des différentes métamorphoses historiques de la Russie appartient au domaine du coeur et non à celui des certitudes idéologiques qui souvent génèrent des pensées uniques communautaro-centrées (religieuse, ethnique, culturelle etc.) comme celles qui ont fourvoyé l' Occident sur les chemins bellicistes des colonialismes religieux, militaires, économiques, politiques pour imposer, par la force si nécessaire, cette "idéologie du même" qui fait de l'Homme un clone et du clone un esclave.


Je pense modestement avoir été, suite à ma blessure, le témoin de cette solidarité fraternelle, spontanée et héroïque qui est consubstantielle à l'âme russe et je suis éternellement reconnaissant pour tous ces hommes et ces femmes qui l'ont naturellement organisé pour me permettre de témoigner encore et toujours de la noblesse de coeur des peuples de Russie. Et la brigade internationale Piatnashka est une haute illustration de cette fraternité de coeur et de sang.

Malgré l'épreuve toujours en cours je dois dire que je ne regrette rien de mon engagement dans le Donbass et le fait de servir la République Populaire de Donetsk depuis bientôt 5 années.

Je ne peux terminer cette "remise en selle" encore fatigante sans remercier les centaines de personnes qui sur les réseaux ou à Donetsk se sont inquiéter pour moi, m'exprimant une amitié indéfectible. Vos soutiens dans leur nombre et leurs qualités m'ont particulièrement touché. Je vous demande juste du temps afin que je retrouve assez d'énergie pour pouvoir vous répondre et vous remercier de votre empathie fraternelle.

En attendant je vous offre cette chanson russe "Oh les routes" qui évoque la destinée du soldat sur les chemins de la guerre: 

Erwan Castel


vendredi 18 octobre 2019

Jeudi 17 octobre

La bonne nouvelle l'opération c'est bien déroulée !

Il mange doucement du Kefir des Zephirs et les premiers produits d'hygiène sont nécessaire.

Il écrit des messages, les parties pour des personnes précises leurs sont  réservées.
en premier sa maman puis des amis très proches.


"Salut Carl
Je vais mieux chaque jour
Hier une nouvelle opération du bras
Je ressemble moins à Frankestein.
Normalement dans une semaine je suis transféré à l'étage au dessus avec visites autorisées.
.../....
Préviens aussi STP Yulia et Alex de mes nouvelles.
ainsi que Georgy et sa maman
../...
Ensuite passeport puis Moscou pour RDV avec un institut pour prothèse.
(Ma main est là, mais morte)

Voilà pour le moment

A+

et merci pour tout

Signé Erwan"

Il va avoir besoin de tout  votre soutien même si l'homme est solide, votre affection et votre attention lui feront le plus grand bien.

Depuis sa blessure il est toujours isolé pour éviter toute infection, Ce n'est pas la prison  certes.
Mais pour un actif comme lui... C'est loin d'être un repos sans douleur.


Dimanche 13 octobre

Comme vous pouvez le deviner peu de nouvelles concernant Erwan.
Il faut du temps pour sa guérison et ses opérations.

Tous les jours ou aussi souvent que possible "sa cuisinière" lui prépare un petit plat...
Nous échangeons des mots.

ici par  exemple...
"L'opération faite, çà va mieux.
il y en a une en attente.
je ne sais pas quand je change de service
Rassures tout le monde STP"

Pour ses soutiens de Saint-Petersbourg en action sur un sujet important :
"Je pense à Olia et Georgy".

Et concernant son moral :
"Merci à vous 2
sans vous je serai en dépression à 100%"

Tout est fragile surtout le moral mais nous essayons de l'entourer d'une attention qu'il puisse ressentir.



Pour patienter dans votre attente de ses nouvelles vous pouvez visiter :
https://soutenonserwan.blogspot.com/










vendredi 11 octobre 2019

Jeudi 10 octobre

Visite à l'hôpital...

Les nouvelles sont bonnes et moins bonnes.

On commence par les bonnes nouvelles.
L'état général c'est amélioré, ce qui permet aux médecins de prévoir une nouvelle opération la semaine prochaine avec un prélèvement de peau sur une partie peut-être charnue de son anatomie pour une greffe sur le bras afin de continuer la reconstruction de celui-ci.

Coté physique c'est donc plutôt bon.

Coté moral les médecin ont suspendu tout transfert de courrier afin de le préserver, la traduction est incertaine mais il semble être en dépression  ou très déprimé.... Donc plus de courrier pour lui et repos absolument et complet avant la prochaine opération.

Les seules actions qui nous sont autorisées sont de l'ordre des compléments alimentaires.
Nous lui portons tous ce qui peut le soutenir dans son moral, des fruits; ananas, bananes gâteau et sucreries mais pas trop sous l'oeil du médecin.

Une amie locale c'est transformée en cuisinière pour lui porter des plats préparés, même si il mange encore difficilement.

Néanmoins nous avons de sa part une belle lettre :

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A tous mes amis camarades et soutiens. Je dois tout d'abord vous présenter

mes excuses pour ce long silence indépendant de ma volonté,

étant depuis le 23 septembre aux soins intensifs du service de réanimation

de l'hôpital de traumatologie de Donetsk.

En effet, ce 23 septembre à 10h05 la mort m'avait tendu une embuscade

au fond d'une tranchée où une mine bondissante a explosé alors que je bondissais

en arrière à son mortel déclic. J'ai malheureusement été touché en divers endroits

du corps avec des blessures de gravité variables.

Mais aujourd'hui je suis sorti d'affaire et ceci grâce à la vivacité professionnelle

de mes camarades de Piatnaschka dont menés par "Snak" notre commandant

de compagnie et "Svarog" le commandant du bataillon qui ont sublimé la fonction d'officier

par la force de l'exemple.

Avec mes camarades se relayant pour amener la civière jusqu'à l'ambulance au pas de charge.

Tout en prodiguant des paroles d'encouragements au milieu de leur sueur dépensée sans compter.

J'ai pu après avoir été frôlé par les ailes de la mort mesurer tout le sens sacré du mot camarade.

Puis ce fut les urgences de Novoazovsk qui m'ont stabilisé avant mon évacuation

vers le service de réanimation où je suis toujours pour 1 ou 2 semaine.

Le pire est passé et cela grâce à cette chaine humaine trempée dans l'amitié le courage

et le pur dépassement de soi depuis le grenadier voltigeur jusqu'à l'infirmière,

en passant par les amis qui me font porter des dessins et des mots de réconfort.

Je leur serai éternellement reconnaissant ainsi qu'à vous mes amis qui par

votre inquiétude m'ont témoigné de votre amitié et fidélité.

Et le combat va pouvoir continuer.

Signé ERWAN CAFTEL
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jeudi 10 octobre 2019

Erwan est toujours en service de réanimation

Je prends temporairement le relais pour vous informer que Erwan est toujours en service de réanimation.
La situation est toujours sérieuse mais en voie de lente amélioration.
Il souffre avec des douleurs que vous pouvez imaginez.
Les médecins l'ont informé que sa sortie de ce service n'aura pas lieu avant 1 à 2 semaines.

 Un ami sur place.

lundi 23 septembre 2019

Immersion périscopique !

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Après une mission brève de 4 jours sur le front Nord, une étape de quelques heures en caserne pour une douche et un changement de barda, nos véhicules nous conduisent à nouveau par des routes et chemins nocturnes, cette fois vers le front Sud. 

Le sac à dos déjà chargé des munitions 5.45mm et 7.62 mm 7.62mm emportés sur la première ligne est gonflé désormais des treillis plus épais et autres sous vêtements chauds permettant de supporter les longues attentes dans le vent d'automne. Avant de la refermer pour quelques jours je jette ces quelques lignes sur le fenêtre virtuelle de mon ordinateur.


Lundi 23 septembre 2019

Dans la cour de la caserne les moteurs des véhiculent ronflent déjà sous les clignotements d'une lune blafarde jouant à cache cache avec les nuages, et nous descendons les escaliers chargés de nos sacs et matériels pour une nouvelle rotation sur le front. 

Il devient désormais difficile de "partir léger" face à la dégringolade des températures, surtout nocturnes, auxquelles se rajoutent des pluies ventées froides et pénétrantes. Il y a  2 nuits, sur le front de Gorlovka l'été s'est pris les pieds dans le tapis de septembre avec un mercure qui est tombé à 0°.

Pour cette nouvelle mission sur le front Sud je fais un break de l'internet, n'emportant avec moi que carnet et stylos pour jeter éventuellement des pensées vagabondes entre postes de garde et missions de reconnaissance et je laisse aux Hairon, Néant et autres crétins français le loisir de vomir dans leur jalousie haineuse ou leur psychotiques obsessions égocentriques leurs calomnies et leurs diffamations, car ils décrivent ainsi leur médiocrité mieux que je ne saurais le faire moi-même.  

J'ai quand même eu le temps, pendant ce très court passage à Donetsk, de retrouver un ancien camarade de Piatnashka actuellement dans une bataillon du front Sud et de donner un entretien à des cinéastes, prolongeant toujours plus loin, mon aventure humaine et mes motivations sans les dévier pour autant de leurs racines métapolitiques ni de mes objectifs de vie. Et je suis parfois surpris de ne jamais me lasser de cet étrange conflit du Donbass, situé entre une guerre des tranchées reconstituée et une guerre froide ressuscitée. 

Tout pourtant devraient me fatiguer, la monotonie du paysage, la longueur de cet engagement commencé en février 2015 (et de mon âge commencé "un peu" plus tôt !), la nostalgie des chants d'oiseaux et du ti punch savourés au fond d'un hamac, les efforts et l'attention imposés par un ennemi ukrainien guettant la moindre erreur, les calomnies et les trahisons des arrivistes français et de leurs crétins, les pannes perpétuelles des matériels divers etc...
Et bien non, je suis toujours heureux d'être ici entre quartiers populaires et ligne de front du Donbass au milieu de mes camarades et amis, loin des Tartuffe, des Torquemada et autres courtisans grouillant autour des ministères, ici à Donetsk comme dans tous les centres de pouvoir et d'affaires du Monde entier.

Autour de moi sont les gens du peuple, riches d'histoires et de pensées aussi simples que nobles. Chaque vie croisée sur le parapet d'une tranchée ou dans une ruelle d'Oktyabrsky est un éclat de la dignité humaine authentique, celle qui tisse avec des mains sales et des visages rongés par la barbe la noblesse d'une fraternité humaine silencieuse et désintéressée.

Plus que jamais, lorsque je regarde l'exemple de ce peuple européen du Donbass, toujours debout dans ses traditions après 5 années de larmes et de sang, je me dis que pour se sauver d'elle même l'humanité devrait voir le pouvoir redonner à ses peuples ou plutôt reconquis par eux en détruisant toute prétention absolutiste et tout virus universaliste, qu'il soient idéologiques, religieux, culturels, économiques ou militaires. Les communautés de l'Être doivent renaître des cendres des sociétés de l'Avoir, alors seront jetés l'argent et les montres dans les musées des horreurs aux côtés des bannières des croisades ou du djihad, des éprouvettes des manipulations génétiques, des caméras de surveillances et des battées d'orpaillage...

Car ce monde post-moderne est une folie suicidaire et c'est au sein de la fonction guerrière que se sont réfugiées les dernières vraies valeurs humaines, à condition que l’éthique du soldat, au sens jüngérien de sa mission sociétale (partagée avec celles du Travailleur, de l'Anarque (penseur libre) et du Rebelle) soit préservée. 
Tandis que dans un Occident dégénéré les soldats s'avilissent à n'être plus que les agents de sécurité de complexes militaro-industriels post coloniaux, dans les pays qui sont généralement leurs proies se lèvent des armées populaires authentiques autour de la défense sacrée de leurs sanctuaires qui sont fusion sacrée de territoires et traditions héritées.

Et dans le Donbass je savoure le bonheur d'être au sein de cette milice riche de ses diversités communautés humaines et  que la guerre ici fusionne en juste et légitime armée révolutionnaire, populaire et impériale comme j'ai tenté de l'expliquer à nouveau dans un article récent

Voilà pourquoi, aujourd'hui comme hier et demain, si les dieux de la guerre me prêtent vie, je pars le sac lourd mais toujours le coeur léger vers ces champs mornes du front du Donbass où le sang et la sueur d'amoureux de liberté ensemencent les espérances d'un monde meilleur.

Erwan Castel

dimanche 22 septembre 2019

Jusqu'à la victoire !


Dans les accords de Minsk 2, les occidentaux et  libéraux tentent de forcer le retour du Donbass en Ukraine sous un illusoire "Statut Spécial" que tout le monde sait superficiel, volatile et ouvrant une période à court ou moyen terme à une épuration ethnique ukrainienne du Donbass, exactement comme cela se produit dans ses territoires occupés par l'armée ukrainienne. 

Après 5 années de larmes et de sang, il est impensable et à  plus d'un titre, que la population du Donbass accepte un quelconque retour en Ukraine, même dans le cadre d'une autonomie renforcée qui de toute manière n'est même pas à l'ordre du jour des accords de Paix.

Devant les tentatives d'ingérence d'un courant libéral qui veut juste voir reprendre le business des oligarques ukrainiens et les sanctions économiques anti russes être levées au prix de la liberté de plus de 3 millions de personnes, le Président de la République Populaire de Donetsk, Denis Pushilin a bien réaffirmé récemment que avec ou sans Minsk 2 la destinée du Donbass n'est plus en Ukraine mais en Russie, et ce quels que soient la longueur et les difficultés du chemin.

Du côté ukrainien, on observe également de nombreuses réticences vis à vis des clauses des accords de Minsk notamment autour des points concernant le statut spécial, les élections dans le Donbass et l'amnistie pour les participants au conflit. De toute évidence, le pouvoir ukrainien a peur de provoquer avec le Donbass une balkanisation du pays ou de nombreuses régions veulent aussi organiser des bastions identitaires.

Voilà pourquoi en plus d'une poursuite de la guerre d'usure menée contre les positions défensives républicaines on observe, à chaque réunion du groupe tripartite chargée de conduire l'application du processus de paix, des manœuvres de la partie ukrainienne qui soit en contestant un point des accords ou en en rajoutant un autre, sabote les discussions engagées et retarde aujourd'hui la tenue d'une nouvelle réunion du "quartet Normandie" évoquée lors du dernier sommet du G7. C'est ce qu'a souligné Madame Nikonorova, Ministre des Affaires Etrangères et représentante de la RPD dans le groupe de travail tripartite de Minsk au sortir de sa dernière réunion ce 18 septembre : 
  • "La pratique de la partie ukrainienne de nier ce qui avait été convenu précédemment est déconcertante. Nous parlons maintenant du texte de la formule de Steinmeier, qui avait déjà été approuvé à deux reprises lors des quatre sommets du "quartet Normandie" et qui a été confirmé à plusieurs reprises lors de réunions des conseillers des chefs des États garants des accords de Minsk, y compris le représentant de l'Ukraine, Andriy Yermak. Néanmoins, et pour une raison quelconque, cela n'empêche pas Kiev de déclarer vouloir modifier le texte de ce mécanisme, tout en ignorant l'ordre direct consistant à se mettre d'accord sur le libellé déjà approuvé de son propre représentant au format Normandie"
Si l'Ukraine s'est doté d'un nouveau Président, en revanche la politique menée par son gouvernement reste la même : saboter tout processus de paix, tant sur le front militaire que sur le front diplomatique.

Dans le Donbass, une volonté réaffirmée avec force :

Chaque semaine quasiment la population du Donbass au cours d'événements politiques ou culturels réaffirment avec force son attachement identitaire à la Russie et sa volonté d'intégrer sa Fédération. Et les réseaux sociaux organisent de nombreux sondages et forums sur le sujet qui confirment cette volonté populaire et souveraine. Ainsi par exemple un sondage sur VK lancé il y a quelques heures seulement et qui est très intéressant : 

  • Rejoindre la Fédération de Russie = 62 %
  • Donner une autonomie (statut spécial) dans l'Ukraine (capituler doucement) 4. 68 %
  • Rester des États quasi indépendants = 3. 49 %
  • Aller à l'offensive en Ukraine, reprendre les frontières administratives de la région de Donetsk et de Lugansk et recréer Novorossia de Kharkov à Odessa = 27. 26 %
  • Revenir en Ukraine sous les conditions de Kiev (capitulation directe) = 2.93 %
Dans ce sondage, il est intéressant d'observer qu'en plus d'une majorité qui réclame l'intégration du Donbass au sein de la Fédération de Russie, une part importante n'oublie pas les territoires aujourd'hui occupés par l'armée ukrainienne et même au delà des frontières des anciens oblasts de Donetsk et Lugansk, les territoires russophones de l'Ukraine. Ces territoires sont ceux de la Novorossiya historique qui s'étendait dans le passé de Kharkov à Odessa, et correspond aujourd'hui aux revendications pro-russes nées en réaction du coup d'état pro occidental du Maïdan.

(Il est dommage que le sondage n'est pas autorisé une double réponse afin de déterminer par exemple ceux qui sont favorables à une libération des territoires russophones pour ensuite leur intégration en Russie ou leur indépendance.)

Car le statut actuel de ces territoires occupés par Kiev, à commencer par les territoires des anciens oblasts de Donetsk et Lugansk est le plus important problème des accords de Minsk. En effet, d'un côté les Républiques veulent définir légitimement comme ligne de démarcation de la cartographie du processus (élections et statut), les limites des anciens oblasts et de l'autre côté Kiev veut la calquer sur l'actuelle ligne de front militaire.

Avant même que ne se réalise la prochaine réunion du format Normandie (Russie/Ukraine/Allemagne/France) on voit donc que le processus présente toujours des points de blocage importants que les quatre ne seront pas en mesure de résoudre selon toute probabilité car cela impose des concessions inacceptables tant sur le plan militaire que sur le plan politique par l'un ou l'autre des belligérants sur le terrain. 

Et pour illustrer cette impasse de Minsk et conclure, je citerai les annonces débiles réalisées par le commandement ukrainien concernant "le retrait prochain de ses troupes de plusieurs kilomètres". Ceci reviendrai pour Kiev a abandonner à leurs populations, en plus des positions militaires, les villes de Marinka, Avdeevka, Shirokino, Svetlodarsk, et même Mariupol qui sont des places géostratégiques fortes. 

Le seul retrait possible des auxiliaires ukrops de l'OTAN est un retrait total du territoire de la Novorossiya avec nos baïonnettes et celles de l'armée russe dans leurs reins ! Car la guerre, c'est un peu comme le vin : "quand il est tiré, il faut le boire !"

Donc soit nous allons continuer vers un enlisement meurtrier du conflit tel qu'il est aujourd'hui et qui constituera toujours pour l'OTAN un "front de réserve" sur le flanc de la Russie, soit vers une redynamisation de la guerre, vraisemblablement à l'initiative de Kiev avec l'accord de ses parrains occidentaux, entraînant à très court terme un conflit ouvert entre Kiev et Moscou. Je pense que cette deuxième option n'est pas pour demain et qu'elle sera précédée en signes avants coureurs d'escalades militaires en Géorgie (Abkhazie, Ossétie) ou Transnistrie ou dans le Caucase par exemple 

Erwan Castel