mercredi 31 août 2016

L'analyse de Oleg Tsarev

Un avenir nommé Novorossiya !


Voici une analyse très intéressante de Oleg Tsarev, un des artisans de la résistance anti-maïdan de la première heure.

Analyse de la situation du Donbass, de l'effondrement de l'Ukraine, et de l'espérance portée par le projet de la Novorossiya qui depuis le printemps 2014 attend de pouvoir offrir d'Odessa à Kharkhov, une liberté reconnue aux peuples russes de cette région à la croisée de l'Europe et de l'Eurasie...

Source de l'article : DONi Press

L'effondrement de l'Ukraine est inévitable et nécessaire 
et le projet de la Novorossia n'est qu'en suspens


Oleg Tsariov - 31 Aug 2016     

Un certain nombre d'événements significatifs ont eu lieu durant le mois écoulé : le sabotage en Crimée, l'escalade continue dans le Donbass, l'augmentation de l'intensité des attaques, l'agitation à Kiev comme tentative de sauver les criminels du bataillon "Tornado", la déclaration de Savchenko etc. Nous voyons tous que la situation se rapproche d'un point particulier que les historiens et les sociologues appellent un point de bifurcation - un moment historique particulier qui offre différentes options et possibilités d'évolution de la situation en Russie et en Ukraine, et aussi en Novorossia. Notre invité, qui a gentiment accepté de répondre à un certain nombre de questions, n'a pas besoin d'une introduction - interview avec Oleg Tsariov.


Quel est votre point de vue sur la situation aujourd'hui ?

Premièrement, concernant les événements en Crimée. J'ai été appelé par les parlementaires ukrainiens par intérim à de multiples reprises qui m'ont demandé si les proches des (soldats) morts avaient été montrés. Je leur ai dis que ce n'était pas le cas. Ils ont répondu que c'était bien, cela veut dire que cela ne sera pas utilisé par la Russie comme un casus belli, un prétexte pour déclencher la guerre, et qu'il n'y aura pas de réponse armée de la part de la Russie. Que ce soit bon ou pas, il est fort probable en effet qu'il n'y aura pas d'intervention armée de la Russie contre à l'Ukraine dans l'immédiat.

Mais je pense que Vladimir Poutine, Moscou, et le Kremlin utilisent cette situation pour changer leurs relations avec l'Ukraine, pour changer de rhétorique. On peut ne pas être d'accord avec cela, en débattre, ou de ne pas l'accepter, mais le Kremlin et Moscou ont accepté les résultats des élections du Conseil Suprême, ont accepté l'élection de Porochenko. Poroshenko a été accepté en tant que président, ils ont mené des négociations avec lui, comme avec le président sortant.

Et on voit maintenant un changement de rhétorique dans le discours de Vladimir Poutine. « Maintenant ces personnes qui sont illégalement au pouvoir, qui volent leur peuple et continuent la guerre civile ». De mon point de vue, initialement la légitimité de Porochenko était bien plus faible que celle des présidents Plotnitsky et Zakharchenko. On peut dire la même chose de la Verkhovna Rada. C'est pourquoi je considère que la question est formulée d'une manière appropriée. Il est dommage qu'une telle décision n'ait pas été prise dès le départ.

Mikhail Zourabov a toujours été d'une certaine façon un lobbyiste de Petro Porochenko. Et le remplacement de Mikhail Zourabov montre que le Kremlin change de politique et de rhétorique envers Porochenko. Déjà en 2012, je me souviens, à une table ronde MGIMO, lors d'une conversation, Zourabov a convaincu tous les participants que Petro Porochenko serait président. À l'époque, personne ne pouvait encore l'imaginer. Il a essayé de les convaincre qu'il était le meilleur choix pour la Russie, car il ne franchirait jamais les trois lignes rouges : la première - l'OTAN, la seconde - Sébastopol, et la troisième - l'église orthodoxe.

Mais maintenant, Porochenko a franchi toutes les lignes rouges. En conséquence de quoi Mikhail Zourabov a été démis de son poste d'ambassadeur de la fédération de Russie en Ukraine. Et je pense que Petro Porochenko est devenue la personne avec qui la Russie ne peut plus serrer la main.

Concernant la situation en Ukraine. La situation en Ukraine est compliquée. Porochenko a concentré tous les pouvoirs dans ses mains. Et, surtout après avoir mis ses affiliés en place, et non pas ceux qui ont été recommandés par les Américains, et en faisant ainsi, il s'est retrouvé seul contre tous. Et sa position est pas simple. Il s'appuie sur le Bureau du Procureur (Loutsenko), l'armée, et le SBU. Mais dans un pays qui a toujours été dirigé par les oligarques, plus les bataillons de radicaux qui s'y ajoutent désormais, plus les États-Unis qui ont une influence sérieuse dans le pays - tout cela complique encore plus la situation.

Je pense que si, dans un avenir proche, l'armée ukrainienne attaque le Donbass, la milice populaire ne pourra pas s'arrêter aux frontières des régions de Donetsk et Lougansk. Ils ne s'arrêteront certainement pas aux frontières enregistrées par les accords de Minsk lorsque aura lieu la contre attaque. Mais peut importe quelle est la situation, je pense que la Russie devrait comprendre que : la situation avec l'Ukraine est très exactement une réminiscence de la situation en Tchétchénie à l'époque d'Eltsine. À l'époque, suite à la pression internationale sur la Russie, elle a été forcée de stopper la guerre en Tchétchénie pour obtenir un prêt du FMI. Et continuer une vie normale en Russie sous le slogan « Les Tchétchènes vivent comme ils veulent, et nous vivrons comme nous voulons » n'a pas marché.

Et maintenant, l'Ukraine ressemble de plus en plus à la Tchétchénie de cette époque. Avant la deuxième guerre de Tchétchénie les soutiens de Doudaev n'en étaient pas à leur première tentative de s'aventurer en dehors des frontières de la Tchétchénie. Car lorsqu'ils ont été laissés au sein des limites de ces frontières, ils ont d'abord volé le peuple, puis le territoire. C'est alors que des conflits ont commencé à éclater entre les clans et les dirigeants de la république tchétchène, et ils ont du déclencher une nouvelle guerre, sans cela c'est une guerre civile qui aurait commencé. Et c'est là que les incursions hors des frontières de Tchétchénie ont commencé. Maintenant, l'Ukraine est dans la même situation. Et de la même manière, tôt ou tard, il est nécessaire de comprendre qu'un jour l'Ukraine nous prendra par surprise, et que peut-être non seulement la Russie, mais aussi la communauté internationale, seront obligées de venir ramener l'ordre sur leur territoire.


Vous avez fait une comparaison entre l'Ukraine et la Tchétchénie, et je voudrais clarifier les choses : en Tchétchénie il y avait une plus ou moins une certaine unité - à la fois nationale et religieuse. Alors qu'en Ukraine, actuellement, cela ne fait aucun sens de parler d'Ukraine unie, même sans le Donbass et la Crimée, nous avons la Galicie, dans laquelle les tendances séparatistes sont très fortes, nous avons la Volhynie qui ne veut qu'une chose - pouvoir exploiter les gisements d'ambre sans que Kiev ne les poursuive, nous avons Odessa où Dieu seul sait ce qui se passe avec la redistribution des flux de trafic. Est-il possible de parler actuellement d'une quelconque Ukraine unie, lorsque même l'état dirigé par Porochenko ne contrôle pas ses régions ?

C'est le territoire uni de la catastrophe. C'est dans ce sens que ce territoire est uni. Le territoire dans lequel les problèmes grandissent de façon catastrophique. Et à l'automne nous pouvons nous attendre à une escalade du conflit car les gens ont déjà reçu leurs factures d'eau chaude et dépensent la moitié de leur salaire pour la payer. Alors qu'est-ce qui arrivera quand ils recevront leurs factures de chauffage ?

À Dnipropetrovsk, les expulsions de personnes ne pouvant plus payer leurs charges municipales ont commencé. Là-bas le maire – un adjoint de Kolomoisky – s'en charge. Son approche de type Privatbank est quelque peu rigide : vous ne pouvez pas payer vos charges - au revoir ! Les gens sont expulsés de leurs appartements. Et ces défauts de payement se répandront partout, cela voudra dire que 70 % de la population ne pourra plus payer ses charges dans une situation comme celle d'aujourd'hui.

Bien sûr, la situation va empirer. Il faut aussi bien comprendre que pour que le gouvernement ukrainien puisse garder le pouvoir au milieu de ces contradictions et problèmes, la guerre sera la meilleure solution. Il faut bien comprendre que Porochenko est comme un animal blessé, malade, et acculé, qui va se jeter sur tout le monde. Et c'est extrêmement dangereux. C'est dangereux pour les gens qui vivent en Ukraine, mais c'est aussi dangereux pour les pays voisins. Il ne va pas se jeter sur la Pologne ou la Hongrie, mais il va organiser des incursions et des provocations sur les frontières avec la Russie, ainsi que les Républiques de Donetsk et Lougansk.

Je suis dans la politique ukrainienne depuis 20 ans, et j'y ai beaucoup d'amis, y compris parmi le personnel des agences de renseignement. Et là les jeunes me disent qu'ils ont été forcés d'aller il y a un an et demi sur le territoire de la région de Belgorod (en Russie, proche de la frontière avec l'Ukraine, dans les environs de Kharkov). Ils sont sortis, ont mis leur attirail, pris leurs armes, fait une marche, ont franchi la frontière, ont longé une certaine route de nuit et sont revenus. N'importe qui comprend l'objectif de cette préparation.

Les provocations n'auront pas lieu seulement en Crimée. Maintenant que c'est arrivé c'est plus facile pour la Crimée, je pense que les conclusions seront tirées, et la frontière maintenue sous contrôle renforcé. C'est un petit isthme et le garder sous contrôle est facile. Mais la frontière de l'Ukraine avec la Russie - soit les deux tiers de la frontière ukrainienne - est extrêmement difficile à garder sous contrôle. Et il y aura des provocations tout le long de la frontière. Il faut bien comprendre que plus la situation en Ukraine va empirer, plus il y aura de provocations.


Il y a un autre point que je voudrais aborder. Depuis quelques jours, une image circule sur internet, prise par un héros inconnu, sur laquelle on peut voir Avakov, Nalyvaichenko, et Iatseniouk, soudainement revenu, et une rumeur se répand disant qu'actuellement à Kiev dans un étage d'un certain hôtel…

Au 17e étage de l'hôtel Kiev. Cet hôtel appartient à la Verkhovna Rada. Je ne divulguerai pas mes sources mais il se trouve que désormais je communique presque chaque jour avec des députés de Donetsk, Lougansk et Kiev qui sont présents et agissent, et une grande quantité d'informations me parvient. Comme cet hôtel est la propriété de la Verkhovna Rada, le fait que tout l'étage est occupé et isolé commence à soulever des questions. Lorsqu'en dessous, près de l'ascenseur, un agent de sécurité apparaît, cela commence aussi à soulever des questions. Et bien ce sont mes amis qui ont obtenu la réponse. Je ne sais pas qui d'autre a des bureaux là, mais à cet étage là se trouvent les bureaux de Parubiy et Avakov. Des travaux sont actuellement en cours, des bureaux sont en train d'être préparés pour eux.

Je pense que si nous regardons qui d'autre va s'installer dans un bureau à cet étage, alors nous aurons approximativement la structure d'un quartier général, qui s'appellera lui-même du nom d'une nouvelle administration ou un quartier général de conspirateurs, je ne sais pas comment l'appeler. De fait, aujourd'hui, les groupes armés de radicaux sont sous la direction d'Arsen Avakov. Les communications avec les États-Unis et l'Europe - c'est Arseni Iatseniouk.

Lorsque Groysman est arrivé aux États-Unis, il n'est allé nul part, on lui demandait, « Et où est Arseni Iatseniouk ? » Arseni l'a amené dans quelques bureaux et c'est tout. Groysman était choqué. La personne du nouveau pouvoir pour l'Occident est clairement Arseni Iatseniouk. De plus, sir les nazis organisent un coup d'état, ce sera Arseni Iatseniouk qui sera à sa tête, mais vous ne pourrez pas prouver que c'est un coup d'état nazi. Est-ce possible ? Arseni Iatseniouk avec des radicaux ? Comment un juif peut-il mener un coup d'état nazi et être à sa tête ?


Mais nous avons l'exemple d'Igor Kolomoisky, qui a ouvertement armé des unités nazies...

Je ne suis pas un antisémite et je peux en parler très facilement. Mais très souvent lors de conversations avec des politiciens occidentaux, ils disent : « Quoi, que dites-vous à propos des nazis ? Regardez la Verkhovna Rada, regardez toutes les autorités ukrainiennes - où est le nazisme ? »


Il y a là une sorte de syncrétisme bizarre que l'esprit ne peut pas comprendre...

Je pense que cela sera utilisé comme argument. Certains pensent que s'il y a un coup d'état nazi, le monde entier tournera le dos à l'Ukraine. Mais moi je pense que ce n'est pas fini, de tels arguments seront utilisés. Cependant, je vais vous dire qu'à Lvov, il y a deux semaines, il y a eu des incidents dans les cimetières juifs, et la décision des autorités locales a été de ne pas informer les médias de ces affaires, afin qu'elles ne sortent pas et ne provoquent pas de nouvelles violences.

Mais néanmoins, l'antisémitisme grandit en Ukraine de l'Ouest, à Lvov, Ternopol, et Ivano-Frankovsk. Qui plus est, d'une façon brutale, explosive. Les physiciens comprendront l'expression « méthode explosive », qui signifie que les paramètres changent légèrement et le résultat est bien plus violent. C'est de cette façon qu'a lieu l'augmentation de l'antisémitisme et des sentiments anti-juifs en Ukraine. Et tôt ou tard, je pense, cela touchera aussi ceux qui essayent de gagner de l'argent avec la guerre civile dans le Donbass.


Revenons à Petro Porochenko. Il perd le contrôle du pays, et il est dans une situation où l'opposition pro-Américaine se trouve près de lui en la personne de Parubiy, Avakov, Iatseniouk…

Et l'ambassade américaine a une position qui n'est pas claire. Prêtez attention à cela : ce n'est pas à l'Ukraine qu'ils ne donnent pas d'argent, c'est à Porochenko. C'est pour cela que la situation n'est pas simple. Et les paris sur cette opposition ne sont pas seulement faits avec de l'argent. Il est après tout un pur homme d'affaires, il a toujours eu de l'argent, et il voulait en gagner tellement plus, en tant que président il a souvent agi comme un homme d'affaires, et cela a été sa plus grosse erreur.

Mais dans ce cas, la mise pour lui n'est pas l'argent, la mise est sa vie. Si Yanoukovich a réussi a se cacher, à disparaître, il aura du mal à faire de même. L'occident n'en voudra jamais, et la Russie a montré lors de ces événements récents, ses dernières déclarations, qu'il n'y aura pas non plus de place pour lui à Rostov. Ni à Lipetsk. Et ce, même s'il construit une nouvelle usine en Russie.


Mais je veux dire que, dans une telle situation, afin de maintenir ensemble certaines parties de la société, Porochenko pourrait essayer de lancer une offensive dans le Donbass.


Vous vous souvenez comment dans le film « Ivan Vasilievich change de profession », les troupes ont été envoyées à la guerre afin qu'elles n'apprennent pas que le Tsar était faux.


En clair, pour parler en langage des échecs, il est à la fois dans un Zugzwang (coup où le joueur est obligé de jouer un coup qui le fait perdre ou dégrade sa position), et en Zeitnot (en détresse, en urgence). Et quoi qu'il fasse, tout ira mal. Et à la fin on peut s'attendre de sa part à des absurdités extrêmes.

Ce ne sont pas des absurdités. Il n'a tout simplement aucune sortie possible. Je connais personnellement Petro Porochenko depuis longtemps, et je le connais bien. Quoi qu'il dise, c'est un homme intelligent et plutôt fort. L'Ukraine n'a jamais eu un tel président. Je ne discuterai pas de ses qualités morales car je le considère comme un criminel. Et un criminel évident qui devrait être jugé et publiquement. Mais le fait est qu'il n'est pas fou. Je vous le garantis.

Personne ne contestera cela car il maintient la situation depuis plus longtemps qu'on n'aurait pu s'y attendre. Mais, néanmoins, si cet assaut sur le Donbass a lieu, qui se terminera par une défaite sans ambiguïté, la question se pose...

Pour lui il est préférable d'être vaincu et de perdre quelques territoires, mais le temps de la guerre lui donnera un délai, un peu de temps. C'est pour cela qu'il est prêt à payer, avec les vies des ukrainiens et les territoires de l'Ukraine, ce temps gagné, qui lui permet de rester au pouvoir. Et donc, voilà quelle est la situation. J'ai parlé avec des miliciens, et malgré les pertes de leurs amis, les attaques, les blessures, etc, ils n'ont aucun plaisir à tuer un ukrop de plus. Parce qu'ils comprennent qu'ils tuent les leurs.

Et le pouvoir à Kiev est dans une autre situation. Ils créent maintenant un panthéon de héros, une telle obélisque de haine envers la Russie, sur la base de laquelle elles veulent mettre tous les morts. De véritables nécromanciens. Une véritable magie de haine faite avec du sang, et plus il y aura de personnes tuées d'un côté et de l'autre, mieux ce sera pour eux, et plus forte sera cette obélisque, plus il y aura de haine.

C'est pour cela que plus il y aura d'Ukrainiens qui mourront dans des chaudrons, dans des attaques irréfléchies et inutiles, mieux ce sera pour eux, plus ils pourront se réjouir parce qu'il y aura plus de haine. Le pays de la haine victorieuse.


Ma question ne porte pas sur cela en fait. Je voulais vous poser une autre question. Disons qu'une tentative d'offensive a lieu, et il y a une contre attaque. Les anciennes structures s'effondre, la chaîne de commandement de ce qui reste de l'Ukraine est détruite. Afin que tout cela ne s'effondre pas dans une période que nous appellerons de « Ruine », il est nécessaire de se rassembler et de s'organiser pendant ce temps...

Vous parlez de la Nouvelle Russie (Novorossia) ?


Je veux poser une question sans ambiguïtés. Le parlement de Nouvelle Russie (Novorossia) est toujours une structure qui est gelée mais pas désavouée ?

Laissez-moi dire quelques mots à propos du parlement de la Novorossia. Ce parlement a été créé par les Républiques de Donetsk et Lougansk. Dans le même temps, le congrès du front populaire de la Novorossia a eu lieu. Il y avait une telle organisation. Il y avait des représentants de toutes les régions. Pourquoi ces deux événements n'ont-ils pas été organisés le même jour ? Parce que la Novorossia et le parlement de la Novorossia ont été envisagés comme un mouvement vers l'avenir. En tant que président du parlement de la Novorossia, je ne me suis jamais immiscé dans la vie des républiques de Donetsk et Lougansk. De plus, je m'étais lancé dans ce travail à contre-coeur car je ne me suis jamais considéré comme un politicien professionnel.

Je n'ai jamais essayé de mettre la main sur le pouvoir. Nous avions créé une confédération. Comment ? Sur ce front populaire nous avons signé un accord entre les républiques de Donetsk et Lougansk, sur la création d'une Union. Le conseil de l'Union des Républiques Populaires de Donetsk et Lougansk a été créé. Ce conseil comprenait six personnes. J'étais l'un des délégués populaires de l'une des régions. Lors de ce conseil j'ai été chargé d'écrire la constitutions. Je l'ai écrite. Elle a été votée par les parlements des républiques de Donetsk et Lougansk.

Après le vite de la constitution, le vote suivant a été délégué à 30 députés de chaque république. Le parlement a commencé à travailler. En tant que député à quatre reprises de la Verkhovna Rada, j'ai structuré le travail parlementaire, croyez-moi, de la bonne manière. Nous avions un agenda, nous avons accepté les règles, enregistré tous les comités. Malheureusement, notre parlement n'a travaillé que quelques mois. Les accords de Minsk ont été signés.

J'ai participé à la première réunion des accords de Minsk. Vous pouvez être d'accord ou non avec le plan de Minsk. Mais croyez-moi, bien que je ne sois pas militaire, il vaut mieux avoir un plan, et de tous agir selon un plan, plutôt que chacun dans son coin. Il y a un plan, et nous - le parlement de la Novorossia - avons mis en suspens notre activité pour suivre ce plan. Parce que la création de la Novorossia entrait bien sûr en contradiction avec le processus de Minsk. Beaucoup de députés du parlement travaillent jusqu'à maintenant. Dans des bureaux. Ils ont fait passer une grande quantité d'aide humanitaire via le parlement de la Novorossia.

Vous ne trouverez aucune accusation de violations contre le parlement où que ce soit, concernant le fait que l'aide humanitaire irait ailleurs. J'ai rédigé les procédures de telle manière qu'aucun fonctionnaire responsable ne touche un des objets du chargement. Ils contrôlent uniquement leur passage, l'empêchent d'être volé, et contrôlent le fait qu'ils aillent aux personnes qui en ont besoin. Tout le reste c'est le travail des structures économiques. Finalement, nous nous sommes associés avec les républiques de Donetsk et de Lougansk quand ils enfin créé leurs structures.

Le parlement ne s'est jamais occupé des questions militaires. Et ce bien que beaucoup de commandants d'unités faisaient partie du parlement de la Novorossia - de fait, Alexander Zakharchenko était député du parlement. Ils ont abandonné une initiative de créer des décorations de la Novorossia. J'ai dit une fois que le parlement est une organisation civile. Mais nous pouvons les aider à organiser cela. Car je considère que certaines institutions militaires doivent délivrer des décorations. Mais il n'y avait pas de commandement unifié pour diverses raisons que je ne veux pas détailler, c'est pourquoi c'est eux qui se sont lancés là dedans. Néanmoins cela n'est jamais allé jusqu'au bout. Le parlement n'a distribué ni décoration, ni arme en récompense. Les députés avaient leurs propres armes car certains sont morts, d'autres ont été arrêtés. Nous avons organisé des sessions du parlement à Donetsk et Lougansk, et pour passer à travers l'administration régionale de Donetsk, il était nécessaire de fournir la liste de nos députés pour qu'ils puissent passer. Le jour d'après, quand nous avons fourni ces listes au bureau chargé de la sécurité, elles ont fini au SBU. Les employés du SBU ont commencé à venir au domicile de mes députés. À cette époque il n'y avait pas de frontière.


Supposons que la destruction interne de l'état ukrainien arrive, un effondrement brutal...

C'est même plus que cela, il est nécessaire de l'imaginer, et de réfléchir au scénario parce que, quoi qu'on puisse en penser aujourd'hui, l'Ukraine sera obligée de passer par la ruine. Elle ne commencera à se rassembler à nouveau qu'après que la situation soit tombée au plus bas.


Et donc, est-ce que le parlement de la Novorossia est prêt à développer sa mission de rassemblement des républiques populaires ? Je pense que cela prendra la forme de républiques populaires comme la République Populaire de Kharkov, etc.

Je suis sûr que l'Ukraine ne peut pas être anti-russe. L'avenir nous dira si elle fera partie de la Russie, ou qu'elle fera partie du monde culturel et économique russe. Si certaines régions feront partie de la Russie, et les autres feront partie de l'état qui entrera dans le bloc économique, cela est encore flou, mais le futur territoire ne pourra exister que s'il est pro-russe. Cela ne peut pas être autrement, parce que sinon il y aura la ruine. Et, bien sûr, il sera nécessaire de rétablir l'ordre. Je connais les députés du parlement de Novorossia, ce sont des personnes de valeur. Ce sera ce parlement, ou un nouveau parlement, quoi qu'il en soit il y aura une certaine structure qui ramènera l'ordre sur le territoire de l'ancienne Ukraine.


Et bien, je vous pose simplement cette question, non en tant que mathématicien s'adressant à un physicien, mais comme un journaliste à une politicien...

Le parlement de la Novorossia, d'un point de vue du temps, a été élu pour une certaine période. Mais il y a un principe de continuité du pouvoir. Afin d'élire la structure à venir, il faut organiser des élections. Pour l'instant ces élections n'ont pas encore eu lieu. Donc si elles ont lieu, parmi les députés qui sont maintenant ici, la majorité a prouvé être issue d'un très bon parti. Ils sont passés par le feu, les attaques, la faim, ne sont pas partis, ils sont restés dans les Républiques, et ont continué à travailler. Ils seront dans ce parlement et continueront à travailler. Ce parlement a été constitué de telle manière qu'il inclut des représentants d'Odessa, Kharkov, Dnipropetrovsk, c'est-à-dire de ces territoires qui peuvent potentiellement être inclus dans la Novorossia.

Pour ma part, je suis prêt à travailler de toutes mes forces pour une cause commune.


Vous m'ôtez les mots de la bouche, je voulais justement vous demander si vous êtes prêts à vous imposer une telle charge ? Car vous êtes charismatique, il y a un million de personnes en Ukraine qui vous respecte, qui se souvient de vous, nous entretenons une correspondance fournie avec d'autres parties de l'Ukraine, qui sont de l'autre coté de la ligne de front...

À tout moment lorsque ce sera nécessaire, je suis prêt à rejoindre la lutte. Mon cœur souffre pour le pays, mon cœur souffre pour les gens qui sont là. Et psychologiquement c'est très compliqué pour moi, car actuellement je ne peux pas être dans les républiques de Donetsk et Lougansk, afin de ne pas perturber le travail des autorités actuelles. Par ma simple présence je peux mettre la pression et embarrasser les dirigeants actuels.

D'un autre côté, mes amis ont été arrêtés en Ukraine. Des milliers de personnes sont désormais en prison. À une époque j'avais mes propres moyens, et nous avions une aide juridique, qui aidaient les gens qui avaient été arrêtés ou les réfugiés politiques venant d'Ukraine. Nous aidions les soldats des Berkout,et de Kostya Dolgov. Je ne veux pas me vanter, mais mes moyens ont été utilisés pour payer la rançon de Goubarev, et il y a eu beaucoup de cas comme celui-ci. Parfois je ne me rappelle plus des personnes, mais ils m'écrivent et m'appellent : « Nous avons été libérés, merci ! » Un ou deux avocats ont travaillé dans chaque région où avait lieu une audience et donnaient des consultations. Maintenant je n'ai plus de tels moyens financiers. Et il est dommage qu'en Russie - un pays très riche - personne ne s'occupe de la protection des droits de l'homme en Ukraine. Ce sujet est très important du point de vue de la communauté internationale.


Je voudrais vous interrompre brièvement car je voudrais vous parler du travail de deux organisations – “CIS-EMO” et le Fonds Dyoukov – car nous surveillons constamment...

Les avocats doivent travailler, de l'aide doit être fournie aux familles des détenus, certaines personnes sont déjà en prison depuis un an. Vous savez quand vous êtes dans des prisons ukrainiennes dans de telles conditions, il est parfois nécessaire d'amener des colis alimentaires à la personne, et cela ne coûte pas très cher. Ce n'est pas une grosse somme d'argent, mais si vous saviez à quel point cette aide est appréciée là bas. Vous ne pouvez pas imaginer quel type de résonance socio-politique ce genre d'aide aurait en Ukraine. Parce que beaucoup de gens se sentent abandonnés, et c'est vraiment mauvais.

Pourquoi est-ce que je dis cela ? Premièrement - nous devons le faire. Et deuxièmement - afin qu'il soit clair à quel point cela est psychologiquement difficile d'être ici. Et donc il s'avère que j'étais dans les premiers rangs au début, et maintenant je suis hors combat. Donc dès qu'il y aura la plus petite opportunité de joindre à nouveau cette lutte, je la rejoindrai avec plaisir.

Nous allons probablement finir là dessus. Nous avons posé des questions sensibles et avons reçu des réponses intéressantes. Oleg, vous êtes toujours un invité bienvenu. Merci.

Merci.

Traduction depuis l'anglais par Christelle Néant

Source : http://stalkerzone.org/oleg-tsarev-ukraine-novorossiyas-prospects/

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