jeudi 3 mai 2018

Retour vers Donetsk

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"Rex" le chef du second groupe  de Piatnashka défendant la position voisine de concert avec un groupe du bataillon Vostok
Fin de mission sur Promka et retour vers Donetsk où nous attendent les services au bataillon mais surtout les préparatifs et les cérémonies du 9 mai jour anniversaire en Russie de la victoire sur le nazisme. 

Nous quittons un front de Promka calme et fleuri par un Printemps généreux, vers la caserne de Piatnashka coincée entre Donetsk et Makeevka où nous sommes accueillis par une Mourka joyeuse miaulante et ronronnante.


Jeudi 3 mai 2018

Cette nuit, peu de tirs ont perturbé le sommeil des hommes au repos et au matin les sacs ont été bouclés à l'aube, la relève étant prévue aux premières heures. 

A 7h30 je quitte mon poste au mur Nord à l'arrivée du groupe de "Sneg" venu nous relever pour une semaine. C'est l'occasion de croiser Philippe Khalfine, le troisième français actuellement engagé dans les rangs de Piatnsahka.

Philippe Khalfine revenant d'un récent et long combat avec une tondeuse où il a perdu une dizaine d'années
C'est l'occasion de poignées de main, accolades et surtout de transmissions des consignes et comptes rendus d'observations des activités nouvelles repérées du côté des positions ukrainiennes qui comme nous ne cessent de se renforcer de jour en jour.

Les ukrops en effet se préparent eux aussi activement pour le "matin du grand soir" renforçant positions et tranchées qu'ils essayent de rapprocher au plus près de nos lignes. Nous sommes désormais arrivés à une situation de blocage où le zone grise n'existe plus du tout dans de nombreux secteurs de ce front prêt à exploser comme un elastique trop tendu..

Voici un exemple de positions ukrainiennes présentes dans notre secteur, ici les 2ème et 3ème ligne située entre 300 et 500 mètres.
Dans la camionnette qui nous ramène à la base je regarde les visages fatigués et hirsutes de ces hommes qui au fil des missions vécues sur le front sont devenus plus que des camarades mais de véritables frères d'armes au milieu desquels circule le souvenir de ceux qui sont tombés au milieu de nous et qui n'auront de statues que dans nos coeurs et nos mémoires secrètes.

Arrivée sur la base je dois répondre à des priorités impérieuses : répondre aux félines sollicitations de Mourka, nettoyer mon arme, mon corps puis refaire le paquetage pour un éventuel et prompt retour sur le front. Enfin vers 12h00 je peux ouvrir ordinateur et carnets usés pour la mise à jour de mon journal et le tri des photos prises pendant la semaine écoulée.

Ce travail se prolonge dans la soirée et certaines "photos-mythos" prises dans un moment de jeu avec des rayons de soleil dans les couloirs de notre position m'arrachent un sourire narquois car elles sont autant une autodérision amusée qu'un clin d’œil aux mythos venus un temps faire des safaris selfies sur les terrains d'exercices quand ce n'est pas dans les bars du boulevard Pouchkine !

Sébastien Hairon 
En revanche, même s'il lui arrive de se prêter au jeu du héros et certainement pour exorciser ses faiblesses et ses peurs, le soldat qui est vraiment sur le front lui peut se permettre ce genre de facéties car il ne tombera jamais dans la mégalomanie de croire en son image car, comme le rappelait Ernst Junger dans ses carnets de guerre 1914-1918:

 "Il est surprenant de voir à quelle vitesse s'effacent les impressions (...) angoisse, faiblesse et pusillanimité sont oubliés dès la première soirée de repos (...) Sans s'en rendre compte, on s'attribue une dimension héröïque"

Pour ma part, je préfère de loin, pour témoigner de notre vie dans "le merdier" les photos prises à la volée dans l'ombre d'une tranchée ou la fumée d'un feu de bois. Même si elles sont techniquement loupées elles restent vivantes pour la mémoire et la Vérité.

Vlad, un jeune qui vient de rejoindre l'unité, épinglé par le soleil dans la pénombre d'un couloir de "Forteruine"
Ce soir alors que je me laisse doucement vaincre par la fatigue, des véhicules blindés rappelant que l'ennemi est là, juste derrière les portes de la cité !

Demain est un autre jour...

Erwan Castel

"Medved", un "ancien" de l'unité, vétéran des premiers combats et toujours en première ligne 
Sergei chef de groupe, calme et jovial il sait avec intelligence attirer à lui une discipline volontaire
Sergai avec Sebastien et mézigue 

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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