dimanche 27 mai 2018

Brave "Forteruine" !

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Le flanc du navire dans la tempête d'acier
Dans cette guerre de position menée depuis 4 ans dans le Donbass, les forces en présence s'accrochent au terrain et aux ruines laissées par les bombardements et qui offrent des refuges autant que des postes avancés aux soldats.

et au milieu de cette ancienne zone industrielle de Promka, une ancienne station électrique détruite résiste comme une ruine forte aux orages d'aciers et nous offrent un lieu de vie et de combat. 


Dimanche 27 mai 2018

Si dans cette guerre du Donbass on devait décorer des bâtiments, celui dans lequel nous avons aménagé notre position défensive mériterait sans conteste la médaille de la bravoure.

Destiné à des tâches de service public, ce bâtiment lorsque la guerre éclate il y a 4 ans aux portes de Donetsk se retrouve comme un bateaux ivre au coeur d'une tempête de feu et d'acier. Autour de lui la terre est retournée mille fois, des chars brûlent et des hommes meurent.

Puis vient le temps de Minsk et du bras de fer engagé par Kiev dans cette zone industrielle d'Avdeevka devenue grise et sensée être démilitarisée. Rapidement le "no man's land" va fondre rapidement comme peau de chagrin et lorsque les ukrainiens arrivent au contact des républicains, Promka redevient une ligne de front en ébullition permanente.

Et ce bâtiment que j'ai baptisé "Forteruine" dès mon premier jour sur ce front entre Yasinovataya et Avdeevka va se retrouver à nouveau au cœur de la bataille pour le Donbass.

Chaque jour, "Forteruine" qui est défendue par notre brigade, est sculptée par les obus et la mitraille ukrainienne, et malgré ses murs en lambeaux, elle est toujours là debout face à un ennemi dont les avants postes ne sont qu'à 100 mètres de ses meurtrières.

Aujourd'hui la silhouette de "Forteruine" a rejoint celles de ces vieux kraks médiévaux sculptés par les guerres et le vent et qui surveillent toujours les montagnes syriennes et les plaines libanaises.

Et cet amas de pierres et briques explosées, de murs éventrés, de plafonds pulvérisés et d'escaliers lézardés, il est devenu notre sanctuaire sacré, un petit "Donbass" que nous défendons et aimons avec attention. Chaque jour une poutre est levée, un mur renforcé, un passage enterré. Entre les tas de gravats jonchant au sol les passages sont soigneusement balayés et les protections réparées.

Rafales de fusil d'assaut AK 74 (5.45mm) 
imaginez quand ce sont des obus ...

A part le vent, personne ne peut mieux connaître ce rapport étrange que nous entretenons avec cette ruine et dont nous connaissons chaque recoin chaque ombre et courant d'air.

De plus, au détour d'un couloir ou à l'angle d'une fenêtre de tir résonnent encore les rires d'un camarade tué ici ou d'un autre blessé là bas.

"Forteruine" est devenue vivante des hommes qui la défendent avec leur sueur et leur sang.

Hier des grenades, aujourd'hui des rafales, demain des obus, "Forteruine" encaisse à nos côtés les griffures des combats dans lesquels elle est notre bouclier.

Avec elle nous résistons comme un seul homme aux brusques bourrasques d'acier qui cisélent ses murs et fortifient notre mental.

Erwan Castel

La proue du navire à l'assaut de la mitraille.
Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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