vendredi 13 avril 2018

Sentinelle devant le chaos

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1 siècle après la "Grande guerre"

Nous voici a nouveau dans le paysage lunaire du front de Promka au Nord de Donetsk, le changement brutal des saisons du Donbass fait que nous redécouvrons ce paysage pourtant familier mais qui vient de se dévêtir de son manteau de neige. Autour de nous la guerre semble avoir accroché sa remorque au retour du Printemps...


Vendredi 13 avril 2018

Depuis la ligne de front du Donbass où résonnent à nouveau les grondements de l'artillerie lourde ukrainienne, il me semble parfois être sur un balcon d'où nous assistons à l'effondrement d'un monde occidental enragé par une cupidité hystérique et criminelle sur fond de décadence morale totale.

Notre monde à nous a l'infini des rêves d'enfants que nous poursuivons comme des chimères et la puissance de cette Liberté qui chante dans les frondaisons en fleurs et porte les oiseaux vers le soleil. 

Et pourtant, lorsque notre engagement assumé nous pousse vers les canons ennemis, le monde dans lequel nous entretenons la flamme se réduit à quelques centaines de mètres de tranchées et de ruines où toutes les énergies et pensées se concentrent sur les hommes qui nous font face et la survie de ceux qui sont à nos côtés. 

Nos "voisins d'en face"
Certes les motivations sont diverses, du jeune soldat qui prend l'uniforme pour survivre au volontaire métapolitique qui met ses idées au bout d'un fusil, en  passant par le résistant qui défend sa terre et sa famille; mais tous sommes animés de ce même amour de la Liberté et cette volonté de ne pas subir. 

Au lendemain des bombardements ukrainiens qui ont clôturé il y a 3 jours la "trêve" de Pâques, le front du Donbass est revenu au niveau précédent de la lente escalade observée depuis la sortie de l'hiver. Kiev applique ici la politique du 2 pas en avant vers la guerre et 1 pas en arrière lorsqu'elle se fait taper sur les doigts par les observateurs internationaux.

Sur notre secteur de Promka, la guerre reprend tranquillement toute la dimension d'une tempête qui s'annonce, et dont ces récents bombardements de Donetsk il y a 3 jours ne sont qu'un avant goût. 

De part et d'autre de l'étroite "zone grise" qui fracture les décombres de l'ancienne zone industrielle d'Avdeevka, les soldats s'activent, renforcent positions et observations. Régulièrement des tirs de "Vog" (grenade à fusil) viennent renforcer les harcèlements meurtriers organisés par des snipers de plus en plus nombreux et encouragés par le retour de  la chaleur et d'une belle visibilité.
De notre côté  la ligne de front qui protège Donetsk s'élargit sensiblement dans la profondeur pour mieux encaisser le choc blindé potentiel et que beaucoup pense inévitable.

Il est impressionnant d'observer ces hommes qui restent attentifs sur ce front, et pour certains depuis 4 ans. Ils étaient avant la guerre étudiants, ouvriers mineurs, commerçants, enseignants ou artisans, et quelques uns, une minorité, soldats de métier. 

"Choustri" un jeune du Donbass, natif de Donetsk
Aujourd'hui ils sont tous sentinelles d'un Monde libre où les "gueux" ont repris le pouvoir aux banquiers, oligarques et autres princes de la roture, pour rendre au Donbass toute sa noblesse.

Cette liberté, elle prend chair au milieu d'une dizaine de ruines fortifiées qu'un réseau de tranchées relie entre elles.

"Promka" c'est beaucoup plus qu'une simple ligne d'avants postes au Nord de Donetsk, ce paysage lunaire dans lequel des ombres survivent et se battent est devenu au fil des mois et des sacrifices notre Monde, intime sanctuaire mais aussi athanor d'où nos âmes sortiront à n'en pas douter métamorphosées. ..

Erwan Castel

"Seb" en route vers le front

Notre "Forteruine" entre krach des chevaliers et Stalingrad

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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