dimanche 15 avril 2018

Comme des chiens de faïence

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Positions ennemies fortifiées ayant envahi la "zone grise" du secteur de Promka jusqu'à 70 à 500 mètres de nos lignes de défense.
Les zones du front du Donbass où les belligérants ne sont qu'à quelques centaines de mètres les uns des autres sont particulièrement dangereuses en dépit de l'immobilité du front. En plus du danger des infiltrations de groupes de reconnaissance ou de sabotage, les positions sont soumises à des tirs continuels des différents calibres en dotation dans le premier échelon et surtout à ceux des snipers qui sont à l’affût de la moindre seconde d'inattention.


Dimanche 15 avril 2018

Les tirs poinçonnent à intervalles réguliers une journée ensoleillée où les chants des oiseaux apportent un peu de couleurs aux observateurs immobiles comme les pierres brisées sur lesquelles ils sont appuyés comme des caméléons.

Parfois il me semble que les positions ennemies sont tellement proches que c'est d'elles que s'échappent les odeurs de soupe et de café circulant dans les tranchées. 

De chaque côté du front les combattants s'observent attentivement, cachés dans les ombres des gravats et des tranchées ou sous leurs périscopes d'observation.

Et malheur à celui qui oublie un instant l'enchevêtrement des angles morts et des angles mortels qui rythment les déplacements dans les tranchées et marquent les positions fortifiées. 
Ne jamais oublier, ici de franchir vite un couloir, là de courber le dos dans un coude de tranchée, ailleurs de se coller contre le mur gauche pour sortir d'une pièce, là bas de contourner une ruine par la droite etc.

L'attention et la tension sont ici permanentes, même pendant les repos ou les sens restent en alerte car moins de 100 mètres nous séparent des canons ennemis. 
De plus les snipers ukrops ont piégé ce secteur du front (tout comme nous) dans une toile d'araignée invisible qu'ils tissent de leurs balles d'acier. 

Une seconde d'inattention peut nous faire basculer dans l'éternité.

A l'affut de cette seconde d'inattention ennemie qui peut être  neutralisera un tireur mais fera pleurer une mère ukrainienne...
Les snipers sont devenues ici la hantise et régulièrement, leurs guêpes d'acier affamées s'invitent en sifflant par les ouvertures étroites de "Forteruine", ricochant brièvement de pierre en ferraille dans des trajectoires mortelles inconnues et sonores.

Dans les optiques d'observation et de tirs  l'air commence à trembler entre terre et  soleil et les hommes au repos recherchent les recoins des tranchées violés par le soleil.

Le soleil décline lentement sur la steppe ravagée par l'Histoire, au rythme régulier des détonations qui remplacent le carillon de l'horloge. En face de nous depuis cet horizon ennemi qui semble imprimé sur nos rétines tellement nous le scrutons nuit et jour, surgissent entre lisières et cliquetis de chenilles, entre casemates et bruits de marteau, entre tranchées et coups de pioche, entre ruines et musiques criardes; les aboiements secs et infatigables des armes cherchant leur ration de sang.

Erwan Castel 

Derrière les positions ukrainiennes le soleil s'effondre à l'horizon dans un brasier rouge et or qui nous fait oublier une seconde la guerre

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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