lundi 30 avril 2018

Le halètement de la bête

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Coucher de soleil à travers une meurtrière de "Forteruine"


Les beautés printanières entre les floraisons et les feux d'artifices solaires donnent à la détresse de la guerre une physionomie étrange presque romantique où les pensées sont invitées par les couleurs chatoyantes à vagabonder vers les questions essentielles de la vie et de la mort...

Mais le sifflements des balles et des obus a tôt vite fait de nous ramener à la réalité intense et tragique du front...


Lundi 30 avril 2018

Hier soir, alors qu'un soleil tombant semblait vouloir s'agripper aux embrasures de notre "Forteruine", le calme disparaissait en même temps que la lumière du jour.

Autour de nous les claquements secs des armes automatiques ont entamé un crescendo crépusculaire tandis que de chaque côté de la route Donetsk-Gorlovka marquant la ligne de front principale les grognements des engins blindés se faisaient entendre.

Rapidement les chants des oiseaux se sont effacés devant le halètement pétaradant d'une guerre qui se réveille après une journée de coma...

Avant de rejoindre mon fusil impatient, j'écoute le réveil de la bête

Peu après 20h00, les échos d'un combat nous parvenaient de Kruta Balka, une position située juste au Nord de la nôtre. Cacophonie d'armes légères, mitrailleuses lourdes, lance grenades automatiques et lance roquettes..

Une heure plus tard, dans le calme retombé sur les ruines de cette zone industrielle sous tension, on pouvait à nouveau entendre des voix canines et des aboiements humains traverser à nouveau le silence du front.

Sculpté par les obus, un gardien silencieux veille sur les remparts de "Forteruine"

Cette nuit une belle lune découpant des ruines des silhouettes fantasmagoriques, est restée longtemps dans le ciel tenir compagnie aux sentinelles isolées postées aux remparts de la République de Donetsk.

Loin vers le Nord des canons qui toussent du côté de Gorlovka nous rappelent qu'une bête rôde toujours dans l'obscurité de cette nuit printanière...

Erwan Castel

A l'Ouest les ruines d'un bâtiment industriel, comme des colonnes d'une nouvelle Atlantide occidentale, accueillent dans leur naufrage le coucher du soleil.
Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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