samedi 7 juillet 2018

Flâneries autour de la gare

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Sur les bords du chemin entre Oktyabrsky et la gare les ombres généreuses des arbres fruitiers invitent à de nombreuses haltes.
Pendant mes courtes périodes de repos, en fait je ne me repose rarement happé par les courses et travaux à faire, les amitiés et le flâneries qui m'invitent à me plonger au cœur de cette population que j'ai choisi de rejoindre et défendre il y a 4 ans maintenant. 

En fait je reste à Oktyabrsky pendant ces moments civils, car ce quartier populaire au Nord de Donetsk est devenu au fil des mois mon univers où désormais les visages familiers échangent des sourires avec ce "fransouz" qui n'est plus un étranger à leurs yeux.


Samedi 7 juillet 2018

Depuis 2014, malgré les bombardements et l'interruption d'un trafic ferroviaire trop proche d'une ligne de front brûlant les lisières Nord de la cité, la gare de Donetsk est restée un quartier populaire vivant dont le marché est l'épicentre.

Depuis plusieurs jours, c'est "le temps des cerises" mais aussi des abricots, des mûres, des myrtilles, framboises et autres fruits qui colorent les étals fleurissant autour des bulbes dorés de la petite église, cette miraculée des bombardements qui ont ravagé pendant l'hiver 2014-2015 ce quartier de la gare, proche de l'aéroport de Donetsk.

La gare de Donetsk, bombardée et restaurée. Fermée au trafic ferroviaire elle reste cependant une gare routière très fréquentée.

Le marché ici a conservé au delà de sa dimension marchande, une dynamique sociétale, où les uns et les autres échanges sourires et réflexions banales ou politiques autour d'un café, d'un verre de kwaz, ou d'une vodka dont je ne suis pas convaincu des vertus rafraîchissantes recherchées en ces journées ou le mercure atteint les 35°...

Autour des toiles des marchands, la foule semble suivre des courants divers mais qui se partagent les mêmes destinations successives dans des ordres aléatoires : marché, arrêt de bus, église, épiceries, cafés... autant de lieux de rencontres tantôt animées, souvent commerçantes, tantôt méditatives, parfois grivoises, toujours amicales...

 A l'ombre d'une petite église othodoxe, le marché étend ses tentacules spécialisées sur plus de 1 kilomètre à la ronde.

En permanence les églises ici bourdonnent des prières et s'éclairent des cierges offerts sur les autels de l'espérance.

Les femmes, par leurs sourires et leurs atours semblent vouloir rivaliser avec la symphonie colorée des fruits, tandis que dans le ciel les oiseaux saluent de leurs danses l'arrivée d'un vent léger qui vient essuyer les perles de sueur sur les fronts de babouchkas ployant sous les fardeaux.

Ici beaucoup de femmes...."ont du chien" et savent rafraîchir le passant d'une boisson fraîche et d'un sourire

Au milieu de ce brouhaha tranquille j'attends une équipe de journalistes venue rencontrer de ces étranges volontaires occidentaux qui depuis 4 ans remontent le courant de la bienpensance jusqu'à l'ombre des terrils du Donbass.

Dans quelques heures je retrouverai l'univers plus spartiate de la caserne, retour vers cette autre réalité d'une guerre qui menace toujours, malgré le calme apparent actuel, de balayer d'une nouvelle tempête ce peuple paisible et souriant du Donbass.

En résumé, une flânerie autour de la gare où l'âme du soldat s'est finalement désaltérée aux sources de son engagement.

Erwan Castel

mézigue sous le feu de la curiosité amicale des journalistes.

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front 

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