jeudi 18 janvier 2018

Observer le silence pour mieux vaincre

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Infiltration des snipers dans une ruine aménagée en poste d'observation à portée de voix de l'ennemi.

Sur le front de Promka où les positions belligérantes ne sont qu'à quelques centaines de mètres les unes des autres, une guerre de snipers s'est installée progressivement et s'impose dans les moindres comportements des soldats sur le front. 

Les effectifs des SVD et autres fusils à lunette ne cessent d'augmenter côté ukrainien et pour contrer cette menace grandissante et mortelle qui a fauché 3 de nos camarades en fin fin d'année, nous aussi nous organisons des déploiements de snipers sur le front, et augmentons sensiblement leur effectif. 


Jeudi 18 janvier 2018

Ce soir des tirs de mortiers ukrainiens résonnent à nouveau dans notre secteur secouant le linceul blanc et silencieux que l'hiver à voulu répandre sur un paysage mort.

Hier et aujourd'hui, nous avons fait l'inventaire minutieux des positions ukrainiennes disposées face de nous, découvrant encore ici et là un remblais de terre trahissant une tranchée nouvelle où une plaque de neige fondue révélant une casemate enterrée...

Une mission où la lenteur le silence et la patience sont, avec une préparation minutieuse, la garantie de la réussite et aussi de la survie. Dans ces missions ou le soldat devient chasseur toute parole est inutile et dangereuse, la connaissance mutuelle du terrain et des camarades suffit à quelques signes convenus et conventionnels de se faire comprendre...

A l'occasion, et pour mieux pouvoir se fondre dans ce décor blanc qui désormais fusionne les choses et les êtres, nous avons extirpé du fond de nos sacs, les tenues hiver, qui par dessus les épaisseurs thermiques accumulées sous le treillis nous font plus ressembler à des ventripotents bonhommes de neige plutôt qu'à de sveltes blancs manteaux.

Acquisition en restant invisible et en sécurité, grâce aux périscopes (au premier plan) et au camouflage.

Si le combat représente à peine 10% de l'activité de la guerre (le reste étant partagé entre l'attente (env 50%) l'entraînement (env 30%) et le repos (env 10%) il est principalement fait de longues missions de renseignement et d'observation qui préparent au mieux les tactiques défensives ou offensives. 
Et ceci est d'autant plus valable dans le cadre d'une guerre de position comme celle que connaît le Donbass depuis février 2015.

Sur notre front de Yasinovataya, les lignes de front sont tellement proches les unes des autres (les premiers avants postes ukrainiens sont à moins de 100 mètres) que nous devons connaître précisément les positions ennemies et leurs forces pour réduire au maximum l'effet de surprise que tout assaillant recherche.

Aussi, profitant d'un beau rideau de neige nous avons pu nous approcher au plus près pour cette recherche nécessaire du renseignement, allant de tranchée en ruine abandonnée, jouant avec les angles morts et le brouillard ambiant.
Lors de ces déplacements, les moments d'attente immobiles entre 2 reptations lentes semblent des secondes d'éternité ou même le cœur semble faire trop de bruit.

Neutratlisation d'un tireur posté près du drapeau US en espérant que c'était cet arrogant qui avait osé le hisser en terre slave.

Le soir, nous sommes rentrés harassés mais heureux de cette nouvelle mission accomplie sans embûche. En revanche nos treillis n'affichent pas la même décontraction et portent dans leur toile griffée les épisodes de la journée. Les belles tenues d'hiver du matin ne sont plus très blanches et surtout, elles sont aussi rigides que les bûches que nous avons enfourne illico presto dans notre vœux poêle à bois sous le regards intéressé de Mourka notre féline hôtesse.

La vent du soir a accroché le rideau de la nuit précipitant encore plus la température dans les profondeurs du thermomètre, et tandis que des grenades et des rafales remuent toujours la neige autour de notre "forteruine", l'équipe de reconnaissance nous précipitons dans les bras de Morphée en attendant de nouvelles missions, gardes et corvées, mais surtout des heures sans gloire qui s’enchaînent dans le froid, la sueur et la boue pour l'amour du Donbass et du devoir accompli.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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