lundi 3 février 2020

Un sultan qui joue avec le feu


En ce début d'année 2020, l'Ukraine voit défiler inquisiteurs, parrains et laquais de la ploutocratie mondialiste, tous venant à Kiev servir l'impérialisme atlantiste tout en y cherchant aussi l'opportunisme de faire valoir des intérêts personnels, politiques, économiques et narcissiques.

Ainsi, dans la foulée de la visite du secrétaire d'Etat étasunien Pompéo, c'est le président turc Erdogan qui est venu faire ses salamaleks ottomans à son homologue ukrainien Zelensky.

Depuis le nouvel emballement géopolitique Est-Ouest sur fond de crise syrienne, ukrainienne, iranienne et maintenant libyenne, le positionnement de la Turquie n'a jamais cessé de surprendre, et de louvoyer entre les nouveaux des alliances géopolitiques. Dans ces virements et volte faces multiples, que beaucoup considèrent comme des trahisons successives à ses partenaires, ou une cupiditéà vouloir "bouffer à toutes les gamelles" Erdogan montre surtout selon moi son entêtement a vouloir restaurer dans la région méditerranéenne orientale l'influence ottomane du passé. 

Cette stratégie turque fait écho à la résurgence tectonique des anciennes zones d'influence impériales, qu'elle soient russe, perse ou  chinoise, voire même britannique avec le récent Brexist restaurant l'indépendance de la souveraineté du Royaume Uni. 

Ainsi voit-on un Erdogan profitant du chaos pour organiser une ingérence de la Turquie, en Syrie, en Irak, en Libye et maintenant en Ukraine où il vient d'apporter un soutien politiquement fort à la russophobie kiévienne, quitte à fâcher encore plus son partenaire russe qui aurait 4 soldats aujourd'hui dans une offensive turque dans le secteur syrien d'Idlib. 


Ce lundi 3 février, Erdogan s'est donc rendu à Kiev dans le cadre d'une réunion du "Haut Conseil stratégique Turquie-Ukraine" élaboré autour de leur identité riveraines communes à une Mer Noire partagée.

Mais depuis que la crise ukrainienne survenue en 2014, a donné une orientation russophobe agressive du nouveau régime de Kiev, provoquant successivement le retour référendaire de la Crimée en Russie et le séparatisme du Donbass en réaction à une guerre lancée contre ses populations russes, les rencontres entre Kiev et Ankara s'inscrivent dans un contexte tendu entre la Russie et l'OTAN à laquelle appartient la Turquie.

A cette occasion encore Erdogan, dont la mégalomanie semble être un cocktail explosif d'idéologies ottomane, islamiste et atlantiste n'a pas manqué de piquer une nouvelle fois son "partenaire" russe : 
  • Erdogan, concernant la péninsule russe de Sébastopol, a répété que la "Turquie condamne l'annexion de la Crimée", "soutient la souveraineté territoriale de l'Ukraine" et ses revendications actuelles. De plus, le sultan ottoman a souligné l'importance de la communauté musulmane des tatars de Crimée pour Ankara. 
Observation : Illustrant une fois encore le double langage halluciné du camp atlantiste il faut relever ici sa condamnation d'un rattachement référendaire à la Russie de la Crimée ici réitérée par Erdogan mais dans le même temps, sa validation d'une occupation militaire israélienne de le Cisjordanie dans le "plan de paix pour le Proche Orient" présenté par Trump cette semaine.... Comme quoi les notions de frontières, de référendum, ou d'invasion militaire sont vraiment des concepts à géométrie variable....
  • Erdogan s'est engagé à soutenir financièrement l'armée ukrainienne avec une subvention de 200 millions de libres turques soit 33 millions de dollars. Cette aide militaire turque à l'armée ukrainienne qui bombarde les russes du Donbass n'est pas une nouveauté: Ankara avait déjà signé des contrats d'armement avec Kiev comme par exemple en novembre 2018 concernant la livraison de drones d'attaque turcs Bayraktar TB2.
"Gloire à l'Ukraine" clame Erdogan devant les soldats 
de la garde présidentielle ukrainienne à Kiev

Cette visite d'Erdogan à Kiev est aussi à mettre en perspective avec de graves tensions survenant entre l'armée turque et l'armée syrienne en reconquête de ses territoires au Nord de la Syrie. Jeter de l'huile sur feu sur un autre front d'un axe de la résistance où les syriens et les russes sont alliés n'est pas anodin, surtout en mettant cette visite en perspective d'une nouvelle radicalisation de la stratégie occidentale sur les frontières occidentales russes que semblent confirmer la récente tournée de Mike Pompéo où les prochaines manœuvres de l'OTAN qui vont exploser l'effectif participant, avec 20 000 hommes supplémentaires en provenance des USA.

A force de jouer avec le feu le sultan d'Ankara risque fort de se brûler les doigts où de se prendre un bon coup de pied au cul par une Russie qui ne manquera pas de lui rappeler qui l'a sauvé d'un coup d'Etat en juillet 2016...

Une fois encore le fossé se creuse entre les beaux discours et les actions tissant ou révélant la réalité des alliances bellicistes à l'oeuvre....

Et le monde de continuer donc sa lente progression vers un nouveau chaos européen.

Erwan Castel

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