mardi 21 novembre 2017

La mort d'un chien

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Mourka dans un échange de chaleur  est elle aussi attentive au monde extérieur
Sur le front, sous le vol des corneilles et des geais, quelques chats et renards courent à la recherche de rongeurs en faisant décoller des faisans survivants. Si la nuit les chiens nous alertent par des aboiements de leur présence ici et là dans des recoins du front, il est très rare d'en apercevoir sur la première ligne...

Et pour cause !:


Mardi 21 novembre 2017

11h00, entre 2 rafales énervées de kalashnikovs, un gémissement canin brise le silence éphémère d'un front écrasé par la neige et le feu.

Depuis les embrasures du mur Ouest, je cherche ce pauvre animal tandis que me parviennent les rires bêtes et méchants des ukrainiens commentant leur tir aussi lâche que facile (nous sommes à moins de 100 mètres de la première position ennemie)

Ces soudards perdus dans leur ennui et leur stupidité se sont laissés guider par leur haine inassouvie, visant ce pauvre animal qui errait dans son univers dévasté, peut-être fidèle aux ruines d'une datcha familiale ou aux caresses d'un soldat nourricier.

J'ai fouillé ce terrain labouré de mon regard indigné, cherchant en vain, au milieu du chaos battu par les feux ennemis ce pauvre chien pour mettre fin à son agonie insupportable. J'aurais aimé aussi à cet instant, cédant certainement à une forme de haine, trouver aussi dans ma ligne de mire son assassin , pour mettre fin à sa pitoyable débilité.

Malheureusement, je n'ai pu venger la mort de ce compagnon fidèle de l'Homme pas plus qu'abréger ces souffrances. Je suis donc retourné songeur me préparer pour mon tour de garde approchant, m'accrochant à la maigre satisfaction que cet acte haineux et gratuit, qui fait passer le pire animal sauvage pour un être civilisé, n'ait pas été le fait d'un soldat républicain. Quelle honte cela aurait été en plus de cette tristesse !

Mourka, notre fidèle vagabonde féline est venue me seconder dans mon observation de cette espace au frontières du néant, écoutant avec moi les derniers spasmes de ce pauvre loup devenu chien à travers les âges pour finalement être trahi par celui qu'il aide, protège et pour qui il a sacrifié sa liberté sauvage...

Peu à peu les gémissements se sont évanouis dans le froid et le silence d'une neige devenue linceul...

Le front, c'est aussi cela, un monde clos où les destinées "des âmes qui brûlent" et mises à nues par la guerre, fusionnent fraternellement devant cette fragilité de la Vie qui lui confère en retour cette valeur inestimable et sacrée que nous avons juré de défendre dans les tranchées du Donbass...

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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