vendredi 24 novembre 2017

La guerre, une chrysalide de l'Homme

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"Shartior", un jeune "sorti de la mine" pour défendre son Donbass natal,
au repos après un combat mené aux murailles de notre "forteruine"

La guerre cette pire activité humaine mais qui aussi, par la mise à nu de l'âme humaine qui s'y trouve comme un fétu de paille dans une tempête, se révèle une grande initiatrice pour ceux qui dansent avec la Mort sans perdre la raison ou la vie !



Vendredi 24 novembre 2017

La soirée est calme, hormis quelques rafales d'armes automatiques crevant l'opacité glacée de la nuit, concert de percussions où les "tacatacs" des 7.62mm et 5,45mm des kalashnikovs dominent les galops d'acier aériens.

Chaque guerre vécue est une étape nouvelle dans la quête herméneutique offerte à l'Homme, qui sous la chrysalide camouflée du soldat, engage malgré lui la métamorphose de son être intérieur, et dans savoir quel en sera le stade final. Je ne sais pas si tous les soldats ont conscience de cette dimension initiatique de la guerre qui souvent nous dépasse et mène l'âme humaine bien au delà de la simple sphère de l'expérience.

Ma sensibilité à cette réalité intérieure, je la dois certainement à ma curiosité, ma sensibilité, une éducation familiale traditionnelle...Mais aussi surtout aux vétérans des guerres passées, croisés ou lus, et parfois les 2 comme Ernst Jünger, ce géant du XXème siècle que j'ai eu l'honneur de rencontrer..

Nombreux sont - ils ces "anciens" décrivant cette métamorphose intérieure du soldat : Jünger, Saint Exupery, Denoix de Saint Marc, pour ne citer que les 3 premiers noms me venant à l'esprit. Mais il y a aussi tous ces anonymes, vétérans aux silhouettes alourdies par les années et les médailles et aux visages couverts de rides rayonnant l'Honneur et l'humilité. Ces survivants aux "orages d'acier", au détour d'une rencontré parfois fortuite vous laisse plonger, entre 2 battements de paupières, dans leurs regards où brille comme une éternelle jeunesse figée sur les champs de bataille de l'Histoire, la flamme de cette sagesse douloureuse, stade ultime de la métamorphose de l'Homme combattant.

Il y a aussi malheureusement sur les bords de ce chemin intérieur et étroit de cette métamorphose exponentielle avec l'accumulation des guerres et des années, des précipices piégeant les âmes paresseuses et les esprits faibles et dans lesquels l'Honneur peut se perdre. Tentés par l'addition au combat, les honneurs rendus au soldat, certains en effet peuvent faire cette "sortie de route" qui les précipitent vers la mégalomanie narcissique ou la folie post traumatique.

Plus que jamais me reviennent les souvenirs de ce petit livre de Jünger "Le combat comme expérience intérieure" ouvert différemment, plus intensément à chaque guerre et qu'il me tarde un fois encore, de relire à l'ombre des tranchées du Donbass... Pour mieux comprendre cette métamorphose de l'Homme par la chrysalide du soldat.

Une explosion dans le lointain ramène mes pensées vagabondes à la réalité de mes sens en alerte, dans cette nuit froide peuplée d'ombres silencieuses tachant le manteau neigeux devant Yasinovataya.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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