lundi 6 novembre 2017

Entre l'ombre et la lumière

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Volontaire sur le front du Donbass, il est difficile à la fois de prendre du recul et d'expliquer le ressenti des choses et des hommes fusionnés dans des tranchées au milieu de nulle part entre Yasinovataya et Donetsk. 

Et parfois le soleil vient révéler à l'homme et lui offrir la réponse dans son ombre armée aux milieu des stigmates de la guerre...


Lundi 6 novembre 2017

7h00, aujourd'hui c'est le froid, mais aussi les intestins et les ronflements des camarades qui me réveillent, et je réveillé à mon tour mon carnet sous une clarté naissante et gelée.

"Sever" notre chef de groupe me parle de la Sibérie, sa patrie charnelle, et de Nolinsk, sa ville natale au Nord du Nord de la Russie (d'où son surnom "Sever" (nord)). Je sens dans le ton de sa voix une nostalgie pour cette toundra du cercle polaire, ce royaumes des ours blancs où les températures descendent en dessous des -50° en hiver et des -20°... au mois de juin !

Être volontaire pour une guerre lointaine (la deuxième fois le concernant) ce n'est pas seulement accepter les souffrances du front, ce qui est le quotidien de tous les soldats en première ligne, c'est aussi devenir en quelque sorte une souffrance par cet arrachement volontaire à une terre charnelle où nous attendent compagne, parents, amis mais aussi forêts, lacs et rivières, danses et chants traditionnels etc....

À chaque volontaire (je parle de ceux qui ont un cœur identitaire et une colonne vertébrale idéologique) de vivre sur le front et dans son être intérieur son "Illiade" lointaine (espérant une "Odyssée" moins tourmentée que celle d'Ulysse) dans la refondation personnelle d'un mythe européen trahi par les élites occidentales.

les ruines entre froid et brouillard
En janvier 2015, j'évoquais les "aventures" métapolitique, militaire, humaine et intérieure que représentait cet engagement réalisé dans le Donbass. Aujourd'hui, plus que jamais je persiste et signe sur cette transmutation de l'être plongé dans l'athanor de la guerre.

Autour de nous continuent d'éclater les grenades propulsées tirées par des "ukrops" qui visiblement s'emmerdent et brûlent leurs munitions pour passer le temps...

Le froid résiste à la clarté solaire et les cols restent définitivement remontés jusqu'aux nez !
Plus d'une semaine maintenant que nous tenons notre "forteruine" et nous devons désormais résister face à 3 ennemis: les "ukrops", le froid et la fatigue.

Erwan Castel

Même les murs intérieurs de nos positions subissent les griffures des rafales qui s'invitent par les fenêtres et déchirures multiples de notre "Forteruine"
Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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