lundi 8 avril 2019

Entre le marteau et l'enclume

7 avril 2014, la population de Donetsk est dans la rue pour soutenir la proclamation d'indépendance et création de la République Populaire de Donetsk

Ce dimanche 7 avril 2019, la population de la République Populaire de Donetsk a célébré le 5ème anniversaire de sa proclamation survenue au milieu du chaos engendre par le coup d'Etat du Maïdan en février 2014. 5 années une étape dans l'Histoire d'une république, surtout lorsqu'il s'agit de sa genèse et qui plus est dans le feu d'une guerre qui l'a fait naître.

La veille de cette naissance de la République Populaire de Donetsk, le bâtiment de l'administration régionale devant lequel manifestaient depuis le mois de mars est pris d'assaut par une foule dont le discours et la colère a changé face au mépris du nouveau pouvoir de Kiev et les violences perpétrés contre les populations russes d'Ukraine. Désormais il n'est plus question de fédéralisation mais de sécession et, comme pour la Crimée, d'intégration au sein de la Fédération de Russie.


Un opération similaire va être menée à Lugansk, l'oblast voisin qui lui aussi a été rattaché à l'Ukraine par décision arbitraire de Lénine en 1918. Les 2 régions restent donc unies dans leurs destinées historiques, qu'elles décident en 2014 de reprendre en main en s'autoproclamant Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk.

Le 7 avril 2014, la foule est encore plus nombreuse devant le parlement régional où le conseil du peuple, en proclamant la déclaration d'indépendance de l'oblast de Donetsk donne naissance à la République Populaire de Donetsk. A l'extérieur la population est dans son immense majorité soutient cet acte séparatiste historique (plus de 85 % de Donetsk est composé de russophones dont plus de 40% ayant la nationalité russe), ta,dis que dans le ciel passent des avions de combat ukrainiens comme le signe des années de souffrance d'une guerre qui se presse aux portes du Donbass.


A cette époque j'observe les évenements sous les cris des aras et des singes de Guyane par la petite fenêtre virtuelle de mon ordinateur et je sens que qu'une nouvelle page de l'Histoire européenne est en train de s'ouvrir 15 années après que l'OTAN en Yougoslavie ait déclaré ouvertement la guerre à ses peuples. Et l'Ukraine est bien un objectif majeur de cette stratégie étasunienne en Europe qui vise à étrangler la Russie ("stratégie du containment") en s'accaparant de ce pivot stratégique entre l'Orient, l'Occident et l'Eurasie. 


La Crimée qui a échappé par référendum et réintégré la Russie était bien pour les occidentaux la pierre d'angle de cet enjeu ukrainien car elle y abritait non seulement une population russe mais aussi sa "Flotte russe de la Ler Noire". Le Donbass va suivre la Crimée mais sans toutefois obtenir son intégration dans la Fédération de Russie car le contexte législatif (la constitution de la Crimée autonome autorisait le référendum) l'histoire ukrainienne (Crimée rattachée arbitrairement par Kroutchev en 1954, et le Donbass au moment de la création de l'URSS) et surtout les enjeux stratégiques ne sont pas les mêmes (base navale ce Sébastopol).

Durant ce printemps 2014, ce famaux "Printemps Russe" qui marque le coup d'arrêt du monde russe à l'hégémonie occidentale, le mot qui domine dans les discours des militants anti-maïdan est celui de la Novorossiya, cette entité historique fondée par l'impétratice russe Catherine et qui correspond tellement à une réalité identitaire que le mouvement de résistance populaire qui s'oppose au coup d'Etat occidental du Maïdan lui correspond exactement de Karkhov au Nord-Est jusqu'à Odessa au Sud Ouest de l'Ukraine soviétique.

Le 11 avril 2014, le groupe "Alpha" des services de sécurité ukrainiens de Donetsk (SBU) refuse de donner l'assaut au parmement occupé par les séparatistes, tandis qu'à l'horizon de Slaviansk, à 100km plus au Nord, les véhicules blindés ukrainiens s'approchent des barricades qui se dressent aux portes de cette ville qui va encaisser le premier choc d'une "Opération Spéciale Antiterroriste" démentielle lancée contre le Donbass par Kiev.

Le Donbass allait devenir l'avant poste en feu de la Russie !


Aujourd'hui, 5 années plus tard, le Donbass vit plus que jamais la situation critique d'être coincé entre un bélier ukrainien fou au service d'une stratégie occidentale russophobe et des murailles russes qui, pour des raisons de realpolitik ne peuvent lui ouvrir les portes de la Russie sans déclencher un casus belli irrécupérable et qui plongera l'Europe dans une guerre russo-ukrainienne aux répercussions militaires, économiques et politiques internationales et bellogènes incalcumables.

Lorsque l'on sait se libérer des lobotomisations idéologiques et propagandistes qui font feu de chaque côté du front, on observe que la situation du Donbass n'est pas seulement enlisée dans des tranchées militaires mais également dans les circonvolutions politiciennes de tous ses acteurs et les escobarderies des accords de Minsk tous cherchant à ne pas  tomber dans le piège que chacun dans le Donbass a tendu à l'autre.

En effet si on voulait simplifier la complexité de la situation on pourrait la résumer à une "drôle de guerre de tranchées" où l'Ukraine (aux ordres de Washington) bombarde mais n'attaque pas et la Russie soutient mais n'intervient pas, par peur de déclencher un conflit qui mènerait sur le théatre européen (et probablement ailleurs) à une confrontation directe entre l'OTAN et l'ramée russe pour laquelle Moscou et Washington ne sont pas encore prêts.

Et comme souvent en pareille situation historique, c'est le peuple qui en fait les frais en attendant que se débloque la situation ou qu'un protagoniste jette l'éponge.

Cela fait longtemps que je me suis écarté du débilisme propagandiste où se complaisent les perroquets de garde qui ici traduisent avec un zèle pathétique, symptôme du "syndrôme du larbin", les clabaudages d'une propagande symétrique à celle de Kiev et qui tente de cacher la réalité de l'impasse sanglante dans laquelle se trouve aujourd'hui le Donbass.

Car, malgré les braises remuées dans les beaux discours cérémoniels, le feu de la révolution est soumis à un vent froid et qui vient parfois de Russie, comme lorsque LAvrov le ministre russe des affaires étrangères annonce laconiquement que "La Russie ne reconnaitra jamais les Républiques de Donetsk et Lugansk" ou que Peskov, le porte parole du Kremlin, plus récelment nie avoir connaissance d'une métamorphose des passeports républicains en passeport russes.

En 2014, c'est l'inconscient collectif et un sens commun survivaliste qui pousse la population russe du Donbass a se révolter contre son ostracisation par le nouveau régime de Kiev et à prendre les armes lorsque ce dernier dans un délire total lance dses chars et ses avions de combat contre cette terre russe devenue ukrainienne en 1918 sur une décision arbitraire d'un Lénine utopiste, qui avait oublié que tous les empires de l'Histoire, comme toute forme de vie, ont un début mais aussi une fin, y compris l'URSS...

Mais cette rébellion armée et victorieuse n'est pas du goût de tous... y compris du côté russe.
  • De l'Ukraine bien sûr qui voit son territoire soviétique hérité du passé se désintégrer sous la force de ses identités multiples non ukrainiennes qui, avec la disparition de leur identité soviétique qui les englobait toutes Lorsque la vision bandériste qui par nature est occidentale et russophobe oriente l'idéologie du nouveau pouvoir de Kiev,  jusqu'à combatter les russes et pro-russes du pays ces derniers résistent et gagnent sur de nombreux fronts provoquant l'éclatement inévitable de l'Ukraine.
  • Des occidentaux qui malgré leur victoire sur le Maïdan ont vu les 2 morceaux les plus importants de leur proie ukrainienne échapper aux griffes de leurs pantins bandéristes (la Crimée militaire et le Donbass industriel) ce qui met en échec leur volonté de contrôler la mer Noire et la frontière russo-ukrainienne, en plus que d'affaiblir le potentiel économique de leur nouvelle colonie européenne. 
  • De la Russie également qui sans l'avoir initiée a cependant été entraînée à soutenir la rébellion du Donbass, parce qu'il y vit une population russe (et qui défend de surcroît ses intérêts) dont elle a le devoir moral de protéger mais aussi contrôler le conflit en cours pour éviter son extension régionale vers une guerre russo-ukrainiene avec, à court terme, un risque majeur de guerre mondiale.  
Sans être un propagandiste fanatique atteint du syndrôme du larbin comme les Brayard, Néant, ou Hairon par exemple pour ne citer que ces 3 français échoués dans le Donbass et qui reproduisent ici en microcosme la perversion occidentale qu'ils prétendent combattre (censures, calomnies, servilité, cupidité etc...) je reste engagé du côté de la destinée choisie en 2014 par la population de Donetsk et Lugansk et dont la résistance reste selon moi la première étape de la restauration de la Novorossiya sans laquelle aucune réelle indépendance du peuple russe des bords de la Mer Noire ne peut être envisagé, n'en déplaise aux princes qui à l'Ouest comme à l'Est du volcan prétendent encore et toujours lui dicter ses choix (même si je préfère, et de loin, voir s'imposer ces derniers)

Après la révolution de 2014, (la seule révolution qui s'est populairement produite alors en Ukraine), les Républiques de Donnetsk et Lugansk, aidées mais aussi bridées par la Russie ,ont entamées avec le Président Zakharchenko une phase de stabilisation et de construction sociétale autour d'un projet fidèle au passé et exemplaire pour l'avenir dans lequel les rêves initiaux de 2014 n'étaient pas oubliés et leurs initiateurs respectés. L'assassinat d'Alexandre Zakharchenko est sans conteste un tournant dans l'Histoire de cette région d'Europe, et si son successeur, imposé par Moscou, a été coopté par la population c'est uniquement par la confiace accordée à la politique étrangère menée par le Kremlin et par fidélité à son appartenance affective et effective au monde russe.

Donetsk le 7 avril 2014, la population  vient soutenir une République Populaire indépendante

Selon moi, il est trop tôt pour dire si le président Denis Pushilin continue d'être cet homme qui le 7 avril 2014 faisait partie des fondateurs de la République Populaire de Donatsk, où si les intérêts de Moscou, la lassitude de la guerre, les difficultés économiques de la région, auront fléchi son orientation et émoussé les rêves que la population lui a confié. Et la réponse à cette interrogation qui concerne aussi l'avenir des peuples de la Novorossiya aujourd'hui occupés par les forces ukrainiennes et même de l'Europe menacée par une extension du conflit est aussi à chercher du côté de Kiev où le meilleur comme le pire restent possibles à l'issue du scrutin présidentiel en cours.

En attendant, malgré les peurs, les doutes et même les déceptions la population de Donetsk a renouvelé son attachement filial à cette Russie qui rechigne encore à l'accueillir malgré ses flots de sang et de larmes, en se rassemblant dans les rues de Donetsk sous le soleil d'un printemps qu'elle veut toujours et légitimemement appeler russe...

Erwan Castel



Plus de 10000 personnes sont venues se rassembler ce dimanche 7 avril 2019 pour célébrer l'anniversaire de la proclamation d'indépendance et création de la République Populaire de Donetsk


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