jeudi 4 mars 2021

Jour sombre pour Piatnashka.

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Ce mercredi 3 mars 2021 est un nouveau jour de deuil pour notre Brigade Piatnashka (devenue le 2ème bataillon des forces spéciales du Ministère de l'Intérieur en 2018), le Minotaure qui rôde dans le labyrinthe des tranchées du Donbass a emporté "Voïna" ("Guerre") un jeune caporal et camarade de section.

Jeudi 4 mars 2021

Сaporal Vladislav Igorevitch "Voïna", 22 ans,
Mort au combat le 3 mars 2021.

"Voïna", avec son groupe était sur les positions que tient notre compagnie depuis  plus de 4 ans, dans cette zone industrielle de Promka entre Avdeevka (occupée par les ukrainiens) et Yasinovataya (républicains), lorsque le commandement leur a signalé la présence d'enfants à proximité du "no man's land" séparant seulementvde quelques centaines de mètres les positions républicaines des avants postes ukrainiens.

Vers 12h00, alors qu'une équipe se dirigeait vers le secteur désigné pour évacuer les imprudents, un sniper ukrainien a ouvert le feu, fauchant d'un tir mortel notre camarade "Voïna".

Le fait que se trouvait dans cette zone de guerre une bande de gamins inconscients ne doit pas détourner les regards des vrais responsables de ce nouveau drame. Par ailleurs cet incident qui n'est pas le premier du genre révèle que cette guerre meurtrière déjà vieille de 7 années est devenue l'environnement banal et quotidien de milliers de jeunes qui, malgré les avertissements réguliers des parents et autorisés et les réprimandes sévères pour ceux qui les enfreignent se laissent entrainer par cette inconscience qui, en plus de caractériser les jeunesses aventureuses, est aussi souvent le revers de médaille de la résilience d'un peuple en guerre.

Au milieu de ce champ de ruines où désormais les belligérants sont à portée de voix les uns des autres, les snipers se glissent dans les ombres et les amas de béton brisé pour "chasser" leurs "proies", dans des distances si dérisoires qu'elles ne laissent que peu de chance aux ennemis repérés de survivre à un tir posé.

Hiver 2018, depuis les ruines d'un étage industriel aujourd'hui
 disparu sous les bombardements ukrainiens, je "surveillais" des 
avants postes ukrainiens en cours de progression, à l'époque
 déjà à moins de 300 mètres de nos positions défensives.

Le nom de Piatnashka est indissociable de celui de Promka, ce champ de ruines apocalyptique que se disputent jour et nuit depuis 7 ans les "Ukrops" et pro-OTAN les "Vatas" pro-russes. On ne compte plus le nombre de volontaires de notre Brigade internationale qui ont rougi de leur sang ces zones déchirée par la ligne de front, jusqu'à notre bien aimé commandeur "Mamaï", qui devait y tomber au combat le 17 mai 2018...

Aujourd'hui les squelettes calcinés des bâtiments industriels, des datchas et des arbres tendant vers le ciel au bout de leurs moignons le martyr du Donbass rappellent les images des champs de batailles du passé, ceux de Verdun ou de Stalingrad, meutrissant à jamais les mémoires européennes.

Dans la zone industrielle de Promka, les ruines mortelles
 ressemblent à des navires échoués sur les récifs d`un théâtre
dantesque où se joue un nouvel acte du drame humain éternel.

Aujourd'hui toutes mes pensées vont à la famille de "Voïna" ce jeune du Donbass tombé pour la Liberté de sa terre et la préservation des traditions de ses aïeux.  

Lorsque la triste nouvelle est tombée, je me suis souvenu de sa svelte silhouette, courbée sous son barda, dévalant les escaliers de la compagnie pour sauter dans le camion assurant les rotations sur le front. 

Ultimes sourires échangés au cœur de la tourmente de l'Histoire.

"'Voïna" ne reviendra pas égayer notre section de sa fougueuse jeunesse, car il a rejoint ce 3 mars 2021 les grues blanches voguant vers le Régiment des Immortels de la Grande Russie.

Paix à son âme !

Erwan Castel






Les grues blanches 


Il me semble, parfois, que les soldats

Qui ne reviennent pas des champs ensanglantés,

Se sont couchés un jour, ailleurs que dans notre terre,

Et se sont transformés en grues blanches.


Depuis lors, et aujourd'hui encore,

Ils volent et nous font entendre leur voix.

N'est-ce pas pour cela que, si souvent,

Nous nous taisons pour regarder tristement le ciel?


Les grues lasses volent en V dans le ciel,

Dans le brouillard, à la tombée du jour,

Et il y a un petit espace dans cette formation,

Peut-être est-ce une place pour moi.


Le jour va se lever et, avec la volée de grues,

Je flotterai dans cette même brume bleuâtre,

En vous interpellant, comme un oiseau, dans le ciel,

Vous tous, que j'ai laissés sur terre.


Il me semble, parfois, que les soldats

Qui ne reviennent pas des champs ensanglantés,

Se sont couchés un jour, ailleurs que dans notre terre,

Et se sont transformés en grues blanches


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