lundi 13 juillet 2020

Vers une sortie ukrainienne officielle de Minsk


Depuis leur deuxième mouture signée le 14 février 2015, les accords de paix pour le Donbass proposés par le quartet Russie-Ukraine-Allemagne-France ("format Normandie") n'ont jamais été respecté par Kiev hormis moins d'une demi douzaine d'échanges de prisonniers. Pire que cela des représentants de Kiev aux réunions tripartites jusqu'aux unités ukrainiennes déployées sur le front, tous n'ont eu de cesse que d'organiser des provocations diplomatiques ou militaires cherchant à ralentir et saboter l'application du processus de paix.

Et les accords de paix de rester embourbés depuis plus de 5 années...
  • "L'Ukraine ne se conformera pas à "l'accord de Minsk" sous la forme car ils ont été signés par la direction précédente et soutenus par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU"

Sans que cela surprenne quiconque cette sortie ukrainienne des Accords de Minsk a été annoncée sur la chaîne de télévision "Ukraine 24" par Alexei Reznikov, le vice-Premier ministre de Affaires étrangères de Zelensky en charge du Donbass et nommé à cet effet  "ministre de la "Réintégration"" .

Cet effet d'annonce de Reznikov n'est pas à proprement parler une sortie actée des accords de Minsk mais une ultime tentative de les modifier via un chantage menaçant de le faire si ils ne sont pas cuisinés à nouveau avec une sauce ukrainienne, à savoir principalement : 

  • Inverser le calendrier des accords de paix en faisant précéder les élections locales par la récupération des frontières par Kiev, ce qui reviendrait de facto pour les républiques du Donbass à se mettre dans un encerclement militaire ukrainien total et sans aucune garantie. C'est le leitmotiv politique de Porochenko que Zelensky a repris à son compte lors de la dernière réunion du "format Normandie" de Paris le 9 décembre 2019, et toujours jugé bien entendu inacceptable par les républiques et surtout la Russie qui est signataire des accords.
  • Ensuite Kiev refuse qu'un statut spécial pour le Donbass soit inscrit dans la constitution ukrainienne comme le demandent les accords de Minsk, considérant que la loi adoptée récemment au parlement ukrainien relative aux particularités autonomes locales dans certaines territoires des régions de Donetsk et de Lugansk suffit largement. Sauf que ce n'est qu'une simple loi donc révocable arbitrairement et qu'elle n'inclut pas les territoires des républiques occupés par les forces ukrainiennes (alors que les territoires considérés à Minsk sont l'intégralité des anciens oblasts de Donetsk et Lugansk)

Sur les plans techniques et informatifs, les déclarations de Reznikov n'apportent absolument rien de nouveau tant sur la situation des accords de Minsk, toujours au point mort que sur leurs modifications réclamées par Kiev, et toujours inacceptables. 
Ce qui change en revanche c'est la radicalité du discours public en forme d'ultimatum et surtout l'officialité de son auteur, Reznikov, en tant que ministre ukrainien en charge du Donbass, étant le porte parole du gouvernement sur le sujet.

Ce chantage mené par Kiev et qu'il ne peut gagner pas n'a pour objectif que de pouvoir quitter officiellement les accords de Minsk (ce qui de facto est déjà fait à 90%), tout en blâmant ceux qui auront refusé d'accepter leur réécriture.  

Ce qui risque de changer en revanche une fois acté cet inévitable départ ukrainien des accords (car les points contestés par Kiev sont non négociables), c'est la situation diplomatique internationale et la situation militaire sur le front du Donbass, car l'abandon du processus de paix sera alors une carte blanche pour un coup de force ukrainien sur le front mais vraisemblablement aussi une réaction russe comme par exemple une reconnaissance des républiques et une intervention militaire défensive.

Ce qui est certain c'est que la fin des accords de Minsk va débrider une situation figée et tellement tendue, que tout risque de s’enchaîner très vite, du coup de force ukrainien sur le front jusqu'à la chute du régime de Kiev...  

Et même les occidentaux, empêtrés dans leurs crises multiples et lassés de traîner le boulet ukrainiens, agiteront alors juste des réactions économiques et politiques symboliques et,  regardant le suicide ukrainien penseront très fort "bon débarras" !

Erwan Castel


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