dimanche 5 juillet 2020

L'âme de la rébellion


Il y a 6 ans, le 5 juillet 2014, la garnison républicaine de Slaviansk et Kramatorsk, sous les ordres d'Igor Girkin indicatif "Strelkov", se repliait en ordre de combat vers Donetsk pour échapper à l'encerclement fatal des forces ukrainiennes qui l'assiégeaient et la bombardaient depuis 3 mois.

Les vétérans de Slaviansk se souviendront à jamais de cette journée du 5 juillet achevant cette première bataille de la guerre du Donbass qui, malgré qu'elle se termine par un abandon républicain du terrain, ravit cependant les fruits de la victoire à Kiev et permet surtout aux jeunes républiques de Donetsk et Lugansk de naître politiquement et d'organiser leurs défenses militaires. 

Danil Bezsonov fait partie de ces premiers volontaires qui ont suivi leur devoir vers l'inconnu et au devant des blindés ukrainiens avec des moyens aussi dérisoires qu'était immense leur courage, et cet homme devenu aujourd'hui vice ministre de l'information de la République Populaire de Donetsk se souvient :

"Il y a exactement 6 ans, le 5 juillet 2014, nous avons quitté Slaviansk. Beaucoup a été dit et raconté, mais je sais une chose - nous n'avions pas d'autre choix, ni la possibilité de continuer la résistance dans l'environnement, sans approvisionnement en munitions et provisions. En plus, vous devez comprendre que Donetsk n'était pas prêt pour la défense, et notre tâche était de protéger notre capitale. 

Grâce aux glorieux 85 jours de défense de Slaviansk, nous pensions que nous pouvions combattre avec succès les forces régulières ennemies et transmettre au reste des milices du Donbass cette foi, qui s'est manifestée dans des batailles ultérieures. Nous avons supporté une mort imminente, mais nous avons eu une chance de survivre et de continuer notre bataille dans d'autres endroits. Quitter Slaviansk est le jour où les morts ont eu droit à la vie."
Danil Bezsonov, 5 juillet 2020


Rappel des faits du siège de Slaviansk:

Suite au coup d'état du Maïdan, les populations russophones d'Ukraine, inquiètes du caractère russophobe affiché par le nouveau pouvoir de Kiev, ont transformé leur opposition politique en mouvement de protestation revendiquant une fédéralisation garantissant leurs spécificités culturelles. La Crimée, profitant à la fois de ses liens privilégiés avec Moscou à laquelle elle était encore territoire seulement 60 ans auparavant et de son statut de République autonome en découlant, a fait sécession de l'Ukraine en mars 2014, à l'issue d'un référendum provoquant son retour au sein de la Russie.  

Cette sécession qui encourage dans une certaine mesure (les manifestants ne sont pas encore séparatistes) le mouvement fédéraliste dans toute la région historique de la Novorossiya, va affoler le gouvernement fantoche de Kiev pris en otage par les radicaux néo-nazis du Maïdan et qui, plutôt que d'ouvrir un dialogue avec les oblasts russophones inquiets va opter rapidement pour une répression de plus en plus radicale de leur revendications.


Devant le refus par les autorités d'accepter l'organisation d'un référendum dans les régions du Sud Est de l'Ukraine, des manifestants fédéralistes décident alors de prendre eux mêmes l'initiative et avec le soutien de la population commencent à occuper des bâtiments de l'administration régionale, comme à Slaviansk le 12 avril 2014.



Pendant ce temps, à Kiev, les mentors étasuniens organisent l'allégeance du nouveau pouvoir qu'ils ont mis en place. c'est ainsi que John Brennan, le Directeur de la CIA rencontre l'équipe du Président par interim Turtchinov qui dès le lendemain 13 avril 2014, lance contre les manifestants du Donbass une "opération spéciale", offensive aéroterrestre complètement disproportionnée et irresponsable.

La stupeur saisit à la fois les manifestants et les soldats de la 25ème brigade aéromobile engagés contre eux et dont beaucoup lors du 1er assaut lancé contre Kramatorsk vont refuser de combattre et même pactisent avec les fédéralistes jusqu'à déserter et rejoindre les barrages improvisés autour de Slaviansk et Kramatorsk, à 100 km au Nord-Ouest de Donetsk.

Tandis qu'une revendication politique éphémère est exprimée par la voix d'un nouveau maire autoproclamé Viatcheslav Ponomarev, rapidement désavoué (il sera arrêté le 10 juin) la défense militaire de Slaviansk et de sa voisine Kramatorsk (au sud) s'organise très rapidement malgré les faibles moyens dont elle dispose encore grâce à l'impulsion de Igor Girkin, dit "Strelkov" ex colonel russe du GRU venu de Crimée avec un noyau de 58 vétérans des guerres de Tchétchénie, Géorgie, Transnisstrie, ainsi que des volontaires locaux et ukrainiens etc... 

Strelkov impulse très rapidement la résistance fixant avec réalisme les objectifs prioritaires imposés par l'agression militaire de Kiev. Rapidement il incarne même la résistance du Donbass, et ce, même après son retour en Russie après l'été 2014.


Dès le premier jour de l'insurrection, Strelkov et ses volontaires s'emparent d'un dépôt des services de sécurité (SBU) de Slaviansk où un stock important d'armes et de munitions est saisi. Par la suite, tandis que plusieurs sections de la 25ème brigade aéromobile ukrainienne, peu motivées pour des combats fratricides sont désarmées, un second dépôt, celui de l'administration des douanes est saisi.


Volontaires de Slaviansk, parmi lesquels on reconnait Motorola (porte drapeau), aujourd'hui Commandant du bataillon Sparta et Igor Strelkov (second rang) le Commandeur du bastion de Salviansk entre avril et juillet 2014

Après les premiers flottements vécus dans les rangs de l'armée régulière ukrainienne, l'opération qualifiée "antiterroriste" par Kiev, qui va être rapidement être transférée sous le commandement du Ministère de l'intérieur, va engager les premiers volontaires de Prayvi Sector contre les barrages le 20 avril 2014. Ce jour là, dans le village de Bylbassovka à l'Ouest de Slaviansk, 3 premiers morts ouvrent le martyrologe du Donbass.


Le 2 mai, le massacre des manifestants fédéralistes à Odessa est considéré comme une ligne rouge franchie au delà de laquelle le mouvement fédéraliste laisse définitivement la place à une revendication séparatiste et une rébellion armée.

Les combats deviennent alors de plus en plus intenses avec notamment un deuxième assaut ukrainien lancé le 24 mai, puis à partir de juin, tandis que Lugansk est écrasée par ses chasseurs bombardiers, l'artillerie de Kiev commence à pilonner systématiquement Slaviansk et Kramatorsk en détruisant complètement certains quartiers et villages comme Semenovka.


Si les insurgés remportent des victoires significatives en détruisant plusieurs hélicoptères et même des blindés ukrainiens, le siège des 2 cités rebelles devient de plus en plus difficile à supporter tant sur le plan militaire que civil surtout après que Kiev ait lancé une nouvelle offensive de grande ampleur sur les positions républicaines épuisées.

Au cours du mois de juin les rebelles résistent désespérément aux assauts, espérant des renforts et des approvisionnements logistiques qui n'arrivent pas. Après la chute du village de Krasny Liman contrôlant un carrefour stratégique au Nord de Salviansk, Strelkov organise le repli de ses forces qui réussiront à tromper l'encerclement ukrainien dans la nuit du 5 juillet et à rejoindre le bastion de Donetsk avec armes et bagages.



Cette exfiltration est certainement un des plus beaux coups du "maître Strelkov" qui a réussi dans la seule nuit du 4 au 5 juillet a dégager de l'encerclement de l'armée ukrainienne environ 2 200 combattants, avec armes et bagages et même véhicules dont 20 chars, 3 canons automoteurs Nona, des véhicules de combat d' infanterie, BTR, BRDM  et plusieurs canons antiaériens montés sur camions et camionnettes. 

La défense de Slaviansk a fait entrer le Donbass dans l'Histoire et ouvert le légendaire de sa rébellion, car si cette première bataille, qui va durer 3 mois, se termine par une victoire ukrainienne, elle va permettre aux bastions de Donetsk et Lugansk, pendant toute sa durée d'organiser suffisamment leurs défenses pour pouvoir encaisser et repousser le choc des forces d'assaut ukrainiennes qui arriveront dès le 12 juillet 2014, aux portes de Donetsk.

Alors non, pour répondre aux récentes paroles maladroites d'Edouard Basurin qui affirmait que "la République ne doit rien aux premiers volontaires de 2014", le Donbass libre doit au contraire tout à cette résistance héroïque initiale qui fixa pendant 3 mois à Slaviansk le principal des forces ukrainiennes et qui fut ensuite le fer de lance des combats défensifs victorieux ultérieurs. 

Sans ces volontaires, le chemin vers le rêve ne serait pas devenu réalité !


Erwan Castel


6 juillet 2020, les volontaires républicains arrivent de Slaviansk et Kramatorsk 
à Donetsk pour défendre la capitale du Donbass 


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