lundi 27 juillet 2020

Un pays de traditions

Le rapport au soldat 

Le 26 juillet est célébrée en Russie la marine, comme ici à Sébastopol en 2019.
Sur les bords de la Mer Noire, ce jour est particulièrement important tant par le
souvenir des combats du passé qui l'ont défendu face aux multiples invasions
subies par cette steppe pontique que par la ville portuaire de Sébastopol, fondée
par Catherine II pour y abriter la flotte russe de la Mer Noire et qui enfin a rejoint 

"contre vents et marées" la Russie, sa mère patrie, au printemps 2014.

Depuis plus de 5 ans que je suis arrivé dans le Donbass, je ne cesse d'admirer cette société qui, malgré la guerre et son cortège de souffrances physiques, morales, économiques, sociales, sait maintenir une harmonie sociétale, un art et une joie de vivre portant ses plus hautes espérances dans le domaine du possible.

Certes les jeunes Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk ne sont pas parfaites mais elles ont cette qualité de rester à l'écoute des problèmes rencontrés par la population même si une bureaucratie infernale empêche souvent de les anticiper. Alors que grondent toujours les canons ukrainiens aux portes des cités, le peuple du Donbass tout en défendant quotidiennement bec et ongle sa liberté sur plus de 460 kilomètres de front petit à petit construit son rêve républicain et son cheminement vers la Russie. 

Cette victoire incontestable de cette rébellion du Donbass refusant le coup d'Etat russophobe du Maïdan est sans conteste portée par une cohésion sociale exceptionnelle dont les traditions constituent l'armature inoxydable et ancrée profondément dans cette steppe pontique façonnée et irriguée de la sueur et du sang de centaines de générations d'ouvriers, de paysans et de soldats.

Ici les traditions ne sont pas définies par un dogme politico-culturel comme en Occident où, après les coupes dans les racines opérées par le clergé romain et l'absolutisme royal, les bourgeois ont conquis le pouvoir en détruisant tous les corps sociaux intermédiaires qui assuraient encore la montée d'une sève identitaire populaire et authentique depuis la mémoire des terroirs et des corporations. 

J'ai sélectionné quelques clichés de Svetlana Kissileva pour illustrer les thématiques abordées brièvement mais aussi rencontrer des regards de femmes d'enfants et d'hommes de la République Populaire de Donetsk et je vous invite vivement à retrouver une partie plus importante de son travail photographique (et à liker !) ici : Svetlana Kissileva photographe.


Le rapport à la terre


Alors qu'en Occident, les populations dégénérées ne savent plus dans leur immense majorité nommer les arbres (y compris parmi ces tractoristes et éleveurs hors sol qui ont remplacé les vrais "paysans"), dans le Donbass les familles gardent même jusqu'aux coeurs des cités modernes un rapport à la terre exceptionnel. Outre les villages agricoles qui bornent de leurs champs et de leurs granges principalement les plaines au Sud et à l'intérieur de la république, chaque maison, chaque appartement disposent d'un carré de jardin, individuel ou collectif, au milieu des espaces verts autour desquels sont construits chaque îlot d'habitations. 

Le paysage urbain de Donetsk est impressionnant par ses innombrables parcs et espaces verts, étangs et cours d'eau, jardins et bosquets remplis d'oiseaux chantant autour des mangeoires et d'enfants riant dans leurs aires de jeux. Au printemps les familles se retrouvent pour nettoyer et décorer, bécher et planter, et jusqu'à l'automne les jardins sont une des occasions où la connaissance et les traditions de la terre sont transmises par les anciens aux générations futures. 



Et bien sûr, lié à ces traditions d’auto-subsistance, l'art culinaire tient également une place importante dans tous les foyers où dans les celliers les bocaux de légumes, fruits et confitures, les bourrichons de kvas, jus de fruit et les bouteilles de samogon s'entassent en prévision du siège hivernal...


Dans les quartiers pavillonnaires, comme le quartier d'Oktyabrsky où j'habite, les jardins sont souvent les domaines de poules, cailles, canards, chèvres, lapins et même cochons qui procurent des compléments alimentaires réguliers et importants autant qu'ils amusent les enfants revenant de l'école.

Et lorsque dans les parcs urbains ou les jardins campagnards, dans l'ombre des arbres les fumées des chachliks, les rires des homme et les sourires des femmes invitent souvent pendant l'été, à des moments d'amitiés entre voisins 


Le rapport à la foi 


Dans les églises de cette région russe orthodoxe, les pas du visiteur ne résonnent dans un vide silencieux et glacial comme en Occident. Ici les églises, mais aussi les mosquées et les synagogues sont vraiment de ces "granges à dieu", comme le chantait autrefois le barde Xavier Graal ou les mains ouvertes ou jointes d'une foi populaire et vivante viennent confier leurs espérances et fortifier leur courages. 

Alors qu'en Occident, la trahison des élites politiques et l'abandon des coutumes ancestrales encouragent des expressions ethniques et religieuses incultes et radicales, dans le Donbass, les communautés identitaires cohabitent et convergent au profit d'une destinée commune de type impériale où chaque tradition est conservée et respectée, qu'elle soit sienne, celle du lointain passé ou celle du voisin.

Et lorsque s'allument les feux de la Kupala, cette traditionnelle fête païenne solsticiale (au début juillet selon le calendrier julien orthodoxe), toutes les communautés y viennent dans la joie pour célébrer le feu, l'eau, la terre et l'air, le Soleil et la Lune, la récolte, la fertilité et l'amour.


Ici les dogmes n'ont point effacé les mythes européens et si les communautés s'ouvrent aux autres ce n'est pas par prosélytisme égocentrique mais dans cet esprit fraternel que l'on peut observer chaque jour dans les tranchées protégeant les jeunes républiques du Donbass, où épaule contre épaule, chrétiens, musulmans, juifs, païens, athées, venant de nombreuses ethnies se battent pour la Liberté du Donbass.


Le rapport au travail 


Bien sûr les personnes ici travaillent souvent comme ailleurs par obligation alimentaire, mais nombre de métiers du Donbass restent l'armature vivante de son identité et donnent à l'ensemble de sa population les qualités et le caractère nécessaires à leurs accomplissements. 

Le Donbass est une terre de paysans, de pêcheurs et surtout de mineurs de charbon autour desquels furent fondées les grandes villes de ce bassin du Don au courant du XIXème siècle. Et tout comme les pèches lointaines et périlleuses ont forgé la mentalité bretonne, les houillères profondes et non moins périlleuses du Donbass (où l'on trouve à plus de 1 200 m les galeries les plus profondes d'Europe) ont certainement contribué a forger cette capacité de résistance et de résilience qui caractérise ses populations. 

Aussi lorsqu'en 2014 une nouvelle guerre s'abat sur les cités minières la peur est maîtrisée dans un courage et une résilience exceptionnels, car la souffrance et la mort sont déjà des compagnes et initiatrices fidèles d'un peuple uni dont la mémoire collective, de surcroît, n'a pas oublié les combats et les sacrifices du passé pour sa Liberté. Et ce sont d'ailleurs les mineurs qui vont constituer le fer de lance des premières milices d'autodéfense qui vont au devant des blindés ukrainiens.



L'industrie minière et métallurgique n'est pas seulement le moteur économique de la région mais c'est aussi la fierté de sa population qui a même fait de la métallurgie d'art l'expression de son excellence culturelle. Partout dans Donetsk des sculptures et statues en fer forgées (comme cet immense "parcs de statues" par exemple qui jouxte la mairie de la cité), rappellent artisanat d'excellence qui se fit mondialement connaitre en remportant le "Grand Prix" de l'exposition universelle de Paris en 1900 avec la "palme Mertsalova" (un palmier de plus de 300 kg forgé à partir d'un rail de chemin de fer) 


Le rapport à l'Histoire



Dans le Donbass, comme en Russie, l'Histoire n'est pas une science confinée dans les bibliothèques ou une seulement discipline scolaire et universitaire, elle est composante de l'identité familiale de chaque citoyen qui l'emporte jusqu'à l'ultime corps social du pays qui est celui de la grande Russie, qu'elle soit impériale, soviétique ou fédérale. 

Sur cette steppe russe du Donbass déjà griffée par les invasions mongoles, turques germaniques, polonaises, suédoises, etc. et les guerres civiles, chaque famille se souvient de l'Histoire comme d'une matrice intime de son présent, notamment avec cette immense saignée des 22 millions de morts de la "grande guerre patriotique" (1941-1945) où chaque famille soviétique a apporté sa part sacrificielle à la victoire sur le nazisme. 

Chaque année les 9 mai, les générations se souviennent du sacrifice indescriptible de leurs anciens pour leur liberté qui sont invités dans leurs souvenirs à chaque journée patriotique comme celle par exemple qui célèbre la marne russe tous les 26 juillet. 

Et lorsque le nouveau pouvoir ukrainien lance sa croisade militaire russophobe contre les populations du Donbass ces dernières ne peuvent s’empêcher d'y voir une résurgence ce ce passé douloureux d'autant plus que, des slogans politiques kiéviens inspirés de la propagande anti bolchevique du 3ème Reich jusqu'à la permanence des mêmes champs de bataille et en passant par le déploiement de bataillons spéciaux ukrainiens ouvertement néo-nazis, l'Histoire à la fois glorieuse et douloureuse s'invite dans l'actualité du présent...



Ainsi de cette mythique colline du "Saur Moghila" située dans le Sud de la République Populaire de Donetsk et sur laquelle souffle les vents de l'Histoire, celui de 1943 lorsque des milliers de soldats de l'armée rouge tombèrent dans l'assaut de ce verrou stratégique tenu par les allemands et celui de 2014 où des milices républicaines combattirent jusqu'à la mort pour garder fermés les "chaudrons" où bouillaient les corps blindés ukrainiens emportés par leur haine...

Plusieurs fois par an des rassemblements se déroulent sur ces hauts lieux de l'Histoire réunissant autour du sacrifice immortel et de la Liberté toujours à défendre les parents et les enfants d'une combat qui continue...


Le rapport à la culture 



Il ne faudrait pas s'imaginer que les républiques du Donbass sont des entités de type nord coréen ou une étanchéité culturelle est soigneusement imposé par les gouvernements. Ici on peut écouter notamment via internet les médias du monde entier (y compris ukrainiens) et les tendances musicales à la mode touchent également les jeunes et les moins jeunes qui se retrouvent régulièrement dans les salles ou en plein air dans des concerts de rap, de rock, de métal etc...

Mais ce progrès contemporains des modes et des arts ne provoque pas pour autant de déchirement ni même d'antagonisme dans les esprits des anciens et des jeunes qui peuvent assister et participer au bal tradition d'une université et quelques heures après se trémousser sur le son saturé d'une guitare électrique hurlante.



Quand dans les sociétés occidentales les modes, les tendances, les croyances, les idéologies, cloisonnent et opposent les générations et atomisent les populations, ici la majorité des personnes respecte la diversité des expressions culturelles et se fait un devoir de les connaitre par principe d'héritage et de fierté identitaire. Ainsi de la danse qui ici est populaire, qu'elle soit traditionnelle, classique ou post-moderne...


Le rapport citoyen


Je pourrai continuer longtemps ce florilège des rapports que les femmes et les hommes du Donbass entretiennent avec leur identité, des racines du passé jusqu'aux espérances du futur, mais je terminerai ici sur ce que j'ai appelé le rapport citoyen qui relie les gens du Donbass dans une fraternité humaine quotidienne et désintéressée.

Alors que les maires des municipalités occidentales dit démocratiques et droitdelhommistes sont "élus" par leurs administrés, ici ils sont des chefs d'administration nommés par le gouvernement. Cependant force est de constater chaque jour que ces responsables politiques sont très près de leurs "administrés" allant pour la majorité au contact de leur vécu et de leurs problèmes, ainsi de Constantin Tchalyï, maire d'Aleksandrovka (dans le Sud de Donetsk) qui apporte de l'aide humanitaire au personnes âgées isolées de sa commune bombardée par les forces ukrainiennes chaque semaine.

Mais il serait mensonger que de prétendre qu'il n'y a pas, dans les républiques de Donetsk et Lugansk de problème, de réclamation ou même d'opposition à la politique républicaine menée ici ou là. Comme dans toute république, les débats et critiques existent et parfois même des tensions sociales peuvent émerger comme dernièrement à propos de salaires impayés dans le secteur minier, mais toujours les polémiques sont subordonnées à l'intérêt collectif commun. 
Aussi lorsque des regards extérieurs voient dans certains grincements de dents une fracture sociétale, ils se trompent gravement car la population du Donbass dans son écrasante majorité reste par dessus tout fidèle à son choix exprimé en 2014 et pour lequel elle n'a pas hésité à prendre les armes et assumer ses conséquences. 



Ainsi a chaque occasion, les citoyens de Donetsk et Lugansk, laissant de côté pour certains leurs griefs, soucis et déceptions personnels du moment viennent ensemble exprimer leur confiance et leur soutien pour que se poursuive le long et douloureux chemin d'amour vers la Fédération de Russie engagé en 2014 et qui reste l'objectif prioritaire et la raison d'être de combattre pour les républiques populaires du Donbass.

Car ici le bien commun reste sacré dans le coeur de chacun !


Erwan Castel


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