dimanche 23 septembre 2018

Sous le regard de Séléné

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Il m'est difficile de ne pas trouver un écho métaphysique aux phénomènes naturels sous lesquels nous autres humains, rampant dans les caniveaux de nos certitudes, nous nous agitons vainement. Mais cette conscience est aussi la source d'une force pour mieux endurer les épreuves subies et choisies car la nature est le socle de la Tradition, "ce murmure des temps anciens et du futur" pour laquelle je me bats et ou résonne le chant de la Liberté des peuples.


Dimanche 23 septembre 2018

Interlude païen...

Après que de lourds nuages soient venus offrir aux ruines désenchantées de Promka les larmes purificatrices du ciel, le scintillement de la lune a fait fuir ce soir les sombres messagers de l'automne vers d'autres horizons.

Et sur le front du Donbass, dans un silence total, les ombres du champ de bataille accueillant l'ascension de Dame Séléné dans le ciel obscur se sont étendues devant sa lumineuse blancheur.

C'est à peine si quelques rafales d'armes légères et grenades sont venues rappeler aux Hommes que ce spectacle féerique n'était pas un rêve mais la bien réelle symphonie équinoxiale silencieuse d'une Nature célébrant la nuit de Mabon, ce jour où la Nature entame sa dormition saisonnière dans l'obscurité maturante l'humus et du ciel...

Et c'est ce grand paradoxe de la guerre que de pouvoir, par ses tourments, durcir comme des poings les corps malmenés, et ouvrir en même temps comme des fleurs les âmes dénudées à la respiration de l'univers.

Demain ou peut-être dans un instant, une déflagration ramènera brutalement mes pensées, sur la ligne de front de Yasinovataya un jour de septembre 2018, m'invitant à reprendre le cours de ma destinée.

En attendant, je reste encore un peu hors du temps et de l'espace des hommes pour danser dans un fragment d'éternité avec les déesses et les dieux anciens, guides des mystères du passé et de l'espérance du futur...

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front


Pour rappeler l'importance de l'équinoxe d'automne pour les paganismes traditionnels européens, voici un post que j'ai publié sur Facebook le 22 septembre :


LE TEMPS DE MABON

Detail de "L'Enlèvement de Proserpine" ou "Le Rapt de Proserpine",
sculpture de marbre extraordinaire réalisée par Gian Lorenzo Bernini
entre 1621 et 1622 (il n'avait que 23 ans) où le marbre devient chair sous le génie de l'artiste.

Demain dimanche c'est l'Equinoxe d'Automne qui intervient cycliquement entre le 21 et le 23 septembre.

Pour les coeurs éveillés qui ont conscience que les dieux marchent au milieu des Hommes et non dans un paradis extraterrestre artificiel et anthropocentrique, la Nature divine est un livre de sagesse infinie dont les chapitres s'ouvrent au rythme de ses cycles solaires.

Ainsi de ce temps de l'Equinoxe d'Automne (Mabon celtique), cet équilibre parfait entre le jour et la nuit quotidiennes, mais qui marquent surtout la fin des récoltes et la bonheur des greniers et des granges.

C'est le temps du raisin et des noix la saison où les couleurs chaudes des feuillages annonçent les feux hivernaux.

Autour de nous, le couple divin se métamorphose lentement sous la chute des fruits et des feuilles caressés par le vent. Après les danses chaudes et nourricières de l'été, Soleil et Terre s'adoucissent et se glissent lentement sous les couvertures épaisses et humides des nuages et de l'humus.

Avant que les Hommes modernes ne s'enferment dans les villes, aveuglés par leurs lumières artificielles et leur domination arrogante et illusoire, les peuples observaient et écoutaient avec attention et amour les frémissements du vent et de la terre.

Cette période équinoxiale, charnière entre les récoltes anciennes et les germinations futures est en effet un moment idéal, avec celui des moissons de Lugnasad, pour célébrer dans la joie la générosité, l'abondance de la Nature maturante et le travail nourricier des Hommes.

Mais Mabon est aussi le temps de la méditation et de l'attention pour cette déesse mère qui s'apprête à opérer dans ses entrailles un nouveau cycle de vie.

Les anciens, notifiant dans leurs mythes initiateurs les ébats du Soleil et de la Terre nous ont transmis le sacré de cette transformation des semences.

Et avec l'automne s'ouvre le temps des conteurs, celui des mythes et les légendes transmises autour du feu et des bolées de cidre ou de vin.

Certains ici sourieront à mes pensées nostalgiques des chants honorant les dieux anciens, les héros et les ancêtres s'élevant avec les flammes et l'espérance au coeur de la nuit assiégeant les foyers des corps et des coeurs.

Mais la réalité est pourtant là: malgré nos découvertes scientifiques, nos progrès médicaux et conquêtes spatiales, malgré nos connaissances et notre arrogance, nos vies dépendent toujours des cycles de cette Nature divine que tant insultent et martyrisent au nom d'un anthropocentrisme démentiel et suicidaire.

Les anciens grecs ont Gaïa pour diviniser cette Nature sauvage indomptable et Déméter qui elle divinise sa fonction maturante et dont l'Homme peut bénéficier et récolter les fruits symbolisés par sa fille, la déesse Perséphone.

A travers le mythe de l'enlèvement de Perséphone (devenue Prosperine chez les ronains) c'est tout le cycle de la vie qui va s'opèrer sous le manteau de l'hiver qui est décrite et transmise aux générations.

Et l'Equinoxe automnale constitue l'ouverture de ce cycle symbolisé par l'enlèvement de Perséphone par Hadès.

A l'image de ces cycles je suis convaincu que les dieux anciens reviennent marcher dans le coeur des Hommes dont les consciences germinent au coeur de l'obscurantisme de la pensée unique et possessive, un nouveau cycle de connaissance et d'Amour.

Erwan Castel

Voici un petit rappel réalisé par Hans Cany sur ce

"Equinoxe d'Automne, du chagrin de Cérès à la mort de l'Eté"

Mabon, désignation celtique païenne de l'Equinoxe d'Automne, est également inscrit dans la mythologie gréco-romaine, au travers du mythe qui met en scène Hadès (Grec) / Pluton (Romain), Déméter (Grecque) / Cérès (Romaine), et la fille de cette dernière Perséphone (Grecque) / Proserpine (Romaine). Ce mythe symbolise le passage à l'automne puis à l'hiver, en l'expliquant ainsi :

C'est en ce jour de la fin de l'été que le dieu du royaume des morts, Hadès (Pluton), aperçut Perséphone (Proserpine) cueillant des fleurs dans les champs. Il en tomba immédiatement amoureux et l'enleva pour l'amener avec lui afin qu'elle règne éternellement à ses côtés dans son royaume. Constatant la soudaine disparition de sa fille, la déesse des récoltes et de la croissance végétale, Déméter (Cérès), partit alors à sa recherche. Ne la trouvant point, son chagrin et son désespoir furent tels que les fleurs, les arbres et toutes les plantes en flétrirent, empêchant toute croissance végétale sur la terre. Apprenant finalement ce qui s'était produit, elle exigea d'Hadès qu'il lui restitue Perséphone. Mais celui-ci ne l'entendit point de cette oreille, et refusa obstinément de satisfaire la requête de la déesse éplorée. Le conflit entre les deux divinités s'envenima, et ne tarda pas à s'avérer apparemment insoluble, chacun campant fermement sur ses positions. Zeus (Jupiter), appelé à arbitrer le litige et répondant aux supplications désespérées des humains, impuissants face à ce drame, parvint à un compromis avec Hadès pour obtenir un retour au moins partiel de Perséphone : elle passerait six mois de l'année avec Hadès dans le royaume des ténèbres, puis les six autres mois aux côtés de sa mère. Déméter, mécontente de cet arrangement, proclama en guise de représailles que, pendant ces six mois d'absence, la nature porterait le deuil de la séparation, et que rien ne pousserait plus sur la terre… jusqu'à ce que sa fille remonte enfin des enfers, marquant ainsi le retour de la saison claire.

En cette période de l'année où les feuilles des arbres commencent à jaunir, je vous souhaite, à toutes et à tous, une excellente célébration de l'Equinoxe d'Automne."

Hans Cany

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