vendredi 27 octobre 2017

Sur la ligne de feu du Donbass

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27 octobre 2017

3 jours de repos à Donetsk, le temps de laver et reposer les corps et les vêtements avant de retourner vers le Nord de Donetsk où le front entre Yasinovataya et Avdeevka est devenu une véritable ligne de feu depuis que les forces ukrainiennes ont envahi la "zone grise" que les accords de Minsk définissent comme une zone démilitarisée de 2 km minimum. .

Sebastien Hairon et moi même sommes déployés sur 2 positions distantes des positions ukrainiennes que de 150 mètres en moyenne.

Mon groupe est retranché dans un bâtiment en ruine au contact de positions ennemies tenues par la garde nationale Ukrainienne et 2 unités de "Prayvi Sector", les radicaux nationalistes qui nous gratifient de tirs continuels jour et nuit avec des armes de tout calibre (du fusil d'assaut au mortier en passant par la mitrailleuse, le lance grenades le canon sans recul SPG et sans oublier les snipers qui arrosent nos embrasures de tir et d'observation...

Il nous semble traverser plusieurs guerres à la fois quand nous progressons dans le sillon de tranchées où il ne manque que le clairon et les bandes molletères, épiés par un drone high tech cherchant à guider l'artillerie ennemie et alourdis par des plaques de protection acier aux sueurs médiévales...

La vie s'organise malgré la précarité des lieux, les dangers des tirs ennemis et les griffures des premiers froids...

La surveillance aux créneaux des enchevêtrements de pierres calcinées et ferrailles tordues donnent à notre engagement dans le Donbass une dimension charnelle. L'ennemi est présent partout et tout le temps : 

Dans nos esprits, par nos sens tendus en alerte "H24", jusque dans les semblances de sommeil que nous grapillons ici et là entre gardes et alertes où l'ouïe est devenue le premier radar de combat des sentinelles embusquées au milieu des ruines et des snipers.

Par ses armes dont les balles et les éclats comme des abeilles d'acier ivres sifflent en virevoltant parfois jusque dans les pièces aux murs fissurés tant en journée que pendant la nuit où les traçantes deviennent d'étranges étoiles filantes écarlates trouant l'encre froide de la nuit...

Par sa présence perceptible à travers les fumerolles s'échappant des casemates nous faisant face et parfois même des voix criant des ordres ou des insultes et qui s'échappent par dessus la carrière qui sépare les adversaires immobiles.

Au Sud Est de notre position, par delà les parapets de la 4 voies qui relie Donetsk à Gorlovka les clartés des cités nous rappellent celles et ceux pour qui nous nous battons... 
Et cela nous donne la vraie force de regarder l'inconnu mortel qui se tapit à quelques dizaines de mètres devant nous....

Loin des petits soucis matériels et futiles des consommateurs individualisés dans la servitude de la marchandise, loin des échoués français, imposteurs calomniateurs, qui tels des vautours attirés par la guerre sont venus chercher les honneurs jusque dans Donetsk, nous recherchons simplement sur le front, l'Honneur de servir une Liberté en donnant un sens à une vie dont l'âme est mise à nue par la guerre, la haine et la folie des cupides et des stupides...

Sur ce front en feu, le nom Donbass résonne plus que jamais comme les battements de cœur d'une Europe des peuples qui se réveillent pour revendiquer leurs libertés et refuser la dictature de la pensée unique et de la marchandisation du Monde.

Erwan Castel


Photo 1 : Au petit matin les premiers rayons d'un dernier soleil automnal révèlent sur les murs intérieurs atteints eux aussi de la lèpre de guerre l'ombre des sentinelles, fantômes d'une vie qui a disparu de cette zone dévastée.


Photo 2 : Mur Nord, surveillance à travers la brèche d'un mur éventré par les tirs. A 150 mètres les premières positions ennemies tenues par des groupes de "Prayvi Sector"


Photo 3 : Observation à travers un périscope de tranchée, optique indispensable pour voir sans être vu surtout des snipers très actifs dans ce secteur.


Photo 4 : La nature dominant les laideurs d'une humanité naufragée persiste à offrir aux âmes dénudées par la guerre la consolation de féeries solaires.


Photo 5 : Les remparts du Donbass et leurs protections physiques et spirituelles, sans oublier le courage de ce peuple au caractère trempé dans les feux de l'Histoire.


Photo 6 : Dans le secret d'un couloir que ne visitent que les courants d'air et les échos des détonations, un feu amalgame autour d'un thé les soldats au repos ("Zaets" "Ramses" et "Shartior")


Photo 7 : Au détour d'une tranchée, rencontre incongrue mais symbolique pour un volontaire venu de France avec ce coq d'une girouette stigmatisée par les nouveaux orages d'acier...



Photo 8 : une ruine de la zone industrielle devenue au fil des combats une forteresse, comme celle que j'ai nommé notre "forteruine"



Photo 8 : Le temps de la guerre en dentelles a fait place à celui des dentelles de la guerre.

(Photos Erwan Castel)


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

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