samedi 12 septembre 2015

Dans les nuits de l'Empire...

"Tout ici est figé jusqu'au matin"


Avant d'aller "faire dormir les yeux" dans le secret d'une petite maison paysanne occupée par notre unité de reconnaissance, je flâne un moment sur la ligne de front accrochée aux lisières du village endormi sous les étoiles... Dans un décor de tranchées digne de la Première Guerre mondiale, cà et là des ombres remuent derrière les silhouettes tendues des canons braqués vers les "zilonkas" (forêt linéaire) sombres situées à quelques centaines de mètres, de l'autre côté des premiers champs abandonnés semés de mines antichars protectrices.

A l'abri des tranchées, le rougeoiement des mégots témoigne que le repos pourtant mérité des équipes relevées, reste toujours troublé par le devoir de sentinelle qui anime le coeur de ces hommes et ces femmes du Donbass, défendant avec âpreté leurs foyers depuis plus d'une année face à une armée de soudards génocidaires. Je ne peux m'empêcher de tomber en admiration devant ces mineurs et paysans, ces mères de famille, ces adolescents aux côtés de leurs grands pères, tous maculées par cette terre sacrée où tant de leurs pères et de leurs frères sont tombés durant les âges...




Depuis nos premières missions derrière la ligne de front, les ombres sylvestres découpant l'horizon étoilé, ont une toute autre apparence, presque humaine, plus menaçante et froide, comme l'acier des blindés ennemis que nous savons y être embusqués. En face de nous, en effet sont déployées des unités d'assaut de Kiev prêtes à ouvrir, dans un assaut infernal une nouvelle page d'histoire de cette guerre, apparente écho du passé mais qui ouvre de facto le bal d'un troisième conflit mondial déchirant le coeur de l'Europe.

Je m'arrête justement un instant, à côté d'un PTRS 41, un vieux fusil antichar de la Seconde Guerre mondiale, mais qui, réveillé par l'Histoire, a repris du service pour la défense de l'Empire russe. Son long canon parfaitement entretenu menace toujours avec la même efficacité les blindages des BTR et BMP "ukrops", dans la chair de son acier, une griffure marque sa naissance : 1943, l'année de Stalingrad ! Tout un symbole ! Je m'approche doucement de lui, espérant naïvement, un moment de féerie pour qu'il me chuchote son histoire héroïque, et son canon luisant sous le crépuscule de nourrir mon imagination...




Au loin, le vent d'Ouest est chargé des bruits de la nuit : bruissement des feuilles caressées d'où fleurissent les cris stridents de nocturnes rapaces, ronronnements lointains des derniers véhicules rentrant avant le couvre feu etc... Plus près de nous dans une "zilonka" traversant la ligne de front, des bruissements se font entendre, mais aussitôt, leur légèreté désordonnée, trahissant la pérégrination d'un rongeur, plus que la progression d'un ennemi, rassure les visages un court instant figés... Les canons s'abaissent laissant à nouveau les pensées s'élever vers les étoiles les espoirs et les souvenirs.

Il est impossible de décrire avec exactitude ce que ressent le volontaire que je suis dans ces moments à la fois fragiles et forts, qui n'ont d'extraordinaire que le ressenti vécu, tiraillé entre un amour exalté envers l'Homme vertueux défendant sa liberté et sa terre et une haine profonde contre cette humanité décadente sacrifiant ses valeurs par intérêt superficiel. 

Cela fait 8 mois que je vis ici au milieu de ce peuple uni sous les bombardements et les insultes de l'Occident enragé de n'avoir pu s'emparer de son territoire stratégique aux ressources minières exceptionnelles. Ces femmes et ces hommes au courage magnifique renforcé par une foi et un amour de leur terre indestructibles ne peuvent pas perdre, car leur combat est ce qu'il y a de plus sacré dans le monde du vivant : la défense du groupe naturel, qu'il soit meute ou famille !  
Cette guerre est beaucoup plus qu'une simple rébellion séparatiste régionale, c'est l'amorce de la libération des peuples soumis depuis des siècles à la servitude des palais et des banques, le temps des nouvelles républiques a sonné et le vent nouveau qui est né dans le Donbass doit souffler sur le vieux continent réveillant les esclaves repus pour une révolution conservatrice vitale où cette fois ils offriront leur sang pour défendre leur propre liberté au lieu des intérêts d'une élite de fripons servant des intérêts étasuniens...

Et lorsque je vois les médias français répétant avec un zèle stupide et criminel la propagande belliciste de la Maison Blanche, la honte d'appartenir à ce pays trahissant son passé et sabotant son avenir manque de m'étouffer. Comment ce peuple de France qui a montré tant de fois dans l'Histoire son sens de l'audace et de l'exemple peut-il aujourd'hui se vautrer avec complaisance dans une telle veulerie ? Je suis plus que jamais un européen de Bretagne insoumis, et considère la rébellion du Donbass comme un exemple pour tous les peuples asservis et lobotomisés par des médias et des gouvernements contrôlés par le Nouvel Ordre Mondial, ce système cupide et esclavagiste qui s'est emparé avec aisance de des états artificiels déjà soumis au pouvoir de l'intérêt mondialiste ignorant les identités naturelles des peuples du Monde. 

Souvent, les gens du Donbass entendant les accents catalan, français, ou wallon, nous regardent, étonnés et reconnaissants à la fois d'être venus les soutenir dans leur combat. Si notre engagement initial est métapolitique et l'expression solidaire d'une conscience européenne commune menacée par l'hégémonie étasunienne, il est aujourd'hui renforcé par un amour admiratif de ce peuple du Donbass.
En effet, au contact de ces héros anonymes nous adressant des signes de foi et d'amitié devant leurs maisons ou sur les routes éventrées par les obus ukrainiens, il me semble voir s'incarner l'idéal humain forgée par 30 000 ans d'Histoire européenne. 

Cette "Europe aux cents drapeaux" célébrée par Yann Fouéré prend toute sa dimension, ici, sur le parapet de cette tranchée perdue dans la steppe de Novorossiya. L'Europe occidentale décadente, soumise à une occupation étasunienne depuis 70 ans a baissé la garde, sombrant progressivement dans une servitude volontaire au delà même de ce qu'Orwell avait pu imaginer. Les valeurs, après avoir été abandonnées sont aujourd'hui inversées, et je ne parle pas ici de politique ou même d'idéologie mais de la Tradition, "ce murmure des temps anciens et du futur" comme l'écrivait Dominque Venner...

Il faut se rendre à l'évidence, contre l'impérialisme occidental, ce néo-colonialisme au service d'une finance internationale amorale, il n'y a guère plus que l'Empire (dans la définition antique et fédérale du terme) eurasiatique pour protéger notre héritage européen. Il me semble avoir rejoint ici plus qu'un front d'un pays déchiré par une dictature, mais une muraille européenne battue par la stupidité vénale de l'Homme moderne. 



Les derniers rougeoiements crépusculaires viennent de disparaître, il ne reste plus que le vent pour marquer la direction de l'ennemi, veillant certainement lui aussi ses yeux fixés vers le Levant. Je regarde une dernière fois la ligne sombre et silencieuse ou se terrent les barbares et je laisse les veilleurs à leur mission héroïque et retourne rejoindre mes camarades sous la treille de la petite maison qui nous accueille. En chemin je me surprends a siffloter une chanson populaire entendue récemment sur le net : "Podmoskovnyïé Vetchera", les nuits de Moscou....

Peut-être est-ce finalement cela la destinée du soldat : veiller sur les nuits merveilleuses du poète, de Moscou jusqu'aux confins de l'Empire... et cela me suffit et me grandit !

Demain est un autre jour, une autre mission de reconnaissance, d'autres émotions certainement... en attendant, ce soir, je suis heureux car j'ai palpé de mon âme déshabillée par la guerre, ce nœud invisible et secret qui lie les choses entre elles et qui donne du sens à la vie...

Erwan Castel, volontaire dans le Donbass



Podmoskovnyïé Vetchera) est une chanson russe populaire, composée en 1955 par Vassili Soloviov-Sedoï (musique) et Mikhaïl Matoussovski (paroles). Dans cette vidéo de 2013, sous les ors chamarés du Kremlin,  Dmitri Hvorostovsky et Anna Netrebko entonnent "Les nuits de Moscou" devenue si populaire, que le peuple de Russie qui les accompagne ici incarnant harmonieusement la beauté du lieu et des paroles, que cette chanson est désormais passée dans le domaine traditionnel slave, et même européen...


"Les nuits de Moscou" par Anna Netrebko (soprano) et Dmitri Hvorostovsky (baryton)
Grand Chœur académique "Maîtres du Chant Choral", Dir. Lev Kontorovich
Orchestre Symphonique de l'Etat de Russie, dir. Constantine Orbelian. 2013


Подмосковные вечера

Не слышны в саду даже шорохи,
Всё здесь замерло до утра.
Eсли б знали вы, как мне дороги
Подмосковные вечера.
Речка движется и не движется,
Вся из лунного серебра.
Песня слышится и не слышится
В эти тихие вечера.
.
Что ж ты, милая, смотришь искоса,
Низко голову наклоня?
Трудно высказать и не высказать
Всё, что на сердце у меня.
.
А рассвет уже всё заметнее.
Так, пожалуйста, будь добра.
Не забудь и ты эти летние
Подмосковные вечера.

Traduction française :



Les nuits près de Moscou


Pas un bruissement dans le jardin
Tout ici est figé jusqu'au matin.
Si vous saviez comme elles me sont chères
Les soirées près de Moscou.


La rivière coule et ne coule pas
Toute d'argent lunaire.
Une chanson s'entend, et ne s'entend pas
Dans ces calmes soirées.


Pourquoi, ma douce, regardes-tu de côté
La tête très bas penchée ?
C'est dur d'exprimer, et de ne pas exprimer
Tout ce que j'ai dans mon coeur.


Et l'aurore déjà se fait plus visible
Alors s'il te plait, sois bonne
Toi non plus, n'oublie pas ces estivales
Soirées près de Moscou.


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Les liens de l'article :

Sur le fusil antichar PTRS 41, le lien Wikipédia : ICI 
Vidéo Youtube, chanson "Les nuits de Moscou", le lien : ICI
Sur la chanson la page Wikipédia le lien : ICI

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