lundi 4 novembre 2019

Une histoire toujours vivante

E. Lissner "L'expulsion des Polonais du Kremlin"

Ce 4 novembre, les peuples de Russie ont célébré le "jour de l'Unité Nationale". Cette date correspond à l'anniversaire de la victoire russe en 1612 sur les envahisseurs polonais et leurs alliés, qui contrôlaient à cette époque une grande partie de la Russie fragilisée par des troubles et des divisions internes.

A cette époque les puissances étrangères veulent prendre le contrôle de la Russie, directement par des guerres mais aussi indirectement en semant le désordre et la corruption parmi son élite dirigeante. Et pourtant l'Etat russe sera sauvé par un sursaut militaire qui va renverser en quelques mois la situation.

Mais ce qui est intéressant dans cet épisode historique c'est que la Russie a été sauvée des envahisseurs par son peuple car de facto les troupes qui vont reconquérir sa souveraineté territoriale sous le commandement de Kuzma Minin et Dmitry Pozharsky sont des milices populaires nées 1 an auparavant et qui ont afflué pour défendre leur empire et libérer Moscou.

4 siècles plus tard, cette page de l'histoire impériale russe trouve une résonance dans la situation actuelle de la Fédération de Russie. Tout d'abord la stratégie de déstabilisation et de contrôle de la Russie par les puissances occidentales qui, même si les méthodes ont un peu changé, reste la continuité d'une volonté de soumettre l' "empire du milieu" via des guerres modernes économiques, culturelles, politiques et médiatiques.

Mais ce qui est positif en revanche est que cette "unité nationale" initiée par les peuples de Russie est toujours vivante et qu'elle continue à honorer les notions de défense du bien commun et de sacrifice, notamment via la levée spontanée et volontaire de milices populaires qui incarnent, au delà des communautarismes et des systèmes politiques la permanence de cette "notion d'empire" dans le coeurs des femmes et des hommes du "monde russe".

Au printemps 2014, dans les villes et les villages du Donbass, des milliers d'hommes et de femmes s'organisent en "milices d'autodéfense" pour résister contre l'agression de l'armée ukrainienne
Aujourd'hui ce sont sans conteste les forces armées des Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk qui illustrent le plus la permanence de l'Histoire et incarnent cet esprit d'une milice populaire spontanée qui résiste à la fois à un envahisseur extérieur et à la faillite des forces régaliennes intérieures et par delà ses diversités ethniques, religieuses, sociales.

Depuis le "printemps russe" en 2014 ce sont des dizaines de milliers de volontaires qui se sont portés sur les barricades puis dans les tranchées du Donbass pour faire barrage à l'agression à caractère génocidaire menée par Kiev contre les populations du Sud Est de l'Ukraine qui refusaient l'ostracisation de leur identité russe.

Et depuis bientôt 6 ans, malgré des bombardements meurtriers incessants, un marasme économique dû au blocus mené contre les républiques auto proclamées, une campagne médiatique de dénigrement et de haine à leur encontre etc. les populations de Donetsk et Lugansk n'ont pas faibli un seul instant. 

Et le coeur de leur résistance est cette milice populaire, aujourd'hui modernisée et entraînée à l'égal d'une armée professionnelle, qui tient jour et nuit sous la mitraille depuis plus de 5 ans 460 kilomètres d'une ligne de front active. Depuis 2014, ce sont des volontaires locaux mais aussi russes et étrangers qui alimentent par un roulement permanent cette force de plus de 20 000 combattants soutenus par une population et des organisations de vétérans qui se sont organisé en force de réserve, prête à reprendre les armes si la situation militaire s'empire. 

Et chaque jour des volontaires tombent sur cet avant poste de la Russie !

Là encore le monde russe en général et le Donbass en particulier, dont la grande majorité des citoyens n'a pas sombré dans un individualisme consumériste, peuvent servir de références et d'exemples aux autres peuples désireux de reconquérir leurs souverainetés et leurs traditions. A condition que les citoyens épris de liberté sachent subordonner leurs intérêts personnels à l'intérêt collectif de leur nation ! Car le plus grand cancer du libéralisme, qu'il soit économique ou social, est de vouloir placer l'individu et le matérialisme au dessus des corps sociaux intermédiaires (famille, village/quartier, pays, corporation etc.) qui pourtant le définissent via l'environnement, l'histoire et les passions humaines.

La plus grande richesse pour un individu est de préserver ce bien commun que sont ses traditions et sa liberté car elles sont fondation du vrai bonheur lorsque les autres richesses n'apportent souvent que des plaisirs artificiels et éphémères comme ceux dont se repaissent de nos jours les esclaves de la marchandise.

Erwan Castel



dimanche 3 novembre 2019

Solidarité

Au chevet de Pavel en août dernier. Aujourd'hui, c'est lui qui vient à force béquilles me visiter dans ma chambre d'hôpital

En août 2019 Pavel, un camarade tchèque, a sauté sur une mine sur le front Sud, perdant une partie de sa jambe droite. Il est sorti il y a quelques jours d'une série de 5 opérations destinées à stabiliser son amputation, et entame désormais le travail de consolidation des tissus qui lui permettra de recevoir dans 5 à 8 mois une prothèse adaptée à sa morphologie d'athlète de haut niveau. 

A l'époque je m'étais engagé à l'aider financièrement pour ses frais annexes et aussi pour l'achat de cette prothèse qui coûte entre 2000 et 3000 euros environ. Puis ce fut à mon tour d'être fauché par une mine sur ce même front Sud le 23 septembre dernier. Malgré ce coup du sort je compte honorer toujours ma promesse auprès de mon camarade, et c'est ainsi qu'une nouvelle aide de 8000 roubles lui est parvenue, via des personnes me soutenant financièrement.

Désormais les sommes recueillies sur le compte leetchi seront partagées en 2, entre Pavel pour sa prothèse adaptée et moi-même qui doit préparer mon séjour en Russie où je dois normalement subir une grosse intervention micro-chirurgicale dans quelques semaines.

Ici, à l'hôpital de Donetsk nous sommes nombreux a claudiquer d'opérations en opérations au milieu d'amis et de camarades qui quotidiennement viennent nous soutenir à force sourires et corbeilles de fruits. Cette solidarité humaine qui est exceptionnelle et exemplaire malheureusement ne couvre pas tous les frais, surtout que chaque semaine arrivent de nouveaux blessés, civils ou militaires, dans les hôpitaux de la République Populaire de Donetsk.

Aussi je me permets de rappeler ici les coordonnées de ma cagnotte leetchi pour celles et ceux qui voudraient me soutenir dans mes dépenses ou mes actions solidaires. La moindre petite somme est la bienvenue (avec 10 euros par exemple, on achète ici 2 boites d'antibiotiques forts).

Merci d'avance pour vos soutiens 

Erwan Castel

Cagnotte Leetchi : Pour soutenir Erwan Castel

Une nouvelle aide de 8000 roubles transmise à Pavel via son ami Yuri ce 25 octobre 2019

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In memoriam

Tandis que les politiciens jouent sur le grand échiquier géostratégique et surtout financier, à l'ombre de leurs terrils ancestraux, des femmes et des hommes meurent sur le front du Donbass en défendant leur traditions et libertés. 

Ainsi en octobre 2019 plus de 30 défenseurs ont rejoint le régiment des immortels. Voici quelques uns de leurs visages ... 

Qu'ils reposent en paix !



Erwan Castel 


jeudi 31 octobre 2019

La vie et le combat continuent !

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Pas à pas, ma santé se restaure sous les soins attentifs du personnel médical, et il n'y aura bientôt plus que le bras à soigner au cours d'un cycle d'opérations mineures et d'une opération majeure probablement réalisée en Russie.


Jeudi 31 octobre 2019

Cette blessure subie sur le front du Donbass m'a offert une expérience humaine incroyable dont je ne pouvais imaginer l'ampleur. En France, mais aussi en Russie un réseau fraternel s'est spontanément organisé pour me soutenir dans l'épreuve, et je ne saurais jamais trop remercier toutes ces personnes qui hier encore étaient pour la plupart des inconnus.

Et ici à Donetsk, ce sont plusieurs visites quotidiennes qui viennent me saluer et prendre de mes nouvelles et me donner du réconfort: les camarades actuels du régiment mais aussi ceux de mes précédentes unités, y compris celles qui m'ont accueilli en février 2015 après mon arrivée dans le Donbass, ou des civils, voisins d'Oktyabrsky ou familles que j'ai aidé au cours des 4 années précédentes. 
L'Amitié, la Solidarité et la Fidélité ne sont pas de vains mots dans le monde russe, mais bien la réalité d'une fraternité patriotique supra communautaire.

Aujourd'hui, tout en restant profondément attaché à mes racines bretonnes, je sais où est désormais ma patrie de coeur.

Par la fenêtre virtuelle de mon ordinateur je recommence à regarder le monde extérieur: 
  • Le Donbass bien sûr en équilibre entre souffrance et espérance mais qui continue à avancer vers la Fédération de Russie. Et sur le front continuent de tomber les défenseurs des républiques libres du Donbass.
  • L'Ukraine, fidèle à sa vassalité occidentale qu'incarne une marionnette présidentielle incapable de gérer son pays et les factions néo-nazies qui chaque jour se renforcent et menacent le pouvoir de Kiev pour mieux continuer le chaos et la guerre.
  • Des démocraties occidentales, plus démophobes que jamais, qui après avoir vendu ou trahi leurs souverainetés politiques, économiques, militaires et culturelles, ont désormais pris pour cible leurs propres identités et leurs peuples natifs constituants.
Mais au milieu de ce chaos organisé autour de la destruction des derniers corps sociaux identitaires pour que s'y développent les dictatures d'états policiers asservis à des intérêts exogènes, il y a cependant des résistances et des réveils populaires chargés d'espérances. Vénézuéla, Chili, France etc..

Les peuples en ont marre de ce monde moderne construit autour de la dictature de la marchandise et du culte de l'illimitation capitaliste dont les profits sont réservés à une élite financière très souvent étrangère pour laquelle les populations ne sont que de la chair à supermarché ou à canon. Et les peuples de vouloir conserver leurs limites fondatrices territoriales, culturelles, historiques etc.

Les peuples en ont marre de cette imposture de l' "égalité des Hommes" qui sacrifie sur l'autel de gesticulations égalitaristes sociétales superficielles, individualistes et sans conséquences la seule égalité des individus qui alimente réellement la marche de la Cité : l'égalité politique des citoyens. Et les peuples de réclamer la reconquête de leur souveraineté via le droit au référendum.


Et je reste persuadé que l'autodétermination des populations de Donetsk et Lugansk en républiques populaires éponymes est l'expression la plus radicale de cette reconquête légitime par les peuples de leurs souverainetés identitaires, en réaction à l'asservissement d'une Ukraine - déjà malade - aux dictatures de la marchandise et de la pensée unique occidentales.

Les jeunes républiques du Donbass, malgré la guerre, les difficultés économiques, les contraintes d'une géopolitique internationale subie, continuent à avancer sur le chemin de leur intégration au sein de la Fédération de Russie, tout en défendant leur propre identité qui peut justement s'épanouir dans ce système fédéral respectueux de la diversité de ses communautés et peuples constituants.

En cela les autres peuples qui aspirent à reprendre le contrôle de leurs destinées et protéger leurs traditions devraient s'intéresser à ces jeunes républiques populaires entre Occident et Eurasie, car elles sont le laboratoire où peut germer le devenir d'une Europe des peuples illibérale.

Erwan Castel

jeudi 24 octobre 2019

"Non, rien de rien, je ne regrette rien !"

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Avec mes Frères d'armes de la Brigade Piatnashka

Je suis enfin sorti de réanimation où j'ai dû rester 1 mois en isolement sanitaire et social complet après avoir été fauché par une mine ukrainienne le 23 septembre dernier, sur le front Sud de la République Populaire de Donetsk.

Dans la vie il y a des moments où la destinée choisie croise le destin subi.


Jeudi 24 octobre 2019

Lorsque nous sommes arrivés sur notre nouvelle position ce 23 septembre, j'ai commencé dès les premiers déplacements à reconnaître ses tranchées de combat, d'observation, ses postes de tir, casemates et logis. Et c'est dans l'extrémité d'une tranchée d'observation que je me suis fait piéger par une mine ennemie installée lors d'une opération d'infiltration nocturne comme il s'en produit régulièrement sur ce front où les belligérants ne sont qu'à quelques centaines de mètres les uns des autres.

En une seconde ma vie a basculé: "clic", bond en arrière, explosion dans une boule de lumière et de chaleur qui m'a projeté en avant. Dès mes premiers cris de douleur et d'appel, mes camarades qui étaient dans la casemate voisine se sont précipités pour me porter secours.

Dès lors, une chaîne de solidarité humaine s'est organisée autour de moi depuis la tranchée jusqu'à Donetsk, avec une vivacité et une efficacité exceptionnelles qui dépassent largement le professionnalisme des hommes et des femmes qui m'ont sauvé la vie pour atteindre un élan de fraternité humaine servi par un courage inouï que jamais je n'oublierai.

  • Je n'oublierai jamais les visages haletants de mes camarades qui, après m'avoir administré les premiers soins, m'ont évacué au pas de charge à travers le labyrinthe des tranchées souvent en dépassant leurs propres forces physiques, tout en m'apportant continuellement un soin attentif. Ce qu'ils ont fait relève de l’héroïsme.
  • Je n'oublierai jamais les visages des mes officiers, "Znak", mon commandant de compagnie, lui même grièvement blessé au bras au début du conflit, "Svarog", le chef du bataillon, "Barz" son adjoint... venus en urgence pour suivre mon sauvetage jusqu'à participer eux mêmes au brancardage vers l'ambulance qui me rapatria vers Donetsk.
  • Je n'oublierai jamais le personnel du service des urgences de l'hôpital de Novoazovsk, première étape de mon évacuation sur Donetsk. Je me souviens de toutes ses poches de sang suspendues au dessus de la table d'opération, dons d'inconnus qui participèrent à mon sauvetage. Désormais du sang russe coule dans mes veines de breton. 
  • Je n'oublierai jamais les camarades qui, depuis Donetsk, dès réception de la nouvelle concernant ma blessure ont immédiatement alerté les ministères concernés pour qu'une équipe médicale capable de réussir l'impossible soit mobilisée pour me réceptionner dès mon arrivée à Donetsk, car pour sauver mon bras chaque minute devenait vitale.
  • Je n'oublierai jamais l'équipe de microchirurgie de l'hôpital de Donetsk, son immense professionnalisme qui a évité l'amputation, mais aussi son humanisme exemplaire, sa patience, sa ténacité et sa douceur. Ici, travaillant sans relâche jour et nuit, comme dans les autres hôpitaux, les aides soignantes, infirmières et docteurs font honneur à leur profession et à la République de Donetsk.
Celles et ceux qui m'ont sauvé la vie puis le bras, depuis mes camarades de Piatnashka jusqu'au chef du service de microchirurgie de Donetsk sont du Donbass, mais aussi de Russie, d'Ukraine, du Caucase, de l'Azerbaïdjan; ils sont orthodoxes, musulmans, juifs ou athées... Mais tous ont un point commun: ils œuvrent naturellement de coeur sous l'égide de ce sentiment d'appartenance à une entité humaine supra communautaire née de l'Histoire de toutes les Russies.

Ce sentiment supra communautaire, que j'appelle la "notion d'empire" et qui a été forgée au cours des différentes métamorphoses historiques de la Russie appartient au domaine du coeur et non à celui des certitudes idéologiques qui souvent génèrent des pensées uniques communautaro-centrées (religieuse, ethnique, culturelle etc.) comme celles qui ont fourvoyé l' Occident sur les chemins bellicistes des colonialismes religieux, militaires, économiques, politiques pour imposer, par la force si nécessaire, cette "idéologie du même" qui fait de l'Homme un clone et du clone un esclave.


Je pense modestement avoir été, suite à ma blessure, le témoin de cette solidarité fraternelle, spontanée et héroïque qui est consubstantielle à l'âme russe et je suis éternellement reconnaissant pour tous ces hommes et ces femmes qui l'ont naturellement organisé pour me permettre de témoigner encore et toujours de la noblesse de coeur des peuples de Russie. Et la brigade internationale Piatnashka est une haute illustration de cette fraternité de coeur et de sang.

Malgré l'épreuve toujours en cours je dois dire que je ne regrette rien de mon engagement dans le Donbass et le fait de servir la République Populaire de Donetsk depuis bientôt 5 années.

Je ne peux terminer cette "remise en selle" encore fatigante sans remercier les centaines de personnes qui sur les réseaux ou à Donetsk se sont inquiéter pour moi, m'exprimant une amitié indéfectible. Vos soutiens dans leur nombre et leurs qualités m'ont particulièrement touché. Je vous demande juste du temps afin que je retrouve assez d'énergie pour pouvoir vous répondre et vous remercier de votre empathie fraternelle.

En attendant je vous offre cette chanson russe "Oh les routes" qui évoque la destinée du soldat sur les chemins de la guerre: 

Erwan Castel


vendredi 18 octobre 2019

Jeudi 17 octobre

La bonne nouvelle l'opération c'est bien déroulée !

Il mange doucement du Kefir des Zephirs et les premiers produits d'hygiène sont nécessaire.

Il écrit des messages, les parties pour des personnes précises leurs sont  réservées.
en premier sa maman puis des amis très proches.


"Salut Carl
Je vais mieux chaque jour
Hier une nouvelle opération du bras
Je ressemble moins à Frankestein.
Normalement dans une semaine je suis transféré à l'étage au dessus avec visites autorisées.
.../....
Préviens aussi STP Yulia et Alex de mes nouvelles.
ainsi que Georgy et sa maman
../...
Ensuite passeport puis Moscou pour RDV avec un institut pour prothèse.
(Ma main est là, mais morte)

Voilà pour le moment

A+

et merci pour tout

Signé Erwan"

Il va avoir besoin de tout  votre soutien même si l'homme est solide, votre affection et votre attention lui feront le plus grand bien.

Depuis sa blessure il est toujours isolé pour éviter toute infection, Ce n'est pas la prison  certes.
Mais pour un actif comme lui... C'est loin d'être un repos sans douleur.


Dimanche 13 octobre

Comme vous pouvez le deviner peu de nouvelles concernant Erwan.
Il faut du temps pour sa guérison et ses opérations.

Tous les jours ou aussi souvent que possible "sa cuisinière" lui prépare un petit plat...
Nous échangeons des mots.

ici par  exemple...
"L'opération faite, çà va mieux.
il y en a une en attente.
je ne sais pas quand je change de service
Rassures tout le monde STP"

Pour ses soutiens de Saint-Petersbourg en action sur un sujet important :
"Je pense à Olia et Georgy".

Et concernant son moral :
"Merci à vous 2
sans vous je serai en dépression à 100%"

Tout est fragile surtout le moral mais nous essayons de l'entourer d'une attention qu'il puisse ressentir.



Pour patienter dans votre attente de ses nouvelles vous pouvez visiter :
https://soutenonserwan.blogspot.com/










vendredi 11 octobre 2019

Jeudi 10 octobre

Visite à l'hôpital...

Les nouvelles sont bonnes et moins bonnes.

On commence par les bonnes nouvelles.
L'état général c'est amélioré, ce qui permet aux médecins de prévoir une nouvelle opération la semaine prochaine avec un prélèvement de peau sur une partie peut-être charnue de son anatomie pour une greffe sur le bras afin de continuer la reconstruction de celui-ci.

Coté physique c'est donc plutôt bon.

Coté moral les médecin ont suspendu tout transfert de courrier afin de le préserver, la traduction est incertaine mais il semble être en dépression  ou très déprimé.... Donc plus de courrier pour lui et repos absolument et complet avant la prochaine opération.

Les seules actions qui nous sont autorisées sont de l'ordre des compléments alimentaires.
Nous lui portons tous ce qui peut le soutenir dans son moral, des fruits; ananas, bananes gâteau et sucreries mais pas trop sous l'oeil du médecin.

Une amie locale c'est transformée en cuisinière pour lui porter des plats préparés, même si il mange encore difficilement.

Néanmoins nous avons de sa part une belle lettre :

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A tous mes amis camarades et soutiens. Je dois tout d'abord vous présenter

mes excuses pour ce long silence indépendant de ma volonté,

étant depuis le 23 septembre aux soins intensifs du service de réanimation

de l'hôpital de traumatologie de Donetsk.

En effet, ce 23 septembre à 10h05 la mort m'avait tendu une embuscade

au fond d'une tranchée où une mine bondissante a explosé alors que je bondissais

en arrière à son mortel déclic. J'ai malheureusement été touché en divers endroits

du corps avec des blessures de gravité variables.

Mais aujourd'hui je suis sorti d'affaire et ceci grâce à la vivacité professionnelle

de mes camarades de Piatnaschka dont menés par "Snak" notre commandant

de compagnie et "Svarog" le commandant du bataillon qui ont sublimé la fonction d'officier

par la force de l'exemple.

Avec mes camarades se relayant pour amener la civière jusqu'à l'ambulance au pas de charge.

Tout en prodiguant des paroles d'encouragements au milieu de leur sueur dépensée sans compter.

J'ai pu après avoir été frôlé par les ailes de la mort mesurer tout le sens sacré du mot camarade.

Puis ce fut les urgences de Novoazovsk qui m'ont stabilisé avant mon évacuation

vers le service de réanimation où je suis toujours pour 1 ou 2 semaine.

Le pire est passé et cela grâce à cette chaine humaine trempée dans l'amitié le courage

et le pur dépassement de soi depuis le grenadier voltigeur jusqu'à l'infirmière,

en passant par les amis qui me font porter des dessins et des mots de réconfort.

Je leur serai éternellement reconnaissant ainsi qu'à vous mes amis qui par

votre inquiétude m'ont témoigné de votre amitié et fidélité.

Et le combat va pouvoir continuer.

Signé ERWAN CAFTEL
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jeudi 10 octobre 2019

Erwan est toujours en service de réanimation

Je prends temporairement le relais pour vous informer que Erwan est toujours en service de réanimation.
La situation est toujours sérieuse mais en voie de lente amélioration.
Il souffre avec des douleurs que vous pouvez imaginez.
Les médecins l'ont informé que sa sortie de ce service n'aura pas lieu avant 1 à 2 semaines.

 Un ami sur place.

lundi 23 septembre 2019

Immersion périscopique !

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Après une mission brève de 4 jours sur le front Nord, une étape de quelques heures en caserne pour une douche et un changement de barda, nos véhicules nous conduisent à nouveau par des routes et chemins nocturnes, cette fois vers le front Sud. 

Le sac à dos déjà chargé des munitions 5.45mm et 7.62 mm 7.62mm emportés sur la première ligne est gonflé désormais des treillis plus épais et autres sous vêtements chauds permettant de supporter les longues attentes dans le vent d'automne. Avant de la refermer pour quelques jours je jette ces quelques lignes sur le fenêtre virtuelle de mon ordinateur.


Lundi 23 septembre 2019

Dans la cour de la caserne les moteurs des véhiculent ronflent déjà sous les clignotements d'une lune blafarde jouant à cache cache avec les nuages, et nous descendons les escaliers chargés de nos sacs et matériels pour une nouvelle rotation sur le front. 

Il devient désormais difficile de "partir léger" face à la dégringolade des températures, surtout nocturnes, auxquelles se rajoutent des pluies ventées froides et pénétrantes. Il y a  2 nuits, sur le front de Gorlovka l'été s'est pris les pieds dans le tapis de septembre avec un mercure qui est tombé à 0°.

Pour cette nouvelle mission sur le front Sud je fais un break de l'internet, n'emportant avec moi que carnet et stylos pour jeter éventuellement des pensées vagabondes entre postes de garde et missions de reconnaissance et je laisse aux Hairon, Néant et autres crétins français le loisir de vomir dans leur jalousie haineuse ou leur psychotiques obsessions égocentriques leurs calomnies et leurs diffamations, car ils décrivent ainsi leur médiocrité mieux que je ne saurais le faire moi-même.  

J'ai quand même eu le temps, pendant ce très court passage à Donetsk, de retrouver un ancien camarade de Piatnashka actuellement dans une bataillon du front Sud et de donner un entretien à des cinéastes, prolongeant toujours plus loin, mon aventure humaine et mes motivations sans les dévier pour autant de leurs racines métapolitiques ni de mes objectifs de vie. Et je suis parfois surpris de ne jamais me lasser de cet étrange conflit du Donbass, situé entre une guerre des tranchées reconstituée et une guerre froide ressuscitée. 

Tout pourtant devraient me fatiguer, la monotonie du paysage, la longueur de cet engagement commencé en février 2015 (et de mon âge commencé "un peu" plus tôt !), la nostalgie des chants d'oiseaux et du ti punch savourés au fond d'un hamac, les efforts et l'attention imposés par un ennemi ukrainien guettant la moindre erreur, les calomnies et les trahisons des arrivistes français et de leurs crétins, les pannes perpétuelles des matériels divers etc...
Et bien non, je suis toujours heureux d'être ici entre quartiers populaires et ligne de front du Donbass au milieu de mes camarades et amis, loin des Tartuffe, des Torquemada et autres courtisans grouillant autour des ministères, ici à Donetsk comme dans tous les centres de pouvoir et d'affaires du Monde entier.

Autour de moi sont les gens du peuple, riches d'histoires et de pensées aussi simples que nobles. Chaque vie croisée sur le parapet d'une tranchée ou dans une ruelle d'Oktyabrsky est un éclat de la dignité humaine authentique, celle qui tisse avec des mains sales et des visages rongés par la barbe la noblesse d'une fraternité humaine silencieuse et désintéressée.

Plus que jamais, lorsque je regarde l'exemple de ce peuple européen du Donbass, toujours debout dans ses traditions après 5 années de larmes et de sang, je me dis que pour se sauver d'elle même l'humanité devrait voir le pouvoir redonner à ses peuples ou plutôt reconquis par eux en détruisant toute prétention absolutiste et tout virus universaliste, qu'il soient idéologiques, religieux, culturels, économiques ou militaires. Les communautés de l'Être doivent renaître des cendres des sociétés de l'Avoir, alors seront jetés l'argent et les montres dans les musées des horreurs aux côtés des bannières des croisades ou du djihad, des éprouvettes des manipulations génétiques, des caméras de surveillances et des battées d'orpaillage...

Car ce monde post-moderne est une folie suicidaire et c'est au sein de la fonction guerrière que se sont réfugiées les dernières vraies valeurs humaines, à condition que l’éthique du soldat, au sens jüngérien de sa mission sociétale (partagée avec celles du Travailleur, de l'Anarque (penseur libre) et du Rebelle) soit préservée. 
Tandis que dans un Occident dégénéré les soldats s'avilissent à n'être plus que les agents de sécurité de complexes militaro-industriels post coloniaux, dans les pays qui sont généralement leurs proies se lèvent des armées populaires authentiques autour de la défense sacrée de leurs sanctuaires qui sont fusion sacrée de territoires et traditions héritées.

Et dans le Donbass je savoure le bonheur d'être au sein de cette milice riche de ses diversités communautés humaines et  que la guerre ici fusionne en juste et légitime armée révolutionnaire, populaire et impériale comme j'ai tenté de l'expliquer à nouveau dans un article récent

Voilà pourquoi, aujourd'hui comme hier et demain, si les dieux de la guerre me prêtent vie, je pars le sac lourd mais toujours le coeur léger vers ces champs mornes du front du Donbass où le sang et la sueur d'amoureux de liberté ensemencent les espérances d'un monde meilleur.

Erwan Castel