jeudi 4 octobre 2018

La réalité derrière les mensonges

D'un côté les beaux discours larmoyants du maître prononcés la main sur le cœur au théâtre tragi-comique des nations unies, de l'autre la réalité des bombardements réalisés la main sur le portefeuille par ses chiens de guerre dans les pays qui refusent de devenir ses esclaves.

Erwan Castel

Source de l'article : Russie Politics

Renforcement de la présence militaire américaine en Europe: 
de la libération à l'occupation


Karine Bechet Golovko

La faiblesse objective de l'armée dans les pays européens qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ont pris l'habitude de se réfugier sous le parapluie militaire américain, notamment dans le cadre de l'OTAN, conduit à pérenniser la présence militaire des Etats-Unis sur le sol européen. De quelle souveraineté peut-on parler lorsque des pays ne sont même pas capables d'assurer leur défense nationale? Et pendant ce temps-là, tous les prétextes sont bons pour installer plus confortablement l'armée américaine face à une mythique invasion russe. Si occupation il y a, elle est aujourd'hui américaine.

Comment peut-on parler d'une défense réelle des pays européens lorsqu'il est de mauvais goût de parler même de "défense". Illustration au sujet de ce nouveau projet: le Fonds européen de défense :
  • « Une étape historique (…) sur un sujet dont il y a quelque temps encore, personne au sein de l’Europe ne voulait entendre parler », selon l’eurodéputée Françoise Grossetête. Le 13 juin dernier, la Commission européenne a présenté son futur budget pluriannuel pour la période 2021-2027. Et l’exécutif européen de présenter ses priorités en matière de défense, un domaine auquel les 27 devraient consacrer quelque 20 milliards d’euros, dont 13 milliards pour un inédit « Fonds européen de défense ». Celui-ci aurait vocation à cofinancer des projets transnationaux dans l’industrie de la défense.
  • « Il ne s’agit pas de dépenser plus pour la défense, a déclaré à cette occasion Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la Sécurité, mais d’inciter à la coopération et donc aux économies d’échelle ». 

Tout commençait tellement bien: renforcer la défense en Europe, ou plutôt enfin commencer à s'en occuper. Mais non, l'on nous rassure immédiatement, il ne s'agit pas de cela - il faut cofinancer des "projets de recherche collaboratives" dans le domaine des hautes technologiques. On aurait pu avoir peur, comment ça l'UE aurait la mauvaise idée de vouloir s'autonomiser de l'OTAN? Quelle idée idiote!

D'ailleurs, en surfant sur la vague de la soi-disant agression russe qui arrive (regardez bien, vous verrez des petits hommes verts avancer), les Etats-Unis en profitent pour renforcer leur présence militaire en Europe en général et en Europe de l'Est en particulier. Abandonnant partiellement la présence permanente, pour une rotation sur leurs domaines, afin de mieux maîtriser l'espace. Comme il n'y a pas d'ennemis réels contre lequel il faut lutter, c'est suffisant pour organiser des exercices avec les locaux, former les armées locales - comme en Ukraine par exemple, où 250 soldats de la Garde nationale d'Oklahoma forment les soldats ukrainiens, ceux qui ensuite vont dans le Donbass. En voyant les tirs concentrés sur les ouvrages civils, l'on se demande ce qui leur est appris. D'un autre côté, en voyant Rakka en Syrie après le passage de l'armée US ... La Pologne se prépare à construire un Fort Trump, alors qu'il y a déjà plus de 3500 soldats américains en place. La pression politique est en place.

L'on compte, selon les données de Département de la Défense US reprises ici, hors zones de combats, près de 65 000 soldats américains en Europe:


Pourtant, l'on ne s'arrête pas là, des prévisions sont faites pour construire de nouveaux logements pour les militaires, des bâtiments administratifs, des centres d'entraînements, etc pour un montant - affiché - de 248 millions $. Sans compter les dépenses prises en charge par les pays, où l'armée américaine se base. La Pologne est prête à dépenser 2 milliards $ par exemple.

Comme la seule présence dont l'Europe doive encore se délivrer est justement celle des Etats-Unis, afin d'instaurer des rapports plus équilibrés, nous sommes finalement passés de la "grande libération" de 45, d'où l'histoire tente désespérément de gommer l'URSS, à l'occupation qui s'est depuis développée.

Karine Bechet Golovko

Promka Saison 1 Episode 25

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Ce matin nous sommes repartis vers le front, reposés de ces jours passés entre caserne et maison, et nous emmenons avec nous les premiers vêtements chauds de la saison pour faire face aux amplitudes de température et à l'humidité du moment.

Derrière nous nous laissons une ville de Donetsk où une campagne électorale quelque peu mouvementée soulève nombre d'interrogations et même d'inquiétudes. 
Devant nous l'horizon gris du front de Yasinovataya nous accueille entre réchauffement des tensions entre les belligérants et refroidissement des températures. 


Jeudi 4 octobre 2018

Depuis 2 semaines, le front du Donbass connait une nouvelle escalade des violences ukrainiennes violant sans vergogne le cessez le feu et emportant de nouvelles vies civiles ou militaires. Et nos sacs, gonflés par les vêtements chauds sont alourdis par de nouveaux lots de munitions supplémentaires qui vont rejoindre les postes de tir de "Forteruine" soumis depuis environ 3 semaines à des mitraillages quotidiens et appuyés.

Dans ce Donbass, loin de ma Guyane au saisons lissées dans une monotonie de températures et de lumière, les saisons sont très marquées et les transitions de l'une vers l'autre sont rapides et brutales. Ainsi en 2 semaines autour de nous, la nature a revêtu les parures mordorées de l'automne avec des végétaux qui jettent déjà au sol leur bouclier de feuilles sous lequel la vie fragile va naître et grandir au cœur de l'Hiver. 


Hier, à mon retour de 3 jours de repos passés sur le chantier d'un magasin incendié, j'ai trié à la caserne du bataillon les photos et vidéos prises lors de la dernière rotation, où au milieu des pitreries du chaton "Blin" et celles de mes camarades rappelant avec humour le danger rodant autour de nous, la lumière des dernières journées chaudes éclaire les dernières fleurs de l'été et anime les murs éclatés de la zone industrielle de Promka.

Le 25 septembre dernier, "Makhotia" ripostant au RPG
Le groupe avec lequel je monte au front est a la fois jeune et expérimenté. "Snek", "Makhotia", "Liss", "Student", "Malish" ont tous moins de 30 ans mais sont forts de plusieurs années d'expériences et de combats sur ce front du Donbass. En les observant du lointain de mes 55 printemps ces jeunes qui pourraient être des fils repoussent au loin ma misanthropie, en semant par leur bonne humeur et leur professionnalisme l'espérance au milieu des ruines.



Un volontaire russe, "Moran" nous a rejoint, et qu'elle n'est pas ma surprise, alors que nous faisons connaissance, de l'entendre parler de la France avec intérêt et même passion. Marine Le Pen bien sûr est évoquée par Oleg car, même si son idéologie politique est aux antipodes de la vision fédérale russe, médiatiquement elle reste ici la personnalité politique française la plus russophile, mais aussi à ma grande surprise "Moran" me parle de Dominique Venner cet "historien méditatif" et du philosophe Alain de Benoist. A mon tour d'évoquer les russes Alexandre Douguine, Limonov... et nous échangeons avec plaisir notre intérêt commun pour la théorie métapolitique développée de la Révolution conservatrice dans le cadre d'un monde multipolaire.

"Snak", le commandantde compagnie supervise la rotation des groupes et recueille avec nous les dernières informations de ce secteur pu les ukrainiens ne cessent d'exercer des pressions offensives importantes et quotidiennes. En début de semaine psr exemple un autre camarade du bataillon voisin qui tient des positions limitrophes a été blessé par un sniper ukrainien.

Nous prenons aussitôt possession des postes d'observation, des tranchées et de la cuisine ou nous attend ronronnant à pleins poumons le petit "Blin" au pelage quelque peu terni par la poussière, les cendres et le charbon.
Ț

Ouvrant cet article, la photo de "Tiomne" grimant cette Camarde avec laquelle nous dansons souvent, me rappelle les paroles d'un chant européen de jeunesse, appris à l'époque où mon regard sur la vie était alors bercé par les "questes" des chevaliers errants et les cavalcades sabre au clair. Et sur ce front du Donbass où tombe quotidiennement des camarades, blessés ou tués par l'acier des obus, des mines, ou des balles, remontent à la surface de ma mémoire ces paroles évoquant ce rapport si particulier de l'Homme en arme avec cette dame en noire, "la Mort fauchant, rasant et dévastant. / Décime nos rangs, frappant les survivants. / mais le soir venu nous la chanterons / sans rancune car c'est un vieux compagnon"

Erwan Castel




Le chant traditionnel "La mort"


La mort chevauche à travers le pays
Frappant sans choix les héros, les bannis.
Fuyez ennemis sinon vous mourrez !
Nous autres face à elle n' avons de regrets.

Refrain :
Lala lala la la la la
La mort qui rode sur nos chemins

Prends devant toi les lâches et les impurs.
car bientôt ils deviendront ta pâture.
Nous les chargerons sans te craindre ô mort.
Car tu es notre amie et nous vaincrons encore

Refrain

La mort fauchant, rasant et dévastant.
Décime nos rangs, frappant les survivants.
mais le soir venu nous la chanterons
sans rancune car c'est un vieux compagnon

Refrain

Un jour enfin tu viendras nous saisir.
A tes côtés nous serons fiers de partir.
Le dieu des combats nous accueillera.
Alors festoierons et ripaillerons, en ton honneur


Ô mort, qui rôde sur nos chemins (bis).

Le chevalier, la Mort et le Diable de d’Albrecht Dürer (XVème siècle)

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : 
Journal du front

mardi 2 octobre 2018

Une terre noire qui jamais ne se repose

Sur la tombe de Dmitry Didorenko  tué le 25 septembre

Evgeny Konovalov 36 ans
Tué le 30 septembre
Dmitry Didorenko  48ans
Tué le 25 septembre
Depuis plus de 4 ans, des femmes et des hommes tombent sur cette terre noire du Donbass, qu'ils soient  des civils bombardés ou des soldats défendant la Liberté du Donbass. Ce mois de septembre 2018, malgré les accords de Minsk renforcés par la trêve de rentrée scolaire n'a pas dérogé à la tragédie, s'ouvrant par l'assassinat du Président Zakharchenko tué dans un attentat terroriste le 31 août à Donetsk et s'achevant par la mort tragique de 3 enfants victimes d'une mine antipersonnelle à Gorlovka. 



Les 3 enfants de Gorlovka tué par une mine le 30 septembre

Evgeny Voloshin 25 ans
Tué le 28 septembre
Anya Chabanova, 28 ans
Tuée le 27 septembre
Et ces victimes ne sont malheureusement pas les seules, car toutes les semaines des membres des forces armées républicaines tombent sur le front en défendant les lignes de défense bombardées et attaquées quotidiennement par les ukrainiens. Combattants mais aussi conducteurs ou personnels médicaux, les soldats de la République n'en finissent pas de rejoindre le Régiment des immortels du Donbass dont les rangs serrés se confondent avec l'horizon infini de l'Histoire en marche.


Voici quelques uns de ces visages sur lesquels la terre du Donbass s'est refermée ces derniers jours, mais pas la mémoire des vivants qui ont ramassé leurs armes pour continuer le combat aux portes des cités républicaines de Donetsk et Lugansk. 

Oleg Sokurenko 27 ans
Tué le 27 septembre
Alejandro Germansky 24ans
Tué le 12 septembre
Ces hommes et ces femmes dont certains ont l'âge des grand pères ou des étudiants, ne sont pas comme le crache la propagande de guerre occidentale et ukrainienne cette "armée russe" envahissant de Donbass. Ils sont aujourd'hui pour la plupart des enfants de ce pays des terrils, renforcés par des volontaires qui ont tout abandonné pour 
venir défendre avec eux leur liberté et refuser cette dictature de la marchandise vomie des flammes du Maïdan. 




Alexandrovitch Lagutkin 25 ans
Tué le 23 septembre
Denis Blikov 29 ans
Tué le 30 septembre
La mémoire vive présentées ici n'est malheureusement pas exhaustive car chaque jour entre Mariupol et Lugansk des défenseurs tombent sur le front, tués ou blessés par des éclats d'obus ou des balles de snipers. 


Et les pertes exactes doivent rester confidentielles, guerre oblige.





Mais pour nous autres, volontaires qui restons sur cette ligne de front, les cimetières bosselés de terre fraîche sont autant de bataillons silencieux que nous avons relevé et saluons du regard lorsque nos véhicules longeant leurs lisières de croix russes nous emmènent au front. 

Non cette guerre est loin d'être finie et le nom Minsk à le goût d'un fiel amer !

Erwan Castel

Artem Nikolaïevitch Sidorov  38ans , tué le 1er octobre 2018


Un étron volant made in USA



Le 1er octobre 2018,en République populaire de Lugansk un drone ukrainien a été abattu par la milice républicaine dans le secteur de Nizhnee Lozovoe, (65 km à l'ouest de Lugansk) 

Il s'agit d'un drône d'observation de type "Fantom 4" qui avait été armé d'une grenade à fragmentation F1, largable par dispositif électro magnétique. Au moment du crash, la grenade s'est détachée et a explosé à proximité de la position survolée par le drone.

Ce qui est intéressant dans ce fait divers du front du Donbass, c'est que le drone est de fabrication étasunienne. En effet le numéro d'identification et de série de ce drone révèle qu'il fait partie du lot acheté (avec l'argent des contribuables occidentaux) le 7 juillet 2018 aux États-Unis et livré à la 72e brigade mécanisée ukrainienne au courant du mois d'août.

Une fois de plus l'incohérence étasunienne qui soutient un processus de paix tout en équipant l'un des 2 belligérants révèle le cynisme de la stratégie occidentale qui de provocations en soutiens aux ennemis de la Russie alimente l'escalade mondiale de la Syrie au Donbass. 

Ici, depuis cette année les effectifs et les missions des drones ukrainiens augmentent sensiblement, pour reconnaître des zones de défense républicaines, repérer de nouveaux objectifs et assister ensuite les observateurs d'artillerie corrigeant es bombardements ukrainiens.

L'armement des drones ukrainiens s'il est le fruit d'un bricolage anecdotique est cependant de plus en plus fréquent sur le front. En septembre par exemple sur le front de Gorlovka un autre UAV ukrainien abattu transportait la tête d'une roquette.

Ces missions aériennes sans pilote, qu'elles soient pour l'observation et encore plus pour l'attaque sont interdites par les accords de Minsk qui ont expressément demandé une zone d'exclusion aérienne de 30km de part et d'autre de la ligne de front, à l'exceptions des engins appartenant aux observateurs de l'OSCE.

Erwan Castel

lundi 1 octobre 2018

Retour sur Oktyabrsky

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3 jours de repos cette fois m'attendaient à Oktyabrsky, autant dire un long "séjour" au milieu de mes amis et voisins, au cours duquel j'ai même eu l'occasion d'accompagner Svetlana  Kissileva de l'agence Novorossiya Today, qui accompagnait Alexandra une jeune fille de Donetsk, étudiante à Paris pour un reportage photo.

Les dernières grappes de raisin et des sourires d'enfants nous attendaient à l'ombre des ruines d'un quartier dévasté par la guerre, où le temps semble s'être arrêté en 2014.


Lundi 1er octobre 2018

Je parcours les rues d'Oktyabrsky à vélo passant par les jardins abandonnés et les tonnelles effondrées pour grappiller les perles sucrées blanches noires ou rosées des derniers raisins de la saison. Ici dans ce quartier les rues reprennent vie peu à peu et je découvre des nouvelles maisons revivant sous le retour de leurs habitants. Même dans la rue Stratanovtov, les exceptionnels résistants étant restés sous les tirs depuis 4 ans voient aujourd'hui des familles revenir en journée quelques heures entretenir et réparer leurs maisons endommagées. 

Autour de moi les déchets végétaux brûlés dans les jardins domestiques rejoignent dans le ciel les feux agricoles saisonniers et les fumées sombres dérivant sur les vents prolongent celles que la guerre continue de faire naître autour de cette zone aéroportuaire où les combats continuent à scander quotidiennement la roue du temps.




Tandis que la machine à laver, et les chats ronronnent tranquillement à coté des mes sacs devenus un temps de paix des jouets d'enfants, je pars vers la gare à la rencontre de Svetlana Kissileva et Alexandra, une jeune fille de Donetsk installée à Paris de puis 6 ans et étudiante à la Sorbonne.

"Sacha", qui n'est pas venue dans sa ville natale depuis la guerre et les bombardements veut réaliser un reportage photo ici au milieu des ruines de ce quartier d'Oktyabrsky pour témoigner des plaies de son pays et que tant de regards en Occident refusent de voir.

Nous partons donc vers le Nord et cette ligne de front que nous entendons respirer régulièrement en toussotant de ses mitrailleuses et mortiers jamais au repos. D'abord le secteur de la Mosquée où un habitant affable nous accompagne un moment et partage ses anecdotes de guerre. Ici les stigmates des bombardements disparaissent petit à petit vitres neuve après mur colmaté, mais les cénotaphes alignés devant les étals détruits du marché rappellent avec le regard des personnes rencontrées le feu dévorant d'une tragédie qui n'en finit pas depuis 4 ans.

En reliant au Nord la lisière de ce quartier nos regards palpent les destructions de plus en plus importantes qui signalent la proximité de la ligne de front et les rencontres se font de plus en plus rares au milieu de cette forêt de ruines tendant leurs moignons vers le ciel froid.


Puis c'est la rue Stratanovtov, cet axe routier bordant au Sud la zone aéroportuaire et reliant les villages de Peski à l'Ouest et Spartak à l'Est. A mi chemin nous effectuons un crochet, à l'odeur de pèlerinage au monastère d'Iversky, ce couvent détruit dès 2014 par les bombardements ukrainiens. A l'horizon la silhouette indomptable de l'aéroport porte le drapeau de ses libérateurs et défenseurs du bataillon Sparta.


La chute du soleil surprend les appareils photos gourmands et nous nous donnons rendez vous dimanche pour poursuivre notre moisson de vérité...

Le soir, je rejoins les rires des enfants et le sourire de leur mère tandis qu'un plov (plat traditionnel ouzbek à base de riz sauté légumes et viande) vit ses derniers instants de succomber sous l'assaut des cuillères. 

Au milieu de la nuit, 2 tirs de mortiers ukrainiens nous ont ramené à la réalité de la bête qui renifle toujours au bout de la rue au delà des derniers murs dentelés et arbres décapités...


Dimanche, je retrouve Svatlana et Alexandra pour continuer notre pérégrination au milieu des ruines. La rue Stratanovtov est notre guide qui nous conduit jusqu'au pont détruit de Putilovka aux portes de Donetsk.

Ici malgré un décor apocalyptique des familles s'accrochent à leur domaine, réparant une par une, avec la patience d'un immortel, les pierres et les tôles de leurs maisons bombardées. 





De ruines en rencontres, nous arrivons sur le pont effondré de Putilovka sur lequel la voie rapide de l'aéroport rejoignait le centre ville de Donetsk. Ici les bruits de la guerre sont plus proches, le front de Spartak commençant a quelques centaines de mètres à peine. Il semble qu'un géant ait écrasé le pont sous ses bottes d'acier, et il est difficile de croire au milieu de ce décor dévasté que nous ne sommes qu'à 15 minutes des vitrines rutilantes et des restaurants et hôtels de luxe du centre ville.


Le soir nous repartons chacun sur nos chemins, Svetalana vers Donetsk, Sacha vers Petrovsky au Sud de la ville et moi vers l'aéroport dans ce quartier où j'ai posé mes passions et mon amour pour cette terre aux confins de l'Eurasie et l'Occident et qui est devenue un oasis pour mon âme assoiffée.

Ce matin j'ai repris le chemin de la caserne en attendant de retourner sur le front cette semaine, plus motivé que jamais car le cœur débordant des sourires, des rires et des ronronnements que je défends désormais ici.

Erwan Castel


Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du front

La République en danger / 5

Depuis l'attentat qui a coûté la vie au Président Zakharchenko, la république populaire de Donetsk connait des spasmes politiques de plus en plus violents et inquiétants autour de la succession de son fondateur.

Précédemment j'ai rendu compte d’éventements et d'analyses réalisés autour de ce combat des chefs en cours à Donetsk et qui manque chaque jour un peu plus d'élégance et même d'éthique politique.

Voici un deuxième article signé Karine Bechet Golovko, analysant et commentant les événements qui ont saboté le commencement de la campagne électorale des deux principaux  partis d'opposition à celui de Denis Pushilin, le Président par intérim de la RPD.

Erwan Castel

Source de l'article : Russie Politics

Version russe : Novorossiya.Su


Donbass: l'opération "mains sales"

Karine Bechet Golovko

1er oct.

Comme nous l'avions écrit, la mort de Zakhartchenko, le leader de la jeune République populaire de Donetsk - DNR (voir notre texte ici), a provoqué des tremblements politiques dont l'ampleur ne finit pas de grandir. Sur la vague de l'installation quelque peu douteuse du non moins douteux Pouchiline (voir notre texte ici) à la tête d'un intérim qu'il entend bien rendre définitif, le processus électoral se transforme en opération de neutralisation politique d'un espace tout juste naissant. Faire de DNR un ectoplasme politique, amorphe, ne peut entrer que dans un scénario de renforcement de dépendance ou de rattachement. Mais à qui? Dans tous les cas, ces technologies non seulement ternissent l'image de la Russie mais risquent de soulever des questions de sécurité interne.

De troubles évènements se sont déroulés ces derniers jours, qui ressemblent fortement à un mini coup d'état intérieur. Et cela concerne tant la préparation des législatives, que la préparation des élections du dirigeant de DNR .

Le mouvement Svobodny Donbass (Donbass Libre) est le principal mouvement d'opposition, à la tête duquel se trouve la femme de Gubarev, le principal opposant de Pouchiline. Or, l'assemblée générale qui devait se tenir ce 29 septembre pour donner la liste des candidats aux élections législatives a été l'objet d'une opération de substitution qui, pour les fins gourmets, rappellera ce qui s'était passé avec le parti Pravoe Delo en Russie lorsqu'il fallut lancer l'oligarque Prokhorov, sans aucun succès par ailleurs. A cette époque justement, Sourkov était en charge de la politique intérieure à l'Administration présidentielle russe, qui supervise aujourd'hui le Donbass. Les habitudes semblent avoir la peau dure. Ainsi, le 29 septembre, 400 personnes se sont présentées devant des portes closes, l'assemblée s'est tenue dans la rue et évidemment la liste des candidats n'a pu être établie. Les gens étaient d'autant plus inquiets que Ekaterina Gubareva, leader de ce mouvement, avait disparu.



Pendant ce temps-là, l'agence d'information de la République DAN annonce que l'assemblée générale de Svobodny Donbass s'est parfaitement tenue et que la liste des députés a été établie. En fait, il s'agit d'une autre assemblée générale, qui a été organisée notamment par Roman Khramenkov, obscure candidat lancé faire de la figuration contre Pouchiline, Alexandre Malkov et Yuri Sivokonenko, dont les liens avec le Bloc Timoshenko sont établis. Ce qui est assez surprenant... Ainsi, le mouvement a changé de mains et Ekaterina Gubareva a été écartée. Fragilisant par là même le candidat Gubarev.




Elle est réapparue ensuite ... chez Pouchiline:


Et elle décrit ce qui s'est passé sur le mur de son mari - certes, ce n'est pas objectif, mais pour information:


Ekaterina Gubareva: 
"Vers 10h, je suis sortie de la maison pour aller à l'AG. L'on m'a demandé de venir pour une discussion, où l'on m'a prévenu que l'AG de Svobodny Donbass se passera sans ma participation. Dans la liste Svobodny Donbass, j'étais N°1. Maintenant, je n'y suis plus. Au bout d'un certain temps l'on m'a relâchée, rendu mes affaires. Merci à tous pour votre soutien. Ensuite, je suis tombée chez Pouchiline"

Parallèlement, des méthodes non moins de bandits sont utilisées dans le cadre des élections pour déterminer qui dirigera la jeune République. Gubarev, de son côté, a pu déposer les signatures, bien que des pressions très fortes sont exercées dans les entreprises sur les gens, paraît-il, pour qu'ils ne le soutiennent pas, allant jusqu'à une menace de perdre son emploi. Voici la déclaration en ce sens:


Par ailleurs, l'autre candidat qui pouvait faire de l'ombre à Pouchiline est l'ancien ministre de la défense de DNR, qui se présente sous les couleurs communistes, Khakimzainov a été l'objet d'un attentat. Juste à point, une explosion a eu lieu également ce 29 septembre après l'AG, faisant 4 blessés et permettant de faire brûler les documents devant être présentés à la commission électorale pour l'enregistrement de sa candidature. C'est alors que la même agence d'information de Donetsk, DAN, qui avait légitimé la fausse AG de Svobodny Donbass, déclare que le candidat a lui-même organisé l'explosion - pour se faire de la publicité. Cela rappelle dangereusement la rhétorique ukrainienne et occidentale, notamment sur Odessa et en général dès qu'il y a des victimes civiles: ils se font exploser eux-mêmes, ils se font brûler eux-mêmes. Les réactions dans les réseaux sociaux furent assez virulentes face à ses déclarations. Surtout que d'un point de vue logique, il est dans cette optique impossible d'expliquer pourquoi Khakimzianov a finalement retiré sa candidature. En fin de compte, l'attentat contre lui ressemble beaucoup plus à une menace. Et elle a porté.


Tout cela fait penser à un mini-coup d'état, une sorte d'opération "mains sales". Le premier résultat est de transformer DNR en une sorte d'ectoplasme apolitique, manœuvrable, mais absolument non viable. Il doit donc être réintégré et la question se pose de savoir où.

Si le renvoie vers l'Ukraine est envisagé, la Russie perdra toute crédibilité sur la scène internationale (bien au-delà de la question ukrainienne) et la pression sera mise ensuite sur la Crimée. Sans compter que des attentes fortes de justice continuent à émerger de la population russe et dans le Donbass et que ce mouvement de retour, quelle que soit la communication organisée autour, serait considéré comme une trahison. Il serait surprenant que les gens restent tranquillement chez eux, en tout cas ils pourraient parfaitement être récupérés.

Si le rattachement vers la Russie est organisé, avec de telles méthodes de bandit, l'on sera de toute manière très loin de l'euphorie qui a succédé la Crimée. A quoi bon salir, déstructurer, décrédibiliser? Cela pourrait donner l'idée d'un corps malade. Ce qui ne permettra pas, d'un point de vue cynique et froid, d'en retirer les avantages politiques escomptables.

Dans tous les cas, ces manipulations vont beaucoup trop loin.

Karine Bechet Golovko

Observation personnelle :

Je pense pour ma part que ceux qui tentent aujourd'hui de manipuler le débat électoral dans une République fragilisée par la perte de son leader sont plus connectés aux réseaux du néolibéralisme apatride dont le seul objectif est les intérêts financiers de la ploutocratie internationale et la déstabilisation géopolitique de la Russie. Ce cirque électoral en RPD doit être mis selon moi en perspective avec les élections ukrainiennes à venir, à l'issue desquelles je suis persuadé que les même manipulateurs essaieront de restaurer un dialogue et surtout leur business entre Kiev et Donetsk (et la reprivatisation engagée par Pushilin préparerai alors le terrain) !

3 enfants tués, 2 autres blessés dans le Donbass


Hier 30 septembre 2018, la guerre a ensanglanté à nouveau le Donbass, et particulièrement sa jeunesse qui a été frappé durement avec 3 jeunes tués et 2 autres blessés.
  • Dans le secteur de Gorlovka (Nord de la République de Donetsk), 2 enfants de 13 ans, 1 enfant de 12 ans ont été tués et 1 enfant de 10 ans blessé par une mine antipersonnelle MO50  
  • Dans le secteur de Staromikhailovka (Ouest de Donetsk), c'est une adolescente de 16 ans qui a été blessée par le bombardement d'un Véhicule Blindé d'Infanterie ukrainien de type BMP.
Ces 2 tragédies, rappellent à la fois la permanence quotidienne de la guerre qui menace une population civile survivant sur une ligne de front présente dans de nombreuses zones résidentielles.

Les mines qui depuis 4 années sont posées sur les 300 km de front, sont un danger premier, tant pour les soldats que la population civile car souvent posées dans l'urgence de combat elles n'ont souvent jamais fait l'objet d'un référencement, d'un relevé cartographique, voire même d'une signalisation réglementaires. Par ailleurs, la poursuite quotidienne par les ukrainiens des mitraillages et bombardements de la ligne de front empêche de réaliser des campagnes de déminage exhaustives.


La ville de Gorlovka qui depuis 2014 est régulièrement touchée par des bombardements a décrété un deuil pour la mémoire de ces trois jeunes fauchés aux printemps de leurs vies. 

Autres articles : DNR News, Dan News, Printemps russe