mardi 13 juin 2017

News Front à Oktyabrsky

Rencontre française au milieu des ruines 
Philippe Calfine sur le front d'Oktyabrsky, ici dans la rue Stratanovtov au niveau de l'aéroport
Dans un article récent, j'évoquais la venue sur le front d'Oktyabrsky de Philippe Calfine, reporter français travaillant à News Front, et que je remercie d'être venu dans le quartier où j'habite pour mieux rendre compte de l'aggravation de la situation sur ce secteur. 

Philippe est aujourd'hui un "ancien", et parmi les volontaires français avec Nicolas Pierrot aujourd'hui en République de Lugansk qui sont dans le Donbass depuis plus de 2 ans et demi. Nous l'avions déjà rencontré ici en novembre 2015 au cours d'une interview réalisée par Laurent Brayard,  

Aujourd'hui, Philippe a troqué comme moi le fusil d'assaut contre la caméra pour s'engager dans la guerre de l'information mais tout en restant sur le front militaire qu'il connait bien aujourd'hui.

Voici la première partie de ce reportage réalisé le dimanche 11 juin à Oktyabrsky :

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

Source de l'article : News Front

Equipe française à Oktyabrsky : 
Tirs au ZSU 23/2, au mortier de 82 et 120mm et par véhicules blindés.


Par Philippe Calfine

Date de publication: 13 06 2017, 15:57

"Invité par Erwan Castel ce dimanche 11 juin, je me suis rendu sur place dans le quartier où il réside, à Oktyabrsky, constater de mes yeux l’aggravation de la situation de cette zone frappée régulièrement par les bombardements Ukrainiens

Les bombardements avaient commencé alors que je me rendais sur place, balayant une large zone allant de Pesky jusqu’à Spartak. Après être passé à Iversky au Monastère de Saint-Iver, nous nous sommes déplacés par la rue Stratanovtov jusqu’au pont de Putilovka complètement détruit sous les bombardements Ukrainiens bloquant l’accès principale entre le quartier Oktyabrsky et celui de Kievsky.

Film d’auteur du correspondant militaire des équipes News-Front, Philippe Calfine

Très peu d’habitants encore sur place, nous rencontrons tout de même une dame agée dans la rue dévastée de Stratanov. Notre première approche fû agitée, ayant peur que nous soyons des journalistes étrangers venu faire une mauvaise image de la population locale et du Donbass, comme elle nous l’expliquera ensuite. Elle nous raconta brièvement son histoire, gâchée depuis 3 ans, par la peur que le prochain obus la touche directement, effectivement, un grand nombre de maisons voisines n’ont plus de toit ni de fenêtre, avec des murs criblés d’impacts en tout genre

Erwan Castel sur une des nombreuses tombes détruites du cimetière de Monastère de Saint-Iver

Ces derniers jours les ukrainiens ont violé le cessez-le-feu sur 22 localités de la république par artillerie, tanks, lances-mines, véhicules blindés de combat d’infanterie, BTR, lance-grenades et les armes de tireurs


Les Ukrainiens continuent encore aujourd’hui impitoyablement à s’en prendre à la population civile. Les maisons tombent en ruines. Chaque jour, nous établissons de nouvelles victimes civiles

News Front continue à suivre la situation extrêmement tendue en DNR"

Philippe Calfine pour News Front

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S'il vous plaît, pour m'aider dans le travail de réinformation et l'aide engagée auprès des habitants sinistrés de mon quartier

Si l'argent est le nerf de la guerre il est malheureusement également aussi celui de la réinformation pour laquelle j'ai décidé de me consacrer seul et à plein temps malgré une absence actuelle de revenus et une censure de mon travail par les agences de presse occidentales collabos, mais également par des crapules, jaloux ou obsédés du monopole de l'information venus jouer les vautours dans le Donbass..

Au delà de mes besoins de subsistance (8 000 roubles par mois (150 euros au taux de change local) j'utilise les dons supplémentaires pour aider des personnes isolées et des familles de mon quartier.

Merci d'envoyer vos contributions de soutien sur le compte référencé ci après à partir duquel sont envoyés des virements vers le Donbass

Observation : la plus petite somme (équivalent à celle d'un paquet de cigarette) est la bienvenue et vitale ici.

En vous remerciant par avance de votre soutien moral et matériel

Bien à vous
Erwan

lundi 12 juin 2017

Et ça continue encore et encore !

Une soirée d'été à Oktyabrsky plutôt "chaude" !


Chroniques d'Oktyabrsky 06

J'ai invité Philippe Calfine de l'agence News Front à venir constater dans le quartier d'Oktyabrsky où je réside l'aggravation de la situation militaire et notamment des bombardements ukrainiens.

Philippe est arrivé vers 18h00, en même temps que les "ukrops" intensifiaient leurs bombardements bombardements sur l'ensemble du front Nord de Donetsk, principalement sur l'intervalle entre l'aéroport et Spartak. Après un premier reportage dans le secteur de l'aéroport, nous bous sommes dirigés dans la partie orientale et détruite du quartier, entre Spartak au Nord et Putilovka au Sud.

Dès notre arrivée à proximité du pont de Putilovka nous avons été accueilli par des tirs de l'artillerie ukrainienne qui frappaient ce secteur depuis environ 1 heure. Sur l'ensemble de la ligne de front: résonnaient autour de nous les tirs de ZSU 23/2 mortiers et chars répondant à ceux des ukrainiens pilonnant le Nord de Donetsk. 


Ecoutez les accords de Minsk en 122 majeur !

Sur cette vidéo on peut entendre des départs et arrivées proches d'obusiers de 122 mm ukrainiens, des tirs de défense de ZSU 23/2 républicain (01'22'') ainsi que des échanges de tirs entre les unités qui se font face sur le front de Spartak (sur la gauche après le pont détruit). Nous nous sommes arrêtés avant le pont pour ne pas se retrouver dans l'axe des tirs ukrainiens...

Le pont de Putilovka 

Aujourd'hui, malgré la clarté tardive du jour invitant à se retrouver dans les jardins autour d'une table d'hôte, la reprise des tirs ukrainiens frappant, dès la fin d'après midi, dans le profondeur de la ligne de front oblige les familles étant restées dans le quartier à se replier à l'abri des murs de leurs habitats aux fenêtres scotchées (pour limiter les éclats de verre en cas de bombardements) derrière lesquelles veillent des icônes bienveillantes et protectrices.


Revenant du pont de Putilovka encadré par les tirs ukrainiens, nous passons par la rue Stratanovtov dans une atmosphèreb saturée par les duels que se livrent à quelques centaines de mètres plus au nord les unités de Kiev et les défenses républicaines fermement accrochées aux lisières Nord de Donetsk. Au loin des grondements rassurants de véhicules blindés se rapprochent du front, renforts indispensables en cas de tentative de percée ukrainienne..

Au milieu des ruines de la rue Sratanovtov surgit la frêle mais vive silhouette d'une grand mère qui nous apostrophe dans un premier temps d'une voix rude avant de se radoucir et sourire à la vue de nos livrets militaires et cartes de presse... cette grand mère qui nous donne elle-même "baba" pour la nommer n'a pas quitté sa maison plusieurs fois touchée par les bombardements depuis 3 ans; 

Philippe Calfine de News Front et "baba" la grand mère de la rue Stratanovtov qui est restée ici depuis 3 ans, courbée sous les balles et les années dans les ruines de sa maison bombardée 
Nous finissons notre rencontre autour d'une bière bien méritée près de l’hôpital 21, de l'autre côté du quartier d'Oktyabrsky, près de Volvo Center, ce pivot Ouest de la ligne de front de l'aéroport et que bombarde régulièrement les forces ukrainiennes positionnées dans le village de Peski à moins d'1 kilomètre au Nord...

Dans ce quartier de Krimlovsky, qui est celui de la mine de charbon d'Oktyabrsky (aujourd'hui fermée par la guerre) d'autres détonations résonnent aussi, rebondissant entre des immeubles aux balcons détruits et fenêtres brisées. 

Vers 22h00 je quitte Philippe et rejoins ma rue silencieuse où quelques rais de lumière tamisée perçant les fenêtres fermées témoignent que la vie continue malgré tout dans ce quartier qui depuis un 26 mai 2014 a basculé dans l'enfer...

Au Nord persistent à intervalles réguliers des détonations et explosions régulières et soutenues tandis que des balles continuent leur vol par dessus les toits de la rue voisine... drôle d'oiseaux nocturnes !


Erwan Castel, volontaire en Novorossiya



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Erwan




Le terrorisme de l'eau

2 millions de personnes privées d'eau potable

L'armée ukrainienne a repris ses bombardements sur les infrastructures d'approvisionnement en eau potable de la population civile du Donbass, privant près de 2 millions de personnes de cette ressource vitale.


En 1994, à Montreux un symposium organisé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) constatait: "Dans les conflits armés, le manque d’eau potable tue souvent autant de personnes que les balles et les bombes"

Si l'eau a été de toutes les époques source de conflits et arme de guerre, l'évolution de cette dernière avec son imbrication dans les zones civiles a donné à cette ressource vitale une dimension humanitaire et legislative internationale.

La Convention internationale de Genève de 1989 précise que protéger les ressources en eau potable des populations civiles est une obligation morale et légale même en temps de guerre  tel qu'elle le stipule dans l'art 54, p 1-2 de son premier protocole.

"Il est interdit d’utiliser contre les civils la famine comme méthode de guerre.
Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, tels que des denrées alimentaires et les zones agricoles qui les produisent, les récoltes, le bétail, les installations et réserves d’eau potable et les ouvrages d’irrigation, en vue d’en priver, à raison de leur valeur de subsistance, la population civile ou la Partie adverse, quel que soit le motif dont on s’inspire, que ce soit pour affamer des personnes civiles, provoquer leur déplacement ou pour toute autre raison. (Prot. I, art. 54, par. 1-2)"

Dans le Donbass, région touchée par une pollution importante de son réseau hydrographique que la guerre a amplifié depuis 3 ans, l'accès à l'eau potable est crucial. Depuis le début de cette année 2017, le régime de Kiev qui applique contre la population du Donbass une stratégie politique et militaire fondée sur la terreur a décidé de s'en prendre à ses ressources en eau potable.

Où l'on reparle de la station d'eau de Yasinovataya

Dans la nuit du 10 au 11 juin 2017, la ligne de front au Nord de Donetsk a été à nouveau soumise à de puissants bombardements ukrainiens qui ont duré plusieurs heures, du mileiu de l'après midi au milieu de la nuit, notamment dans le secteur très disputé de Yasinovataya-Avdeevka où les forces ukrainiennes depuis plus d'un an effectuent régulièrement des pressions offensives pour s'emparer de la "zone grise" située dans la zone industrielle et sensée restée neutre.

Rappel :

A partir du 5 mars 2016, les forces de Kiev ont entamé des "sauts de crapaud" à l'intérieur de la zone grise située entre le front républicain de Yasinovataya et le front ukrainien de Avdeevka. L'objectif de cette pression offensive qui est une violation flagrante des accords de Minsk mais jusque là restée impunie est quadruple :
  • Réduire, comme dans d'autres secteurs du front (Debalsevo, Zaitsevo, Marinka, Kominternovo etc...) la zone neutre et par conséquent le temps de réaction de la défense républicaine  jusqu'à la rendre impossible an niveau de la première ligne.
  • Couper l'axe logistique Donetsk-Gorlovka, en menaçant la route par les feux des unités d'assaut et imposer ainsi de longues déviations par l'Est, ralentissant le déploiement de forces de réaction et de convois de ravitaillement.
  • Provoquer les forces républicaines espérant de leur part une contre attaque d'envergure qui serait aussitôt désignée comme violation et fin définitive des accords de Minsk 2 et prétexte à relancer une campagne offensive.
  • Obliger les forces républicaines à renforcer considérablement les lignes de défense de ce secteur vital et par conséquent d'y fixer des unités prélevées dans les forces de réaction rapide normalement déployées à l'arrière en réserve stratégique. 


Une infrastructure sanitaire vitale au milieu des combats 

Au milieu de cette zone disputée âprement depuis plusieurs mois se trouve la station d'épuration et de distribution d'eau potable qui non seulement subit de réguliers dommages collatéraux avec les bombardements mais est très souvent l'objectif des reconnaissances ukrainiennes qui recherchent par sa capture a menacer les populations civiles qui en dépendent.

Dommage reçu par la station d'eau de Yasinovataya en début d'année 2017
Par sa position et les près de 2 millions de personnes dépendant d'elle de chaque côte de la ligne de front, cette station d'eau représente un double enjeu dépassant largement les limites de ce secteur particulier du front :
  • Une position stratégique renforçant le contrôle de la route Donetsk / Gorlovka- Lugansk, des échangeurs ainsi que des lisières Ouest de Yasinovataya
  • Une capture symbolique d'une infrastructure vitale dont dépend la population de Donetsk.
Ainsi cette année au mois de février toutes une série d'attaques ukrainiennes avaient pris cette usine de distribution d'eau potable comme cible régulière, parvenant même le 25 février à s'en emparer violant ainsi non seulement les accords de Minsk mais également ceux de Genève qui protègent ces infrastructures vitales pour les populations civiles. A cette époque une action coordonnée de l'OSCE, du STKKK avaient réussi à démilitariser rapidement cette station d'eau en imposant l'évacuation de l'unité ukrainienne qui l'occupait.


La station d'épuration d'eau (rectangle noir au milieu de la carte) se situe entre les 2 lignes de front qui ne sont séparées l'une de l'autre que de quelques centaines de mètres

Les nouvelles attaques de ce mois de juin 

Depuis la reprise d'une nouvelle escalade sur le front du Donbass, cette station d'épuration et distribution d'eau potable est revenue au centre de toutes les préoccupations :
  • Dans la nuit 8 et 9 Juin une unité ukrainienne, appuyée par l'artillerie a attaqué le le secteur de Yuzhnodonbasskaya, entraînant l'arrêt de la première station de pompage.
  • Dans la nuit du 10 au 11 juin de nouveaux bombardements ukrainiens ont frappé l'usine évacuée, endommageant des transformateurs et occasionnant de nouveaux arrêts dans la distribution
  • Le 11 Juin matin, aux environs de 9h30 des observateurs du Centre Commun pour le Contrôle et la Coordination du Cessez-le feu (STSKK) ainsi que des techniciens de la la société publique « L'eau de Donbass » gestionnaire de l'usine, ont été pris sous le feu des forces ukrainiennes alors qu'ils venaient constater les dégâts occasionnés par les bombardements nocturnes. 
Micha Andronik est allé sur le site bombardé de l'usine
d'approvisionnemenr d'eau de Yasinovataya

Les tirs de l'artillerie ukrainienne dans cette escalade en cours dépassent désormais le seuil des 500 violations quotidiennes.

Aujourd'hui le personnel de l'usine a été à nouveau évacué laissant cette dernière à l'arrêt, tandis que les bombardements ukrainiens viennent de reprendre peu après 17h30, en fin d'après midi ce 11 juin 2017



Ces attaques sur la station d'eau potable de Yasinovataya ont conduit à une coupure de l'approvisionnement en eau potable dans tout le secteur Sud Ouest de Donetsk comme à Dokuchaïevsk où un état d'urgence a été déclenché suite à la rupture de l'approvisionnement d'eau potable, mais aussi Mariupol, Volnovakha, Krasnoarmeysk, Selidovo, Dimitrov, Rodynske et bien d'autres.localités situées indifféremment de chaque côté de la ligne de front, soit du côté de la République populaire de Donetsk, soit de celui des territoires occupés par les forces ukrainiennes.

Un fois de plus, Kiev montre son mépris total pour ses engagements à Minsk, les lois internationales et les populations civiles du Donbass qui sont bombardées et soumises à une politique de terreur depuis 3 ans, dans l'indifférence totale de la prétendue "communauté internationale" droitdel'hommiste de mes deux !

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya


Les ukrainiens bombardent depuis plusieurs jours le secteur de l'usine d'eau potable avec leur artillerie lourde

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Erwan






dimanche 11 juin 2017

Une nuit "normale" pour Oktyabrsky

Oktyabrsky entre les fracas des bombardements
et le silence de l'abandon


Le boulevard Zlotna, desservant l'aéroport est depuis 2014 un boulevard de la mort totalement désert
Chroniques d'Oktyabrsky 05

Beaucoup de gens me demandent plus de témoignages de la vie menée dans le quartier d'Oktyabrsky où je vis désormais. Il est difficile d'expliquer combien la guerre qui gronde à quelques centaines de mètres des habitations et menaçant quotidiennement les familles de crachats d'acier, est devenu familière pour ne pas dire banale.


Hier après midi l'horizon Nord Est s'est rempli du fracas des combats et bombardements se déroulant sur le secteur de Yasinovataya distant d'environ 5 kilomètres, avant que les orages d'acier ne se déplacent plus tard dans notre secteur, offrant au diner dans le jardin une ambiance surréaliste entre les chants russes d'Alexeï, l'excellente ratatouille française de Lena, les rires des enfants jouant dans les ruines de la maison voisine et les détonations retentissant à 1 kilomètre environ...

Là où certaines personnes, étrangers sortant de la bulle spatio-temporelle du centre ville pourraient interpréter cela comme de l'inconscience, j'y vois quant à moi du courage naturel et de la résilience exceptionnelle.

Dès la nuit tombée les tirs de l'artillerie ukrainienne se sont allongés, allant même frapper le secteur de Putilovka, près du pont détruit en 2014 lors des combats pour l'aéroport. C'est à ce moment là que je suis sorti vers le boulevard Zlotna où se concentraient de nombreux tirs d'obusiers . 

Dans cette courte vidéo d'une minute, prise au niveau du boulevard 
Zlotna, on entend des arrivées de 122 mm tirés par des obusiers 
ukrainiens positionnés à proximité de Peski, à l'Ouest de l'aéroport.
(Vidéo Erwan Castel)

Les bombardements ont continué jusqu'à minuit environ, ponctués par des tirs de mitrailleuses des véhicules blindés d'infanterie venus appuyer les défenses du secteur, et des tirs de "zuchka" le ZSU 23-2, qui tiraient sur les drones volant au dessus de nos toits... 
Croisant un voisin sur le chemin du retour, nous avons échangé quelques minutes, tandis que Dimitri qui m'expliquait comment la vie avait quasiment disparu du quartier depuis 3 ans ponctuait chaque explosion à l'horizon de la rue par des "normal : Oktyabrsky !"

Ce matin à 5h15, comme chaque matin l'artillerie "ukrop" nous a gratifié d'un habituel réveil au son du canon dans la grisaille d'une matinée pluvieuse. 

Aujourd'hui c'est dimanche un moment où ici les risques de bombardements étant accrus la notion de "jour de repos" prend une dimension toute relative...
Mais la vie continue à Oktyabrsky, ou l'ombre arbres fruitiers aux feuillages colorés et sucrés projette sur les murs calcinés des promesses d'espérance invincible et de bonheur retrouvé...

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

Le quartier bombardé de la rue Stratanovtov, à Oktyabrsky, vu depuis le bâtiment "9 étages"
 - Photo Guillaume Chauvin -
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Erwan


samedi 10 juin 2017

Vers l'OTAN et la guerre !

Kiev fait un pas de plus vers l'OTAN et la guerre !


Ce samedi 8 juin, à la Verkhona Rada, a été signé le projet de loi n° 6470 présenté par le Président du parlement ukrainien lui même, le néo-nazi Andrew Paruby cofondateur du parti socialiste national ukrainien ,devenu depuis "Svoboda".

Cette loi qui stipule que « L'Ukraine a repris son processus d'intégration à l'OTAN comme l'un des piliers de la politique étrangère », et qui a été votée par 276 députés (sur 450 députés) engage une série de réformes et modifications législatives pour les rendre compatibles avec le cadre exécutif de l'alliance militaire.

Cette perspective d'intégration à l'OTAN que le Ministère russe des Affaires étrangères juge «regrettable et conduisant à une crispation des défis géopolitiques" dans la région a en revanche été soutenue par le Président Porochenko qui en fidèle laquais de la Maison Blanche a renouvelé son intention de transformer son pays en colonie militaire occidentale et russophobe.
Au cours d'une conférence de presse à Kharkov ce 9 juin, le Président ukrainien a déclaré « je signerais cette initiative législative qui a été réalisé avec mon accord, et qui a été voté grâce à la mobilisation active de la coalition».

De facto, l'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN a déjà commencé depuis le Maïdan, 
  • quand des services spéciaux occidentaux ont joué le rôle d'agitateurs et de provocateurs pendant le coup d'état, 
  • quand des conseillers étasuniens vont participer à la mise en place et l'orientation de la politique pro-occidentale des putschistes, 
  • quand des mercenaires des pays de l'OTAN vont se présenter aux portes des bataillons spéciaux engagés pour la guerre dans le Donbass, 
  • quand des instructeurs étasuniens ou canadiens participent activement à l'entrainement et la modernisation des forces armées ukrainiennes, 
  • quand des livraisons de matériels militaires sont de plus en plus létaux sont acheminés des USA ou du Canada par exemple etc...
Juin 2017, sur le front de Staromikhaïlovka (Ouest Donetsk), des éclats de mortier de 60mm, une arme totalement inconnue des arsenaux russes et ukrainiens mais en revanche en dotation dans toutes les forces de l'OTAN. (photo Mikael Andronik)

Quand Kiev fait le forcing pour rejoindre l'alliance terroriste...

L'année dernière, malgré un soutien inconditionnel au pathétique gouvernement Porochenko, de premières réticences avaient été exprimées au sujet de l'intégration de l'Ukraine dans l'Union Européenne et dans l'OTAN. 
Mais après l'élection de Trump et l'évaporation de ses promesses de campagne russophiels que confirme récemment l'entrée du Montenegro dans l'OTAN, le régime de Kiev relance progressivement sa politique agressive contre Moscou en réclamant l'engagement d'un processus d'intégration dans l'alliance militaire étasunienne en Europe, ce qui constituerait un véritable "casus belli" pour Moscou.
  • Mars 2017 : L'Ukraine demande une nouvelle fois au congrès étasunien de se rapprocher officiellement de l'OTAN en accédant au statut de "pays allié non intégré" à l'alliance (comme l'Australie, le Japon, Israël, la Nouvelle Zélande, la Corée du Sud par exemple) Cette demande, qui est la 2ème tentative de Kiev, été soutenue par 232 députés de la Rada
  • Avril 2017 : Jens Stoltenberg, le Secrétaire général de l'OTAN, concernant cette éventuelle intégration de Kiev dans l'OTAN a déclaré au média étasunien CNN que "Tout dépend si l'Ukraine veut appliquer cette perspective, et l'OTAN devra décider si elle satisfait aux conditions requises"   
  • Mai 2017 : Arseni Iatseniouk, l'ancien premier ministre de l'Ukraine, chef du parti ukrainien "Front populaire", a déclaré lors d'une visite au Canada  "l'objectif principal de mon pays est de devenir membre de l'OTAN. Aujourd'hui, l'armée ukrainienne protège non seulement l'intégrité territoriale de l'Ukraine, nous protégeons aussi la frontière des pays membres de l'OTAN"


On voit donc que les objectifs militaires cachés du Maïdan sont toujours la priorité des marionnettistes néoconservateurs qui tirent toujours les ficelles de leurs pantins kiéviens, tandis qu'ils forcent lentement mais surement le trublion Trump à poursuivre leur stratégie destructrice au Moyen Orient, en Asie et en Ukraine...

Comme pour le Monténegro, séduit par le miroir aux alouettes d'une Union Européenne généreuse et protectrice, les dirigeants ukrainiens veulent à leur tour prouver leur servilité mendiante auprès de la ploutocratie mondialiste en acceptant d'abord d'endosser l'uniforme des soudards d'un appareil militaire occidental agressif bien réel, espérant ainsi accéder un jour à la gamelle consumériste d'une Union Européenne artificielle gavant ses élites sur le dos de ses peuples..

Sur ce sujet précis de l'intégration dans l'OTAN, il est évident que la guerre dans le Donbass, que Kiev entretient sous couvert de l'inversion accusatoire de la propagande de guerre occidentale, est un levier qui encourage la militarisation atlantiste de l'Ukraine.
Pour appuyer cette réalité de la connexion entre la guerre dans le Donbass et les intérêts de l'OTAN, nous avons la récente déclaration de Rouz Gettemyuller, la secrétaire générale adjoint de l'alliance qui lors du forum de la sécurité qui s'est tenu à Kiev en avril de cette année a déclaré que l'Ukraine était un terrain d'expérimentation de l'OTAN pour les guerres hybrides et que "l'Alliance aidant l'Ukraine à développer et à renforcer les forces armées, qui sont déjà très forte cette dernière contribue également à renforcer les ressources et les capacités de l'OTAN."

Une fois que l'Ukraine, si jamais cette folie devait arriver, serait dans l'organisation atlantiste ouvrant son territoire frontalier avec la Russie à de nouvelles bases militaires occidentales, il est évident que la rupture avec Moscou serait définitive et aggravée, et que le jeu des alliances militaires planerait au dessus de la ligne de front du Donbass comme une épée de Damoclès menaçant l'Europe entière...

En attendant, ce front du Donbass subit une nouvelle escalade dangereuse provoquée par une armée ukrainienne où des ressources humaines et matérielles en provenance des pays occidentaux, membres de l'OTAN sont de plus en plus visibles...

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

Source de l'article 


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Erwan



vendredi 9 juin 2017

Tous les orages dansent à Oktyabrsky

Chroniques d'Oktyabrsky 04


8 janvier à l'aube 

Paru initialement sur Facebook le 8 juin 2017

04h20: réveil au son du canon

Les artilleurs ukrainiens semblent vouloir avec leurs canons  étirer le cauchemar des jours et raccourcir le sommeil des nuits. Ce matin dès le lever du jour, alors que la journée d'hier a été ponctuée de tirs réguliers sur toute la zone entre Yasinovataya au Nord Est jusque Volvo Center à L'Ouest d'Oktyabrsky, les explosions d'obus et les rafales de mitrailleuses lourdes ont retentit dès après 4h00 du matin du côté de Spartak et de l'aéroport.

04h45: l'intensité des tirs augmentent

05h10: des moteurs de véhicules blindés républicains prêts à intervenir tournent à proximité

05h30: une demi douzaine d'obus de 122mm arrivent entre le bâtiment "9 étages" et Spartak 

05h45: Accalmie et fin du réveil ukrainien !

L'immeuble "Diviet étages", près de l'aéroport , avenue Zlotna, toujours debout après 3 longues années de bombardements 
9 janvier au crépusule

La météo l'avait annoncé avec humour : violents orages prévus dans la journée, avec risque de "grad" tellement les ukrops nous ont habitué a tirer au moment des orages, quand nos sens sont déjà saturés par les enfants d'Ouranos 

A 19h00 le quartier d'Oktybrsky a été balayé par un orage violent lessivant d'Ouest en d'Est les rues où résonnaient déjà les craquements d'une l'artillerie ukrainienne qui, de Vesele à l'Ouest à Spartak à l'Est a soumis la ligne de front à des pilonnages importants.

19h30 : entre les orages et les bombardements les rues sont désertes et l'inondation des rues sollicite la mémoire pour éviter les cratères des impacts anciens.

20h00 : pendant le diner les tirs s'intensifient, des chars entrent aussi dans l'orage, répondant au tonnerre ukrainien.

22h00 : les nuages se sont éloignés mais les tirs continuent à marteler le secteur avec une régularité qui viennent juste déranger les tirs de mitrailleuses...

23h00 : Accalmie en vue...

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya