vendredi 2 mai 2014

L'Ukraine sur le fil du rasoir

Pour Kiev, c'est "quitte ou double"

Les prochains jours semblent s'annoncer décisifs.

L'équipe de Turchynov qui a pris le pouvoir en février sur ce qu'il convient d'appeler un "coup de force" voire un "coup d'Etat" s'enlise chaque jour un peu plus dans une incompétence totale à gouverner seul, sans le bouclier des USA, la pain de l'UE et le glaive des nationalistes radicaux.


Unités spéciales ukrainiennes antiterroristes (FSU) 

L’OPÉRATION SPÉCIALE A DONETSK ET LUGANSK

La première phase des opérations menées par Kiev s'est enlisée lamentablement dans la plaine autour des insurgés. 
Son bilan est un véritable désaveu pour Kiev :

- un échec sur le plan militaire (désobéissance d'unités, capture d'agents, retraits de policiers...)
- une déstabilisation sur la plan politique (coalition fédéraliste augmentée, contestation politique)
- une humiliation sur le plan médiatique (incapacité à contrôler les régions et a diriger l'armée)

Le commandement tactique ukrainien a été transféré aux forces spéciales ukrainiennes (SBU) qui semblent maintenant vouloir engager les bataillons formés à partir des volontaires du Maïdan, pour une deuxième phase, plus offensive et risquée. 
Des signes sont visibles : 

- Le "Bataillon du Donbass" (Prayvi Sector) désormais  opérationnel à Dnipropetrovsk vient d'être mobilisé 
- Exercices de déploiement et de coordination tactiques la nuit dernière dans les rues de Kiev
- Annonce "officieuse" depuis le ministère de l'intérieur d'un "assaut général" programmé pour le 2 mai
etc...

Sur le terrain des mouvements de troupes et un regain de tension semblent confirmer la menace.


QUELLES POSSIBILITÉS, QUELLES CONSÉQUENCES ?

L'ordre non seulement n'est pas stabilisé dans le Sud Est, mais la dissidence fédéraliste s'étend dangereusement à toutes les régions russophones de l'Ukraine. De plus,  les victimes de ces opérations avortées (une dizaine), révoltant la population, ont métamorphosé logiquement le mouvement contestataire en une véritable insurrection armée séparatiste.

Cette situation, est d'autant plus intolérable pour Kiev qu'elle menace le déroulement des prochaines élections, risque après la Crimée un nouvel éclatement du territoire, avec un référendum régional prévu le 11 mai qui bien qu'illégal donnerait la mesure de la contestation. Cette situation est intolérable pour Kiev car elle priverait le Maidan d'une légitimité nationale et ôterait aux occidentaux des objectifs stratégiques espérés (il ne faut pas oublier que le Donbass c'est la majeure partie du potentiel industriel de l'Ukraine, des réserves de gaz très importantes et la frontière avec la Russie).

Deux hypothèses pour la menace imminente annoncée d'un "assaut général" de l'armée de Kiev :

1 / Soit c'est un effet d'annonce, une nouvelle rodomontade pour rassurer le parlement ukrainien et les partenaires européens inquiets, et tenter d'intimider les populations rebelles.. Mais le bluff ne pourra pas faire illusion jusqu'aux élections présidentielles prochaines.

2 / Soit c'est effectivement une nouvelle phase militaire qui est lancée dans le Donbass, avec sur le front, l'engagement des milices radicales "titularisées" en bataillons de la Garde nationale (trompant ainsi les accords de Genève qui réclament le désarmement des paramilitaires).

Si cette deuxième hypothèse est confirmée, une guerre civile risque d'éclater, surtout et si on tient compte que dans le Donetsk, plus précisément à Slaviansk, (objectif prioritaire de l'"opération spéciale")  se situe plus de la moité de la réserve stratégique d'armes légères positionnée en Ukraine du temps du Pacte de Varsovie, c'est une véritable poudrière qui risque d'exploser. 

Le problème est que Kiev n'a plus vraiment le choix, et le temps joue contre lui car les républiques populaires ont annoncé un référendum pour le 11 mai ! Aussi, jouant la fuite en avant Turchynov lance ses unités spéciales sur le terrain, comme les dès sur le tapis d'un dangereux "quitte ou double". 
La logique est que, ne pouvant étouffer le feu qui couve et menace d'embraser la moitié du pays, Kiev fait le pari risqué de l'allumer pour qu'interviennent les pompiers de la clique étasunienne, lui restaurant la stabilité de la région et pourquoi pas la Crimée... 

Mais ces derniers ne pourront légitimer leur intervention que si la Russie fait le premier pas !

Manœuvres russes sur la frontière ukrainienne

UN JEU DE QUITTE OU DOUBLE

Car Kiev sait que ses forces armées et encore moins les unités spéciales ne sont en mesure de reprendre le contrôle de toute une région de près de 10 millions de personnes hostiles à sa politique.

Donc il faut faire tomber les dominos ! 

Depuis le retour de la Crimée par référendum, les USA et Kiev mènent une véritable  "chasse aux petits hommes verts" du FSB qui agiraient et dirigeraient la contestation du Donbass. Les services de propagande ont exhibé vainement des photos floutées de barbouzes barbues suspectes, qui s'avèrent erronées après analyse des originales, des photos d'armements russes, que tout le monde peut avoir dans cette région, des photos d'insignes nationaux sur des uniformes, quand toutes les unités spéciales sont justement anonymes etc...

Pour le moments les seuls soldats étrangers clairement identifiés sont les responsables de la CIA (jusqu'au Directeur en personne!) et les agents privés des filiales de Blackwater (Académia et Greystone limited) qui sont financées (donc dirigées)... par la CIA, et qui depuis le déclenchement des opérations ne se cachent même plus, jusqu'à être interviewé par des journalistes à Kramatorsk !.

Si probablement, le FSB est lui aussi présent sur le terrain, au moins pour le renseignement, Moscou en revanche n'a pas répondu aux gesticulations aériennes et terrestres des forces ukrainiennes tournant autour des villes assiégées. Même les milices fédéralistes qui savent n'avoir aucune chance sur une terrain découvert restent embusquées dans les zones urbaines.

Milicien fédéraliste dans une ville dissidente du Donbass
Car engager une confrontation armée dans une zone urbaine peut rapidement tourner au massacre et à un embrasement catastrophique incontrôlable. Le comportement pacifique des militaires et des policiers des derniers jours montre que ce danger réel n'échappe à pas aux gens censés présents sur le terrain qui refusent la logique de guerre civile.

Le risque aujourd'hui est maintenant dans le déploiement de ces unités volontaires venant de l'Ouest ukrainien et composées en grande partie par le militants du Maïdan métamorphosés ici en petits "soldats politiques" à peine formés. 

Tout est réuni sur le baril de poudre pour que l'étincelle se produise, et je suis persuadé que c'est l'intention de Kiev qui veut sauver l'unité de l'Ukraine et des USA qui ne veulent pas voir leurs objectifs géostratégiques leur échapper.  



LES USA SORTENT DE L'OMBRE

Les USA, qui étaient restés dans l'ombre pendant le Maïdan dévoilent depuis quelques jours leur jeu et ses objectifs préparés depuis longtemps, quitte à officialiser une "paix chaude" sorte de nouvelle confrontation Est-Ouest déjà bien cristallisée dans le cadre du conflit syrien. 

Si la stratégie atlantiste apparaît au grand jour, c'est parce que cela ne se passe pas tout à fait selon le plan de Washington, qui d'une part, a sur-estimé  les compétences et la popularité du gouvernement de Kiev et d'autre part sous-estimé la capacité et la rapidité de réaction des populations russophones et de leur "patrie souche", la Russie. 

Les sanctions économiques s'avèrent inefficaces, et même risquent à moyen terme de se retourner contre eux et fissurer la cohésion atlantiste à cause des dommages économiques collatéraux subis par les pays de l'UE. La Russie restant derrière ses frontières légitimes, les menaces militaires sont impuissantes, et même vont devenir illégitimes comme en Mer Noire où la flotte de l'OTAN viole les traités internationaux.

On voit bien que par les risques énormes qu'ils prennent dans cette crise, les USA dévoilent des enjeux beaucoup plus importants que ceux d'une simple destinée politique nationale ukrainienne. 
La question est de savoir jusqu'où les occidentaux sont prêt à aller pour mettre l'Ukraine dans les rayons de leur supermarché libéral et les bases de l'OTAN sur les rives de la Mer Noire...

1er bataillon de la Garde Nationale , à base de volontaires du Maïdan
Sacrifier des compatriotes, même armés est une chose difficile a exiger d'un militaire ou d'un policier, qui peut même rejoindre la contestation...voilà donc où peuvent intervenir les petits soldats politiques des mouvement radicaux "Svoboda" et Prayvi Sector", car leur présence seule sur le terrain est une quasi garantie d'accrochages violents.

Certes, leur effectifs ne permettra pas de remporter une victoire militaire mais elle n'est pas l'objectif, et c'est même le contraire que Kiev espère car une troupe qui perd est souvent plus violente qu'une troupe victorieuse... 
Ainsi la coalition libérale peut espérer atteindre trois objectifs :

- Faire sortir l'ours russe de sa tanière, légitimant ensuite une réaction contre l'agresseur désigné...
- Se débarrasser des groupuscules nationalistes ukrainiens, idiots utiles depuis le Maïdan, complices d'une stratégie d'expansion économique et d'extension atlantiste mais infréquentable pour l'UE hypocrite.
- Reprendre la main dans cette crise initiée par eux mais qui leur a échapper depuis le retour de la Crimée à la Russie.



L'INCONNUE DU DONBASS

Sauf que la Russie s'est préparée à ne pas intervenir, d'abord en conseillant indirectement la résistance et certainement en l'aidant matériellement a gérer sa défense toute seule : 
- La plupart des responsables des milices populaires sont d'anciens officiers de l'armée russe ayant l'expérience du combat (d'où le FSB qui n'a pas besoin d'être sur place). 
- Des procédures strictes et réfléchies semblent mises en oeuvre tant pour les manifestations civiles que pour l'organisation des zones de défense militaires.
- Depuis le début des opérations, les unités fédéralistes montrent une discipline et équipement professionnels. 
- De plus des policiers et des militaires ukrainiens ont rallié les unités d'autodéfense avec leurs équipements.

Enfin, la population fidèle à ses origines slaves, irritée par le mépris de Kiev à son égard, blessée par la dizaine de victimes tombées depuis le lancement des opérations reste la force la plus importante du Donbass. Elle a montré déjà sa détermination et son courage lors e l'opération sur Kramatorsk et Slaviansk.

Cette population sait que le Donbass est aussi un piège tendu à la Russie et que l'intervention de cette dernière n'est pas a souhaiter, aussi ne doit-elle compter que sur elle même pour se défendre. Accepter le combat et les sacrifices, comme l'Histoire de l'Ukraine lui a enseigné.

Lorsque nous regardons l'Histoire de ce territoire, il est évident que son peuple ne se laissera pas dominer et doit réserver certainement quelques mauvaises surprises aux militants du Maïdan déjà intoxiqués par l'arrogance occidentale et leur pitoyable coup d'Etat de février. Les occidentaux devraient réfléchir à l'évolution de leurs "protégés" de Kiev dont le coup d'état n'a aboutit que grâce à l'attitude d'un président Ianoukovitch, certes faible et corrompu mais qui n'a jamais franchit la ligne rouge en écrasant son peuple dans le sang, comme ce qu'ils envisagent de faire à priori demain.

Vladimir Poutine, qui n'a pas l'habitude de faire des promesses en l'air, a du se fixer une limite au delà de laquelle ses brigades d'assaut iront quand même arrêter les massacres de russes, il a prévenu Kiev et les occidentaux dans ce sens plusieurs fois, mais espérons que cette limite ne soit jamais franchie par les fous du Maïdan, et qu'ils repartent sans qu'il y ait de massacre...

...sinon, qu'ils soient enterrés sous les carcasses de leurs chars par le peuple du Donbass !

Erwan Castel, à Cayenne le 1er mai 2014

Manifestante fédéraliste du Donbass au défilé du 1er mai 


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